Mille fleurs! Entre toutes, une seule, pourtant, fascine : L'Angélique, Angelica archangelica, née où point tramontane, racines ancrées en la volatile poussière de mai. A peine soulevée, s'étiole la fragile flamme quand d'autres enivra en la promesse de liberté. Trop souvent, le ciel gris de perles froides, se répand. Les larmes des anges pour l'espérance d'une enfant. Le regard, à chaque nouveau jour, s'assombrit, inéluctable déchirure cultivée au fil du temps. Voilà poindre l'aube où rien plus n'y fera. Née symbole d'amour voué à De Peyrac, mal aimée et mal comprise chemine l'illusoire de sa liberté menant là où, traîtrise, ses rêves viendront la poignarder. Que vaudrait de le narrer, tant est à pleurer. Toucher cette liberté pour glisser en enfer, là où la confiance mène toujours à la souffrance, là où chaque jour existe un nouveau rêve, une nouvelle errance. Ni joie, ni peine, juste l'inhumanité injectable née du trop aimer, trop espérer. Le regard levé au ciel, les vies se dissolvent quand posé en table de loi, le bonheur échappe. Puisqu'il n'existe aucun substitut à l'amour, ne pourrait on pas nous l'enseigner? Ainsi, reste la porte entrebâillée sur ces âmes aux communs désespoirs qui de trop s'aimer ne peuvent plus se voir. Redonnant vie à l'espoir, l'enfant prodigue reviendra pour au destin surseoir. Des coeurs à nouveaux battre... Âmes perdues, éperdues, si perdues... Passent les jours, les années, dans les yeux devrait briller Paris mais... Comment raviver ce regard, éveiller ce coeur aux rythmes du mien lorsque l'on ne peut se voir? Quand je ne peux pas lui faire savoir. Continuelle, perpétuelle non rencontre. Par peur, par dépit, par hasard... Pourquoi nier la nature des sentiments, de mes mots? Mes doigts, pour les former, glissent, effleurent le clavier avec frénésie. Mes idées se bousculent, décousues et se mettent en place délicatement, sans effort. Ma pensée obsessionnelle, irrationnelle, mène à toi. Rien ne m'en détourne et mon désir sans bornes, éclat saillant de vie d'un coeur, trop brûlant, trop vif, me livre désespéré de ne pouvoir me faire reconnaître. Ne pas te connaître, as tu seulement conscience de cette sévère aliénation? Absolue ambition, un genou en terre, de chavirer sous l'incandescence de ton premier baiser... Ton sommeil s'en trouve t il perturbé? Te surprends tu, le matin, à te remémorer ces rêves inavouables, qu'à ton insu, ton corps défendant presque, tu as dessiné dans tes draps, dans ses bras... Où vas tu poser les yeux? Lequel te paraîtra apte à partager ta couche, tes joies, tes peines, ta vie, à faire vivre ton émoi et inspirer l'amour auquel tu t'abandonneras? Peut il naître et vivre une injustice si flagrante que de ne pas te rencontrer et vivre seul l'amour de toute une vie? Tu connais cette évidence, cette certitude d'un jour croiser un regard pour, enfin, y trouver la force et la conviction rare, nécessaire, de pouvoir faire vivre l'amour sans bornes, sans limites, infini. Tu égraines chaque seconde qui s'enfuit, inéluctable, ne pouvant, dès lors, plus jamais construire ce pour quoi ton coeur, le mien aussi, battent. Lui prêteras tu cette noblesse? Qui autoriseras tu, une fois de plus, a te décevoir? Dans quelle quête, la négation de cette évidence va encore te précipiter? Ne peux tu donc pas, toi aussi, ressentir ce sentiment? Pourtant, tu le respires depuis si longtemps en ces mots qui te viennent étouffés tout en crevant de l'envie de les hurler. Comment te dire mon désir d'être dans tes bras, te faire ressentir ta force fille de ma faiblesse? Car mes doigts tremblent sur les touches, mon âme sombre à l'idée simple mais terrifiante de te savoir lire ces lignes. Comment puis je tout autant désirer et détester imaginer cette feuille, entre tes mains qui frissonnent lorsque ton regard caresse mes mots? Comment puis je espérer faire briller tes yeux aux reflets d'une flamme que jamais je n'allumerai? Cesseras tu un jour de chercher par tout côté ce qu'une vie entière j'ai essayé de t'offrir? Combien devrai je souffrir tes mains d'autres corps caresser quand tu n'imagines pas ce que me coûtent tes « je t'aime » abandonnés tendrement dans des oreilles impies. Soupçonnes tu ma haine pour ces bras qui t'étreignent comme ils le firent pour d'autres et, pour d'autres, le feront encore. Entends ma souffrance de tant aimer sans pouvoir te l'avouer. Crois en ce nouveau bossu, en cette cathédrale bâtie pour toi seule, aux dimensions de ma douleur et dont seule tu ignores l'existence. De personne compris pour t'avoir offert une étoile où s'exerce le culte de la princesse, au sein d'un peuple ne vivant que pour toi et t'aduler. Las, la force cumulée de l'adoration ne suffira pas à étouffer cette infamie de n'être, pour toi, ne serait ce que l'ébauche du souvenir d'un sourire. Je suis le gardien de l'illusion qui mène en tes bras. Seul conscient de la valeur du précieux trésor, je ne peux m'en emparer, le revendiquer, pas même y prétendre. Preuve, s'il existe un amour sans limites et sans frontières, hors la douleur, de l'inutilité d'un coup de foudre qui ne serait pas partagé. Ce n'est qu'au prix de ne pouvoir l'assouvir, le respirer, que croît l'assassine certitude de mourir d'aimer. Voudras tu de ces larmes nées des pétales de fleurs que jamais je n'aurai l'audace de t'offrir alors qu'à tout instant mon coeur les saigne... Me reconnaitras tu dans cette haine que je te voue pour en avoir trop pleuré? Cet amour m'épuise et je n'en peux plus de ma quête désespérée de toi, enfin, en recevoir. Se trouverait il, qu'ailleurs, ton âme aux volutes bleutées, senteurs exotiques d'orient, regard noyé de gris nuages de pluies, choisirait mon coeur à ses larmes? Un rêve aussi farouche peut il n'être ou naître illusion? Quête de toute une vie résumée chimère, éternelle entreprise où l'échec construit l'échec suivant... Pourtant raviver la flamme...la femme. Me relever... A nouveau croire en ce fol espoir, là où se termine mon histoire, commencerait celle où, enfin, tu me dis : Je t'aime |