adelaide
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Adélaïde ...

Impression :

(Détail)
Adélaïde était âgée de 82ans. Elle vivait seule dans un immense domaine dont elle avait hérité de son défunt mari. Souvent, elle restait des heures assise sous la véranda fleurie qu’elle aimait particulièrement et revivait les instants heureux qui avaient marqué sa vie.

Le jour ou son mari était rentré de la guerre, malade, épuisé mais… vivant ! Le jour de leur mariage, un mariage désiré ce qui était rare à l’époque... L’inauguration de la nouvelle église et la fête donnée pour la circonstance sur les terres du domaine…

Rapidement, elle effaça un triste souvenir qui s’imposait. Celui de l’enfant tant désiré qui n’avait pas survécu à la maladie… Un soupir s’échappa de ses lèvres fines et elle reprit son crochet.

Justine, sa fidèle servante et gouvernante, cuisinière et amie… depuis tant d’années… 40 ans à son service… entra et posa une tasse de thé sur le petit guéridon. Adélaïde avala le breuvage d’un air rêveur. Justine et elle, étaient très attachées l’une à l’autre. Elles étaient plus que ça… elles étaient des complices, un peu comme un vieux couple.

- Que se passe t’il Madame ?.. demanda Justine… vous me semblez perdue dans vos pensées …

Adélaïde en souriant lui prit la main et répondit :

- Ma chère Justine… vous allez me rendre un petit service … vous allez annoncer à toute la famille que je suis très souffrante… oui, oui !! … vous direz que je vais très mal !! Dites-leur que vous êtes très inquiète car le médecin ne souhaite pas se prononcer sur mon état de santé … dites n’importe quoi mais… je suis à l’article de la mort !

Justine, affolée, s’écria :

- Madame est souffrante ?!… vous voulez que j’appelle le médecin ?…

Adélaïde éclata de rire et lui expliqua son projet…

Justine, en l’écoutant, souriait. Elle approuva d’un large sourire la décision d’Adélaïde… elle qui avait toujours été très réservée devint soudain très volubile !!

Adélaïde était heureuse de la voir dans cet état d’excitation. Il était rare qu’elle s’exprime alors elle ne l'interrompit pas et fut à plusieurs reprises touchée par les propos tenus par son amie de longue date…

Quelques jours plus tard, Justine se mit en quête d’aviser les cousins, neveux et nièces… Pendant ce temps, Adélaïde organisait son « nouvel » emploi du temps… car il allait être différent !

- Justine, je change de chambre ! Désormais, je me trouve dans la chambre bleue… Oui, celle du rez de chaussée… elle sera plus pratique !

Un ouvrier travaillant au domaine, effectua quelques petites adaptations qu’elle estimait nécessaires et elle s’installa dans la chambre.

Une semaine s’écoula sans que rien ne vint troubler leur quiétude… aucun signe de vie de la famille.

Un matin, le carillon de la porte exerça « enfin » ses fonctions… Monsieur Ludovic, son neveu, arrivait de Paris en compagnie de sa femme et de son fils. Ludovic possédait un cabinet d’expertises comptables et, à en juger par l’élégance de sa voiture et leurs vêtements coûteux, ils n’étaient visiblement pas dans le besoin.

Sa femme ressemblait à un arbre de Noël. Bijoux partout… Elle étalait un peu trop la fortune de son mari et affichait constamment un sourire glacial. Lorsqu’elle parlait, elle aboyait des ordres et disait « vous » à Ludovic ou encore, « mon ami » …

Justine la détestait car elle n’était pas respectueuse avec le personnel qu’elle traitait avec dédain. Par contre, Ludovic… elle l’aimait bien. Il était simple, doux, toujours aimable et gentil…

- Montez donc nos bagages dans la chambre et préparez-moi un bain, je suis épuisée !! s’écria la femme de Ludovic.

Justine fit la sourde oreille. En 40ans, personne dans cette famille ne lui avait jamais manqué de respect ce n’était pas une petite roturière comme elle qui allait lui en imposer ! Elle regarda Ludovic prendre les valises et l’entendit dire :

- Non Justine, il n’est pas question que vous portiez ces bagages… je m’en charge…

A contre-cœur, Justine les suivit. Ludovic connaissait la maison par cœur. Il n’était pas indispensable qu’elle leur montre la chambre. Durant des années, à chaque vacances, il venait à la Palmeraie. Il passait plusieurs semaines en compagnie de sa tante qu’il aimait énormément. C’était SA chambre, celle qu’il aimait. Il était bien conscient que depuis son mariage il avait perdu le contact avec Adélaïde et il en était malheureux. Il s’en voulait… Il ne lui téléphonait plus comme avant, il ne lui envoyait plus de cartes postales lors de ses voyages, comme avant… Il ne faisait plus ce qu’il voulait.

En pénétrant dans la chambre, il ne pu réprimer un sourire. Sa tante n’avait pas oublié… Sur la cheminée il y avait un petit train en bois sous un emballage transparent. C’était le premier cadeau qu’elle lui avait offert lorsqu’il était petit et il y était très attaché.

Il posa les valises sur le sol, traversa la pièce, ouvrit en grand la porte-fenêtre qui donnait sur une terrasse fleurie. Il s’appuya sur la rambarde et regarda le parc qui faisait face à la chambre. Il l’avait toujours admiré ce parc… Tante Adélaïde exigeait qu’il soit toujours impeccable. Rien n’avait changé depuis toutes ces années…

Il se retourna vers Justine en lui souriant affectueusement… elle le regardait, l’œil attendri.

- Comment allez-vous ma bonne Justine ?… demanda t’il en lui prenant la main
- Oh… bien Monsieur Ludovic !!! Bien… je vous remercie…

Sa femme observait la scène sans dire un mot. Elle fusillait du regard son mari. Elle prit un objet sur une étagère, le détailla, le reposa. Elle examina chaque tableau, chaque aquarelle, toucha du bout du doigt chaque meuble en prenant soin de regarder son index après son geste… Enfin, elle se dirigea vers le lit à baldaquin et le testa en s’asseyant dessus comme-ci c’était la première fois qu’elle dormait là… Elle lança :

- elle est moche mais… elle aurait pu être pire cette chambre…

Ludovic quitta Justine et ouvrit les valises. Il demanda à Justine avant qu’elle ne parte :

- Il y a longtemps que Tante Justine est souffrante ?..
- Environ un mois, Monsieur Ludovic. Madame ne voulait pas vous inquiéter…
- Peut-on la voir ?
- Non, Monsieur Ludovic… Pas maintenant… Madame dort beaucoup… c’est le médecin qui lui recommande. Je vous le ferais savoir quand ce sera possible… vous le savez bien, Monsieur…
- Merci Justine… je compte sur Vous !
- Si vous avez besoin de quelque chose… sonnez moi, Monsieur…

L’épouse de Ludovic prit une petite valisette, fouilla dedans et en sortit une trousse contenant tout un nécessaire de manucure. Elle prit une lime, se frotta les ongles tout en allongeant les jambes sur le sofa. Pendant ce temps, Ludovic rangea les vêtements dans la penderie… Elle se leva pour se rendre dans la salle-de-bain.

Ludovic appela son fils, le prit par la main et l’emmena visiter le parc qui entourait la demeure. L’enfant riait, courait, gambadait. Il taquinait son père qui le lui rendait bien et tous deux étaient très heureux. Ils se promenèrent durant une heure en chahutant, sans jamais remarquer que plus loin, une personne les observait.

Adélaïde, confortablement installée, les suivait des yeux. Parfois même, elle utilisait les jumelles qu’elle emmenait avec elle à l’Opéra. Elle étudiait son neveu… Mis à part quelques petites rondeurs, il n’avait pas beaucoup changé. Elle avait beaucoup d’affection et de tendresse pour lui. Elle avait apprécié sa présence à ses côtés lorsque son mari était souffrant. Il était très attentif avec elle. Il ne se forçait pas. C’était naturel. Elle était un peu une deuxième maman… Il était très naturel avec elle, ne cachait pas ses sentiments, ses idées, sa façon de voir les choses et d’être. Elle aimait beaucoup sont petit côté naïf et bon-enfant. Mais elle ne pu s’empêcher de penser …

- Quel dommage qu’il soit tombé amoureux de cette… pimbêche écervelée ! Ce n’est ni plus ni moins qu’une cocotte ! dit-elle à voix haute en posant sèchement ses jumelles sur le guéridon. Elle réalisa que la seule évocation de cette femme la mettait en colère. Elle tourna la tête pour en chasser l’idée et regarda le portrait de son mari qui trônait sur la cheminée. Elle lui dit à voix haute, calmement, comme s’il était présent dans la pièce…

- Il a toujours été un bon garçon, n’est-ce-pas ?… crois-tu qu’il ne soit vraiment pas au courant des activités de sa femme ?!… tout-de-même !?… Tu sais, l’enquête que j’ai fait faire à son sujet m’a beaucoup étonnée. Ah ?… tu ne le savais pas ?!… Pardon… c’est un oubli de ma part… En fait, j’ai demandé il y a 3 mois à notre notaire, de prendre quelques renseignements sur eux. Pourquoi ?!… tu comprendras plus tard…. Un peu de patience ! Sais-tu qu’elles ont été les conclusions de son rapport ?… Eh bien, la chère épouse de Ludovic, pendant qu’il se tue au travail pour lui apporter tout ce dont elle rêve, passe son temps à dépenser son argent !… Comment ça… s’il est d’accord pourquoi pas !?… non mais... je rêve dis-moi !!! Elle ne s’habille que chez des grands couturiers… elle ne fréquente que les instituts de beauté les plus huppés et se fait coiffer chez les professionnels qui ont pignon sur rue toutes les semaines ! Elle a une voiture et ce n’est pas sa première… comment ?… tu appelles ça être moderne, toi !?… décidément … vous, les hommes… passons ! Bien sur, elle ne veut que des voitures décapotables. A son service, elle a une cuisinière, une bonne, un valet de chambre… elle joue au tennis, au golf, pratique la danse de salon et mange au restaurant pratiquement tous les jours avec ses amies… bien souvent, c’est elle qui paie l’addition !! Lorsque Ludovic s’absente pour affaires, Madame sort en boîte de nuit… et le comble… avec non pas « un » mais « des » amants !! Tu t’imagines ?!… cette… cette chose… comment elle traite Ludovic !?… c’est outrageant, scandaleux…

Elle se tut quelques instants puis reprit son monologue…

- C’est une honte cette femme ! Elle ne regarde jamais son enfant… Ludovic n’a plus d’argent. AH… Tu ne le savais pas !!!… Il n’a plus que des dettes à cause d’elle… Lorsqu’il ose intervenir à ce sujet, elle le menace de le quitter avec le petit alors… il se tait mais il n’a pas les finances pour un tel train de vie !

Adélaïde s’emportait… Elle réalisa qu’elle était seule et parlait seule... se mit à respirer profondément et prit le livre qu’elle avait commencé en l’ouvrant à la page marquée par un signet. Elle commençait à se détendre lorsqu’un bruit d’enfer la tira de sa lecture.

- Mon Dieu mais que se passe t’il !?…

Cachée derrière ses voiles, elle regarda à l’extérieur. C’était Dorothée qui arrivait..

- C’est pas possible… tu vois ça !?… il y a des années que je ne l’ai pas vue… et à ce que je vois, elle n’a pas beaucoup changée, oh non !! Elle est pire que lors de sa dernière visite… tu devrais la voir mon pauvre …

Dorothée était la bête noire de la famille. Excentrique, extravertie, laide à faire pleurer, elle était toujours à l’affût de la moindre chose qui puisse la faire se démarquer du lot. Par principe, elle négligeait sa coiffure, se maquillait à outrance, s’habillait comme une hippie ou portait des tennis avec une robe du soir… C’était plus fort qu’elle !! Il fallait qu’on la remarque… Aujourd’hui, elle portait un pantalon patte d’éléphant jaune vif avec des chaussures de para-commando et un chemisier transparent à fleurs aux couleurs orange, vert, bleu, rouge et noir… pas la moindre allure…

- Comme toujours… pensa Adélaïde… Dorothée joue les étudiantes fauchées…

Effectivement, Dorothée était une éternelle étudiante. Elle avait pratiquement fait toutes les disciplines existant à la Sorbonne. Elle avait hérité à 18ans d’une jolie somme de ses parents. A l’époque, le notaire avait insisté sur le fait qu’elle ne rentrerait en possession de la totalité de la fortune et des biens de ses parents que si, elle poursuivait ses études. Tous les ans depuis leur mort, dès le 1er septembre, elle s’inscrivait dans une autre université en échange de quoi, elle recevait du notaire une rente très confortable qui lui permettait de vivre aisément ses excentricités. Elle avait donc fait des études de psychologie, de sociologie, d’archéologie, de kinésithérapie, de droit, etc… mais sans jamais rien terminer !!! En fait, elle s’y rendait quelquefois le premier trimestre puis… tout retombait dans l’oubli. Pour elle, l’essentiel était de vivre confortablement. Et puis, les universités elle ne les choisissait pas en fonction de l’efficacité de l’enseignement. Non… elle s’y inscrivait en fonction du petit copain qui s’y trouvait…

- A ton avis ?… tu penses qu’elle est cultivée ?… intelligente ?… demanda t’elle à son mari sans obtenir de réponse.

Comme chaque fois, Dorothée embrassa Justine qui resta de marbre ; elle demanda « leur » chambre car elle n’était pas venue seule, évidemment. Elle avait amené avec elle le copain du moment. Elle disparut et on ne la revit qu’à l’heure du dîner.

Ce gentil petit monde s’installait lorsqu’un télégramme arriva. Il disait :
« Impossible venir, causes obligations professionnelles. Meilleurs vœux de santé ! Hubert. »

Adélaïde lu le télégramme sans surprise. C’était tout-à-fait son style et encore… il avait fait un superbe effort en écrivant !!! Jamais présent, jamais le moindre signe de vie… son manque d’intérêts ne choquait pas. Il avait toujours été ‘anti-famille’. Il ne supportait pas du tout la sienne et ne fréquentait aucun membre. D’ailleurs, pour lui, ils n’étaient tous que des bourgeois et c’était aller à l’encontre de ses idéaux politiques… Apparemment, vivre à Montmartre ne l’avait pas amélioré !

Le lendemain, deux courriers arrivèrent. Le premier émanait du cousin Georges qui s’excusait de ne pouvoir venir… Adélaïde lu le message sans la moindre réaction sous le regard indifférent de Justine. Venant de lui, c’était logique… Quitter ses amis était insurmontable.

Le second, plus doux, disait :
« Tantine… mon cœur t’accompagne dans ta douleur… Je pense très fort à toi. J’espère et je souhaite pouvoir venir très bientôt pour te rencontrer mais je ne puis rien promettre. J’ai quelque chose d’important à faire en ce moment. Tu me manques beaucoup Tantine… Charles. »

Justine l’écoutait faire la lecture. Elle ressentit les trémolos refoulés dans la voix de sa maîtresse qui garda malgré tout son sang froid.

« Justine, informez-les que le repas sera servi à 19h… »

Justine alla voir Ludovic.
- Madame demande que vous soyez prêts pour 19h ce soir…
- Merci Justine. Comme va t’elle ?!… Peut-on enfin la voir ?…
- Venez avec moi, Monsieur Ludovic… elle jeta un regard autour d’elle et ajouta tout bas : … uniquement Vous, Monsieur Ludovic…

Il pénétra dans la pièce inondée de soleil. Elle sentait bon. Il y avait des fleurs fraîches, odorantes qui diffusaient leurs parfums… Tout était comme lorsqu’il était petit garçon… la plupart des photos, il les connaissait bien… les livres aussi… les bibelots…

Tendrement, il prit sa tante dans les bras et l’embrassa. Il la serra très fort contre lui. Justine en fut émue… il regardait sa tante avec une grande douceur et se taisait. Il aimait sincèrement sa tante. Le moment d’émotion passé, ils discutèrent longtemps, de tout, de rien…

La porte s’ouvrit brusquement. L’épouse de Ludovic entra comme une furie. Elle s’installa sur le sofa sans le moindre respect pour Adélaïde. Pas un bonjour, pas une toute petite attention à son égard.

- Je vous cherche Mon Ami ! Est-ce trop vous demander de me dire où vous allez lorsque vous vous absentez !?

Adélaïde observait la scène. La furie la regarda et dit :

- Ah oui, au fait… Tante, comment allez-vous !?…
- Bien mal depuis votre arrivée dans cette chambre, merci… répondit Adélaïde en la fusillant du regard.
- À votre âge, vous savez qu’il est difficile d’être en excellente forme, non ?! rétorqua la mégère.

Ludovic, gêné, scandalisé par les propos de sa femme, s’empourpra et essaya d’intervenir mais la mégère ne lui en laissa pas l’occasion.

- Je vous rappelle que le repas sera servi à 19h mon Cher… au cas ou vous l’auriez oublié ! … comment allez-vous vous vêtir, au fait ?!… Il faut que je m’en charge, bien sur !...

Adélaïde, Justine et Ludovic se regardèrent tour à tour… en soupirant. Elle n’était même pas capable de vider une valise alors préparer les vêtements… c’était un peu trop demander…

Enfin, elle quitta la pièce sans un regard pour Adélaïde, suivie de Ludovic, bafouillant des excuses incompréhensibles.

Les invités s’installèrent à table. Durant le repas, Adélaïde observa ses invités, cachée derrière un miroir sans teint dissimulé sous une toile murale dans sa chambre. Elle l’avait fait installer spécialement pour l’occasion… ce n’était pas innocent le choix de cette chambre. Elle plaça un fauteuil et confortablement installée, elle étudia leurs comportements.

La mégère traitait son mari comme un boy. Il coupait la viande de leur fils, lui essuyait la bouche, lui tendait du pain… lui donnait à boire… pourtant, il n’était plus un bébé mais pour qu’elle se taise… Ludovic aurait fait n’importe quoi !!! Pendant ce temps, elle minaudait, ridicule, comme à l’accoutumée. Elle faisait du charme au copain de Dorothée qui s’en fichait totalement et profitait de l’instant présent.

Adélaïde sursauta lorsqu’elle la vit mettre la main sous la table, sur les genoux du jeune homme. Elle devint rouge de colère lorsque le geste devint plus osé…

Elle s’écria :

- Pas de ça chez moi ma fille !!! dit-elle durement… et bien sur… ton idiot de mari qui parle et ne voit rien !!!… mais… quand même !…

Justine n’avait plus du tout envie d’être là, à leur service, mais c’était son rôle. Ludovic était la seule personne attentive avec elle. Il avait même réussi à la faire rougir lorsqu’il était sorti de table pour lui prendre un plateau des mains dans le but de l’aider…

Quinze jours s’écoulèrent dans une ambiance tendue et malsaine. Adélaïde ne faisait que de très courtes apparitions, chaque fois aidée par Justine dans ses déplacements, Justine jouait parfaitement le jeu de sa maîtresse…

L’échéance approchait. Adélaïde allait devoir décider. Seulement, voilà… il y avait un grand absent : Charles. Pour Hubert et Georges, le problème était déjà réglé avec le notaire… mais Charles… qui lui envoyait depuis 15ans un petit mot à chaque déplacement… Charles qui n’hésitait pas à dépenser un franc de sa misérable fortune pour un malheureux dans la rue… Charles qui lui envoyait toujours ses vœux à chaque nouvelle année… toujours très humain …

Elle aurait tant aimé qu’il soit présent. Avec les autres… Elle se souvenait que pour sa communion solennelle, elle lui avait offert un magnifique stylo plume. C’était son premier. Il en était très fier… et des larmes qu’il avait refoulées lorsque ses parents s’étaient opposés à son mariage avec une fille du village d’à côté… parce qu’elle n’était pas du même « monde »… du chagrin qu’il avait éprouvé... et de sa colère à elle contre ses parents... Adélaïde se souvenait de son départ pour l’étranger, juste après ce malheur…

Elle allait s’assoupir lorsqu’un taxi emprunta l’allée principale de la demeure. Il s’arrêta devant les grands escaliers, imposants. Justine descendit les marches avec son petit tablier blanc noué autour de la taille. Un homme grand, maigre, barbu, fatigué, aidait un enfant noir à sortir du taxi.

Il se retourna, eut un sourire magnifique et dit avec l’éclat de la sincérité :

- Ma Justine !!! OH… Ma justine !!! Il se précipita pour la prendre dans ses bras, la souleva du sol et l’embrassa sur la joue à grand bruit…
Le petit garçon noir riait et claquait dans les mains.
... Comme je suis heureux de te revoir depuis tout ce temps !!! C’est bon d’être ici, tu sais… oh oui… c'est bon ...

Rouge de confusion, heureuse, au bord des larmes, Justine bafouilla :

- Monsieur Charles !!! Vous êtes de retour ?!… mais vous n’avez pas prévenu ?!… Madame va être surprise et très heureuse !!! Elle va être folle de joie de vous revoir !!! … Entrez !!! Entrez tous les deux… je vais la prévenir !!!… quelle belle surprise Monsieur…

Cachée derrière les voiles de sa chambre, Adélaïde observait la scène et n’osait pas y croire… Charles était là… enfin !!! Il était là… des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues.

Sans préambules, Justine fit entrer Charles dans la chambre de sa tante. Le petit garçon le tenait sagement par la main.

- Oh… Tante… comme je suis heureux de te revoir !!! Il y a si longtemps… et j’ai si souvent pensé à toi…

Il prit Adélaïde dans ses bras et l’embrassa en riant de joie. Il ne parvenait plus à parler. Il était chez lui. Tellement heureux !! Elle était tout pour lui… Adélaïde retenait avec peine ses larmes, Justine parlait au petit garçon pour ne pas pleurer elle-même… c’était un moment chargé d’émotions. Son absence avait été si lourde et si longue…

- Papa, papa !! et moi… je peux embrasser la dame ?!

Adélaïde s’écarta de Charles, se pencha légèrement et répondit :

- Mais… tu as intérêt à me faire un câlin !! Et un gros !!! Allez viens ! Grimpe sur mes genoux !!!

Le petit garçon la gratifia d’un énorme baiser bien retentissant et éclata de rire. Il était la joie de vivre cet enfant. Il riait toujours ! Justine aurait voulu que ces instants magiques ne s’arrêtent jamais car cette famille… c’était la sienne.

- Tu oublies Justine… va vite lui faire un gros câlin… dit Charles. Voilà, vous connaissez mon fils maintenant… Je ne pouvais pas vous en parler car c’était « lui » l’affaire urgente dont je parlais dans mon courrier. Tante Adélaïde… je l’ai adopté… j’ai bien connu ses parents, son père était un collègue… ils sont décédés dans un accident et… voilà … il est mon fils maintenant…

Le petit garçon venait de sortir de son sac de sport tout un tas de jouets. Il s’était installé sur le tapis central de la chambre et tout en chantonnant, il s’amusait seul. Soudain, il sortit un gros coquillage de son sac, le porta à l’oreille et courut l’offrir à Adélaïde et un autre à Justine.

Adélaïde le fit venir près d’elle et dit à Charles :

- C’est drôle… j’ai le sentiment que ton cœur est resté aussi pur qu’avant ton départ…
- Je ne sais pas s’il l’est resté Tante, mais… pour guérir… il faut aimer alors je fais ce que je peux…

Adélaïde venait de subir un énorme choc. Elle prétendit vouloir se reposer. Elle caressa le visage de l’enfant, toujours souriant et l’embrassa sur le front.

Le lendemain, des couverts supplémentaires avaient été placés. Personne, naturellement n’avait rien remarqué. Ils étaient attablés lorsque Adélaïde fit son entrée. Un silence pesant s’installa à son arrivée… puis les conversations reprirent comme-ci de rien n’était. Elle écoutait, sans participer… En fin de repas elle dit enfin :

- Ce soir, j’ai tenu à être avec vous afin de vous faire-part d’une confidence… Je vous ai menti. À tous… je vous ai menti. Je ne suis pas du tout malade. En vérité, je me porte comme un charme et si j’ai monté ce petit stratagème, c’est dans un but bien précis. Pour mieux vous connaître, mieux vous apprécier…

Je pense être en mesure de vous dire que…

- toi, Dorothée… ma pauvre Dorothée… tu ne changeras jamais. Tu ne feras jamais rien de censé, d’intelligent dans ta vie… parce que tu es une personne superficielle. Tu n’es pas méchante, tu es superflue… tu penses tromper ton entourage en prétendant suivre d’hypothétiques études que tu ne termines jamais… je me demande même si tu les as commencées un jour pour te dire… mais tu ne trompes personne. Nous savons tous que c’est l’amour de l’argent qui guide tes choix...

- Toi, mon petit Ludovic… tu me donnes bien des soucis… en réalité, malgré les apparences, tu n’as plus un franc en poche et ce pour une raison toute simple : ta chère épouse te mets sur la paille sans le moindre scrupules… Après toi, ce sera un autre, n’est-ce-pas « chère amie » !?… ajouta Adélaïde d’un ton narquois… Taisez-vous, ne dites rien, je vous prie ! Vous écoutez ! Je sais tout... eh oui... Il est vrai Ludovic que tes parents ne t’ont pas laissé un héritage extraordinaire mais en vivant autrement et, dans d’autres circonstances, surtout avec le métier que tu exerces… tu aurais pu devenir très… très fortuné mais… voilà … pendant que tes dettes s’accumulent, ton épouse s’amuse… et tant que tu ne lui diras rien, tant que tu fermeras les yeux, elle continuera. Elle te ruine Ludovic… avec ton consentement… et tu oublies ta descendance mon garçon…
- Je vous interdis !! s’écria la mégère avec rage.
- Vous êtes ici chez moi et personne ne vous oblige à y rester… répondit calmement Adélaïde en la regardant durement. Vous êtes incapable de refouler vos bas instincts… n’est-ce pas jeune homme ?!… ajouta t’elle en regardant droit dans les yeux le petit copain de Dorothée… il souriait… Il y a 12 jours exactement que je vois votre petit manège… sous la table, à chaque repas … Alors « très chère amie »… cessez de prendre de haut votre entourage et surtout votre mari car lui… il a de l’éducation ce qui n’est pas votre cas. Cessez de jouer les offusquées ! Je vous ai vue ! Chez moi et pour moi… vous n’êtes rien et vous n’avez rien à faire ni à dire dans cette maison ! Vous n’êtes pas un membre de ma famille. Vous n’êtes qu’une pièce rapportée !!! Rien de plus. Incapable de vous occuper dignement de votre fils !! Sans son père, je me demande ce qu’il deviendrait cet enfant… Vous n’êtes qu’une pauvre fille et ne vous en déplaise, la porte est ouverte, je ne vous retiens pas !

Ludovic, blanc comme un linge, se taisait… il triturait un coin de sa serviette en silence…

Adélaïde reprit :

- prochainement, mon testament sera modifié. Il y aura des closes spéciales pour Ludovic et son fils. Rien que pour eux deux. Je le précise. Ces closes seront respectées, je peux vous l’assurer. Vous… « Chère Amie »… ne rêvez pas. Vous n’aurez rien. Vos cousins Georges et Hubert, recevront leurs parts légales.
- Charles, à l’inverse de vous… est parti en Afrique avec une valise quasiment vide et sans un sou. Il n’a jamais rien demandé. Ne s’est jamais lamenté. Il s’est battu, seul. Il n’avait pas de métier. Maintenant, il en a un. Un vrai : celui de père. Il vient d’adopter ce petit garçon que vous avez vu jouer dans le hall. Cet enfant est sa seule famille… Malgré les souffrances, les déceptions, les malheurs qu’il a connu, il est resté généreux, bon, affectueux et… désintéressé !

Mon testament stipulera donc … que ma bonne Justine recevra une part de ma fortune ainsi que le pavillon de vacances… ainsi son avenir est assuré... que Ludovic et son fils auront une part chacun de ma fortune plus le châlet de sports d’hiver mais sous conditions … je dois encore en discuter avec le notaire. Ma chère, vous n’y mettrez pas le pied… je vous le garantis.

Dorothée pour bénéficier de ta part… tu devras t’occuper en tant que bénévole… je dois aussi en discuter avec le notaire… tu as quelque chose à dire, Dorothée ?!… non … pardon… il m’avait semblé…

Le reste de mes biens et de ma fortune, reviendront à Charles et à son fils… Une objection à formuler ?!…. Bien… Je vois que tout-le-monde est d’accord… dans ce cas, je vous souhaite une très bonne nuit !!!

Un calme glacial régnait dans la pièce. Ludovic, honteux rongeait ses ongles. Sa femme fumait cigarette sur cigarette. Dorothée souriait … son copain se fichait de tout et Charles aurait préféré être ailleurs…

Le jour du départ arriva pour chacun d’eux. Ils étaient tous très pressés de rentrer chez eux. Sauf Charles…

Adélaïde s’approcha d’eux et dit :

- Ne m’en veuillez pas… ma vie est faite. J’ai vu et appris tant de choses… Ne perdez pas de temps et retenez les leçons de la vie. Réfléchissez à ce qui vient de se passer ces jours derniers et vous verrez… vous en sortirez grandis…

Ludovic le premier, embrassa doucement sa tante. Toujours avec tendresse, il lui promit de lui donner de ses nouvelles plus souvent et, à la surprise générale, il intima l’ordre à sa femme de monter dans la voiture sur un ton que personne ne lui connaissait. Elle s’exécuta sans broncher.

Dorothée, sauta dans sa voiture en saluant de la main et en criant : « Salut Tante Adélaïde !!! A la prochaine !! » et au passage elle récupéra son chevelu qui était toujours aussi transparent…

Charles vécu 2 ans auprès d’Adélaïde. Ils profitèrent intensément de ces moments précieux, parlant de culture, de peuplades africaines, de littérature, de musées, de zoos, d’églises, de tout… sous prétexte qu’il fallait montrer à son fils que la vie était différente en Europe.

Un matin, Adélaïde ne s’est pas réveillée. Elle était partie dans son sommeil.

Charles a hérité de sa fortune et de ses biens… Il continue d’habiter avec Justine la grande demeure et tous les jours, ils vont se promener jusqu’au fond du parc pour parler avec Adélaïde qui repose auprès de son mari, dans le tombeau familial.

Depuis quelques temps, il rencontre une jeune femme… Dans le village, on dit qu'il se pourrait que ...

Il a acheté à la sortie du village, une énorme bâtisse qu’il a fait transformer. Cette bâtisse s’appelle : « Institut Adélaïde » et accueille des enfants orphelins. Il n’en a pas parlé, n’a rien dit, n’a rien demandé… il l’a fait, tout simplement…

















Enregistré le 8 Avril 2011 à 16:19
par 2764928

Oeuvre Originale

Auteur :
bellejournée

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