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Dans le métro Bernard venait de terminer sa journée. Il était tard et il était crevé. Encore heureux que le métro fonctionne toute la nuit. C’était le 24 décembre, la nuit de Noël. D’ailleurs il était bien payé pour le savoir … enfin, quand il disait "bien payé" c’était juste une expression, car vu ce qu’il gagne … Bernard est père noël comme tous les ans pendant tout le mois de décembre. Son boulot, en plus de faire le zouave avec une clochette devant le magasin pour lequel il travaille, consiste à livrer à domicile, en costume de père noël, les cadeaux commandés par les parents. Sa tenue de travail est soigneusement pliée dans son sac-à-dos posé sur le siège à côté de lui. Il en a plein les bottes à force de monter et de redescendre les étages de ces vieux immeubles sans ascenseur. Il est vraiment tard et il a hâte de rentrer. Il sait que son chat l’attend. Plus qu’un changement et encore quelques stations, et il sera bien au chaud chez lui ; son dîner, des restes de la veille au soir, est déjà prêt et il n’aura plus qu’à le réchauffer sur sa veille gazinière. Il est avachi sur son siège, en train de vaguement somnoler au milieu des fêtards qui rentrent chez eux, ou qui viennent de quitter un endroit pour en rejoindre un autre et continuer la fête les bras chargés de cadeaux … Le métro vient de stopper dans une station et quatre jeunes montent dans le wagon. Ils ont des parkas et leur capuche bordée de fourrure synthétique vaguement blanche est rabattue sur la tête ; on voit juste leurs yeux briller. Bernard ouvrit un œil, et les apercevant, esquissa un petit sourire : si les doudounes avaient été rouges, on aurait pu les prendre pour des pères noëls. Plus que deux stations et il aurait son changement. Ses yeux se refermèrent … Trois des jeunes se placèrent devant les portes, bloquant la sortie ainsi que l’accès au signal d’alarme, et le quatrième, un couteau à longue lame à la main, se mit à gueuler : "ceci est un hold-up, soyez cools et il ne vous sera fait aucun mal ! je vais passer parmi vous et vous me donnerez bien gentiment vos portefeuilles, vos montres et vous, les bonnes-femmes, vos bijoux ". Les trois jeunes devant les portes ricanèrent "ouais ! et aussi les cadeaux que vous avez dans les bras, d’ailleurs si vous avez quelques bonnes bouteilles, on n’est pas contre !". Bernard, tout à fait réveillé, se redressa sur son siège et plongea la main dans son sac-à-dos pour y fouiller ; il était sûr d’avoir laissé un truc tout au fond… un cadeau oublié … Le "chef" des jeunes remontait le wagon et avait déjà récupéré pas mal d’objets de la part des usagers. Ils n’étaient pas très nombreux, et ça allait assez vite ! bientôt le "chef" arriverait au niveau de Bernard. La main de ce dernier continuait de farfouiller quand elle tomba sur l’objet qu’il cherchait. - petit connard, laisse tomber ton sac, fiche nous la paix et tous les quatre, descendez du wagon au prochain arrêt, si vous le faites pas, je vous butte ! Bernard brandissait un énorme pétard en direction du jeune qui fut tellement surpris qu’il en ouvrit grand la bouche tout en laissant tomber son couteau et le grand sac qu’il était en train de remplir avec les objets collectés dans le wagon ! Les autres passagers se mirent à hurler ! Ils ne s’étaient même pas aperçus de la présence de Bernard jusqu’au moment où il s’était mis à gueuler, et ils avaient plus peur de ce grand type armé que des petits jeunes qui étaient en train de les braquer. - arrêtez de gueuler et couchez-vous plutôt sur le sol, bande de trouillards ! Tous obéirent et arrêtèrent de crier. On pouvait juste entendre une femme ou deux pleurnicher. Le métro s’arrêta à la station suivante et les jeunes sortirent comme des bombes du wagon et cavalèrent en direction de la sortie sans demander leur reste. Bernard se mit alors à rigoler tout seul. Il sortit sa tenue de travail de son sac et l’enfila devant les gens ébahis ! - bande de nazes ! c’est pas un pistolet mais un jouet et comme vous pouvez le voir, je suis le père noël : vous pouvez récupérer vos affaires, les p’tits cons les ont laissées en s’enfuyant ! Les deux femmes qui jusqu’alors pleurnichaient piquèrent une crise de nerf. Bernard, juste avant de descendre du wagon pour aller prendre son changement leur cria : - joyeux noël quand même et surtout inutile de me remercier ! C’est à ce moment-là que les gens réalisèrent ce qui s’était passé et qu’ils se mirent à crier tous ensemble "Joyeux Noël et merci Père Noël !" - ouais ! joyeux noël à vous aussi, bande de ploucs ! "J’ai l’air fin moi maintenant pour rentrer chez moi, déguisé en père noël", bougonna encore Bernard en se dirigeant vers sa correspondance, "pourvu que je ne croise pas les voisins"". x.l. janvier 2010 (*) ce conte est le conte numéro 10 des contes de noël de la cuvée 2009
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La période de l’année qu’il aime le plus, celle de Noël, approche enfin. Il aime tout particulièrement cette sensation au moment des fêtes, comme si l’air de la ville devenait pétillant. Il aime aussi voir les passants, les bras chargés de paquets, courir pour prendre qui le bus, qui un taxi, qui le métro. Et lui est là, immobile, à un angle de rue, devant un grand magasin, revêtu d’une houppelande dont la capuche est soigneusement rabattue sur ses yeux, l’autre moitié du visage cachée par sa large barbe blanche. Déguisé en Père Noël, tous les enfants viennent le voir, et aucun n’a peur de lui, car le reste de l’année, quoi qu’il fasse, aucun enfant ne viendrait vers lui, il leur fait peur, il est trop vieux et trop laid. Il est tellement laid, et la plupart des enfants sont si beaux, les cheveux fins, lisses ou bouclés, le visage rose avec des yeux immenses et lumineux, le corps souple et confiant lorsqu’ils s’abandonnent dans ses bras pour un baiser… c’est si bon de se sentir aimé, même si ce n’est pas lui que l’on aime, mais l’image qu’il a revêtu en même temps que son déguisement. Au bout de son bras droit, une petite clochette. Il l’agite par moment, pour attirer l’attention d’un enfant qu’il a repéré de loin et qu’il trouve plus particulièrement beau. La clochette tintinnabule et aussitôt, le tout petit entraîne sa mère ou son père dans sa direction. Il peut alors s’accroupir pour le prendre dans ses bras. Quand il le relâche, le petit semble un peu plus pâle, mais ce doit être l’émotion. Son déguisement est très réussi. Sa houppelande est en drap de bonne qualité, d’un rouge superbe, et tombe parfaitement en beaux plis au-dessus de ses bottes fourrées. Sa large ceinture met en valeur son ventre confortable, et sa barbe est d’une qualité irréprochable. Rien à voir avec les autres Père Noël qui, pour tout le monde, y compris les enfants, ne sont que de vagues copies de l’original. Derrière son dos, sa hotte est remplie de bonbons aux emballages multicolores. A sa gauche, une large sacoche lui sert à ranger les lettres que les enfants lui remettent. Il fait un peu froid, mais plus la journée avance, plus il se sent mieux, plus les journées passent, plus il se sent vigoureux : tenir les enfants dans les bras lui fait du bien. Cela fait déjà une bonne dizaine de jours qu’il vient, tous les matins, se poster à cet angle de rue, devant le grand magasin. A chaque fois qu’un malheureux déguisé en Père Noël a voulu se placer trop près de lui, il l’a regardé droit dans les yeux et ce que l’autre y a découvert l’a fait fuir. Pourtant, les enfants continuent à s’approcher de lui à chaque fois qu’il agite sa clochette, petites choses tendres emmitouflées, dont les joues rosies par le froid deviennent plus claires lorsqu’ils les redépose par terre et qu’ils courent rejoindre leurs parents attendris. Certains enfants le connaissent parfaitement bien maintenant, et, bien que l’on voie qu’ils meurent d’envie de se jeter dans ses bras, ils hésitent ; pour les décider, il doit agiter davantage sa clochette et là, plus rien ne peut les retenir, il faut qu’ils viennent, qu’ils sautent dans ses bras ; il les soulève alors de terre, les tient longuement serrés contre lui et les joues des enfants palissent d’être embrassées si fort et si longtemps. Lorsque enfin ils s’éloignent, il se redresse, plus grand, plus fort, et les pommettes vermeilles. Il rajuste son ceinturon sur son ventre rebondi, comme si, depuis le matin, sa ceinture le serrait davantage et le gênait un peu. Les jours continuent à passer, les enfants aussi. Il connaît maintenant tous les enfants du quartier et doit agiter de plus en plus fort sa clochette pour les forcer à venir. Le froid rosit toujours leurs joues mais ils paraissent plus frêles et les yeux sont cernés de mauve. Les parents doivent insister pour qu’ils aillent embrasser le Père Noël. Celui-ci les lève de plus en plus haut vers le ciel et les tient longtemps embrassés sur sa large poitrine. Quand il les redépose sur le sol, les petits semblent désorientés avant de pouvoir repérer leurs parents et courir vers eux. Demain, c’est Noël, et les parents ne comprennent pas pourquoi ce Père Noël ne semble plus attirer autant qu’avant leurs enfants. Il est pourtant si vrai, si grand et fort. Son ventre ne ressemble pas à un oreiller qu’on aurait mis là pour faire semblant, mais a l’air réel au contraire. D’ailleurs, ils ne s’étaient pas rendus compte au début de décembre que le ventre de ce Père Noël était si gros ; il a peut-être pris du poids ? Et sa houppelande est si belle avec la fourrure qui la borde. Il a vraiment fière allure, ils n’en avaient jamais vu d’aussi réussi, sauf peut-être une fois, il y a longtemps, lorsque eux-mêmes étaient tout petits … C’est aujourd’hui le lendemain de Noël. Comme tous les ans, il est triste. Il se lève et va dans la salle de bains se raser. C’est parce que sa barbe est une vraie barbe que son déguisement est si réussi, mais une fois l’an, il se regarde en face, tel qu’il est réellement. De toute façon, sa barbe aura tout le temps de repousser en onze mois. Il fixe son reflet dans la glace et redécouvre son visage : ses rides se sont estompées et ses joues se sont arrondies, mais le menton est toujours absent et les lèvres sont toujours aussi fines. Puis il retourne dans la chambre et se penche difficilement pour récupérer son déguisement sur le fauteuil et le ranger soigneusement dans son armoire. Son ventre trop rebondi le gène. Il s’est exceptionnellement bien nourri cette année et se sent en forme, plein de l’énergie de tous ces petits enfants qu’il a tenus serrés dans ses bras. Il va pouvoir sans problème attendre Noël prochain, mais il faudra qu’il change de quartier. x.l. |
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Pendant tout un été, il a été mon camarade de jeux quand j’avais six ou sept ans. Il en avait sept ou huit, était le fils de l’instituteur du village et s’appelait Jean-Claude. Ensuite, son père a dû être muté, ou alors je me suis fait d’autres camarades de jeux ... peut-être Michel et Jean sont-ils arrivés à ce moment ... mais l’année suivante je n’ai plus joué avec lui. Omerville était un tout petit village à l’époque avec pour seuls pôles d’attraction la « croix fromage » (en fait une croix de Malte) et le Manoir de Ninon de Lanclos. L’école était pourtant spacieuse et avait dû être construite à une période où les enfants étaient plus nombreux dans le village. Elle était accolée au bâtiment de la mairie, constituée d’une partie réservée à l’habitation de l’instituteur et de sa famille, de deux salles de classe, d’un préau couvert, et d’une grande cour cernée de grilles, déserte pendant l’été mais où les enfants pouvaient jouer pendant l’année scolaire au moment des récréations. Sur l’arrière des bâtiments, il y avait un jardinet auquel on accédait par une petite ruelle ; il y avait là des clapiers à lapins vides, de hautes herbes folles, des papillons et des sauterelles et plein d’escargots : des jaunes et des beiges tout petits et également des petits gris. Il y avait une escarpolette accrochée à un arbre. Aucune fenêtre ne donnait sur ce petit jardinet et sans aucun adulte pour nous surveiller, Jean-Claude et moi passions des heures à nous raconter des histoires. Je ne me souviens plus du tout de l’aspect physique de Jean-Claude ; les seules choses dont je me souvienne à son sujet, c’est qu’il était plutôt brun, d’origine bretonne d’après son nom de famille et surtout, de son sadisme. Il écrasait les escargots ! Son sadisme ne s’exerçait pas seulement à l’égard des escargots mais également au mien. Il avait tout de suite remarqué mon écœurement à la vue de l’intérieur mutilé des escargots et se complaisait à les récolter, à trouver une pierre bien plate, à les écraser de la pointe de sa chaussure droite et s'amusait ensuite à écarter le résultat obtenu à l’aide d’une badine pendant que je regardais, horrifiée, les yeux écarquillés et prête à vomir. Régulièrement, il reprenait le même jeu, et il y avait une espèce de fascination morbide de ma part qui me poussait à rester là en gardant les yeux grands ouverts fixés sur la pauvre petite chose écrasée tout en retenant les spasmes de mon estomac. Et puis l’été a passé, la date de la rentrée scolaire s’est approchée et mes parents, mon frère Michel et moi sommes rentrés à Paris. L’année suivante, comme je l’ai déjà dit plus haut, je ne suis pas retournée jouer avec Jean-Claude ; peut-être pour les raisons déjà exposées, mais peut-être aussi par crainte du sadisme de Jean-Claude et de mon attirance à y être exposée. Les étés se sont succédés et je n’ai plus pensé à Jean-Claude et je ne l’ai jamais revu. Un jour pourtant, ma mère m’a demandé si je me souvenais de lui. « Bien sûr » lui répondis-je, « pourquoi ? ». La voisine venait de lui apprendre que Jean-Claude, alors qu’il venait d’avoir dix-huit ans, avait eu un accident de moto et qu’il était décédé. Je me suis toujours demandé si Dieu ne s’était pas souvenu des petits escargots écrabouillés par mon petit camarade de jeux et s’il n’avait pas voulu les venger ... x.l. |
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À Jessica Dubroff, qui s'est envolée le 10 avril 1996, un jour d'orage, et qui se trouve maintenant à côté des anges. Voler ! Voler, j'ai toujours fait ce rêve, du plus loin que je me souvienne, j'ai voulu voler. Depuis que je suis toute petite, à l'âge où les petites filles commencent à jouer à la poupée, je n'aime que les avions et je veux voler. Mon père m'a même raconté qu'un jour j'ai voulu imiter un pigeon quittant le rebord de ma fenêtre et me jeter derrière lui dans le vide. Papa m'a rattrapée de justesse par le bout de ma salopette. Ma chambre n'est qu'au premier étage de notre maison, mais je n'avais que deux ans à l'époque. Maintenant je suis beaucoup plus vieille, j'ai six ans et demi, mes parents commencent à prendre mon rêve au sérieux et ont promis qu'ils m'offriraient ma première leçon de pilotage pour mes sept ans. En attendant, je suis sage à l'école, et j'essaye d'avoir de bonnes notes car je sais qu'il faudra que je sois brillante plus tard si je veux être pilote professionnel, comme je le désire. Je suis certaine d'une chose, je piloterai un avion jusqu'à ma mort. Pour mes six ans, mes parents m'ont offert mon baptême de l'air. On a d'abord roulé sur la terre battue, jusqu'à la piste d'envol, le moteur a ronflé, ronflé au moment du point d'arrêt pour arriver à un régime suffisant pour le décollage, le pilote a abaissé les volets des ailes, et puis ensuite on a roulé tout droit, le plus vite possible, toujours sur la terre battue, même qu'on aurait cru qu'on avait crevé, il a ramené le manche vers lui, j'ai ressenti comme un coup et puis plus aucune secousse pendant qu'on montait le plus haut possible. On est resté une demi-heure là-haut, et c'était drôle parce que vu du ciel, les arbres sont gros comme des bourgeons, les champs semblent à peine plus grands que ma main, et les animaux et les gens ressemblent à des jouets. J'éprouvais une jouissance intense et en même temps un énorme sentiment de puissance. Ensuite, le pilote qui comprenait ce que je ressentais m'a dit que nous devions malheureusement redescendre, mais qu'il se ferait un plaisir de me laisser encore monter dans son avion. Il s'appelle Joe et c'est le type le plus fantastique que j'aie jamais rencontré. Depuis ce jour, Papa m'accompagne tous les dimanches au petit aéroport et il a tellement sympathisé avec Joe qu'ils discutent ensemble pendant des heures et moi, je les écoute, fascinée. Joe a fait des tas de choses dans sa vie, il est allé partout, il a appris à plein de gens à piloter, mais il n'a jamais eu d'élève aussi jeune que moi. Il a accepté de faire une exception parce que mon père et lui s'entendent bien, et puis aussi parce qu'il sait qu'il est le meilleur instructeur de la région et il n'a pas assez confiance dans les autres. Donc, c'est décidé, je n'ai plus qu'à attendre mon anniversaire et j'aurai enfin accès aux commandes et recevrai ma première leçon de pilotage. ********************************************* Je suis très inquiète. Mon anniversaire est dans une semaine et plus personne ne parle de mes leçons de pilotage. Mes parents auraient-ils l'intention de revenir sur leur promesse ? Joe aurait-il réussi à les convaincre d'attendre encore un peu ? Je n'en peux plus d'angoisse. ********************************************* Je n'arrive pas à m'endormir ... Aujourd'hui c'était mon anniversaire, j'ai passé la journée la plus excitante de ma vie et à force d'y repenser, je m'énerve de plus en plus. Bon, il faut absolument que je vous raconte : Hier soir, quand je me suis couchée, j'étais désespérée. Plus personne ne me parlait de mes leçons de pilotage et je croyais bien que c'était fichu. Et puis, ce matin, lorsque je suis arrivée dans la cuisine pour petit-déjeuner, il y avait un joli petit paquet posé sur ma serviette. Mes parents étaient déjà assis, et ils avaient l'air tout heureux et me regardaient en coin. Comme je n'ouvrais pas tout de suite mon paquet, Papa m'en fit la remarque, mais j'étais déçue : si j'avais un cadeau, je n'aurais pas mes cours de pilotage et je n'avais plus qu'à aller me cacher dans un coin pour pleurer. J'ai ouvert quand même mon paquet, et dedans il y avait un étui avec de vraies lunettes de pilote, à ma taille et tout et tout. Papa m'a expliqué qu'elles fonçaient à la lumière et que je pourrais piloter même face au soleil. Je les ai mises aussitôt et me suis précipitée dans la salle de bains : j'avais fière allure ; on aurait dit un vrai pilote. Je retournais dans la cuisine et avalais mon petit déjeuner en deux minutes, bien que Papa et Maman me disent que j'avais tout mon temps, nous étions dimanche et n'avions pas rendez-vous avant deux heures cet après midi. Je n'étais pas encore dans mon avion, mais j'étais déjà sur un petit nuage ... Pour fêter mes 7 ans, mes parents ont voulu aller chez Steak & Ale, mais je n'ai rien pu avaler. Papa m'avait commandé un T-bone, mais c'est lui qui l'a mangé. Moi je n'ai pu grignoter qu'un petit morceau de Brownie, et encore, sans boule de glace. Sitôt que mes parents eurent avalé la dernière bouchée, j'étais déjà debout, prête à partir. Papa me faisait remarquer qu'il faudrait malgré tout attendre d'avoir payé, que j'étais déjà arrivée à la voiture. Il était deux minutes avant deux heures lorsque nous sommes arrivés à l'aéroport, et je n'en pouvais plus d'attendre. À côté du hangar, il y avait un Cessna et j'ai trouvé que c'était le plus bel avion au monde. Joe était à côté du Cessna et avait ouvert la trappe d'accès au moteur. J'ai couru vers lui. Il m'a expliqué qu'il avait dû trafiquer les pédales de direction et me rajouter un coussin sur le siège car j'étais trop petite. Il m'a expliqué aussi qu'il serait indispensable que je comprenne le fonctionnement de mon moteur et qu'il faudrait que je sois capable de le réparer. Mais là, pour le moment, je n'écoutais rien de ce qu'il m'expliquait tellement j'avais hâte de monter dans l'avion. Il m'a aidée à y grimper, Papa est monté à l'arrière, et Joe s'est installé à côté de moi. Maman, elle, a préféré rester au sol. Maman a toujours eu peur en avion : elle dit qu'elle a le vertige. Joe m'a expliqué que ce n'était pas possible, que si on n'a pas de contact avec le sol, on ne peut éprouver cette sensation. J'ai essayé de le dire à Maman, mais je ne suis pas sûre de l'avoir convaincue, la preuve, elle a refusé de monter dans l'avion. Donc, j'étais à ma place, mais avant de partir, Joe m'a expliqué en détail toutes les manœuvres à accomplir, me les a répétés, m'a demandé ensuite de tout mimer et lorsque j'ai semblé être au point, il a été d'accord pour que je démarre l'avion. Effectivement, les pédales étaient trop loin pour moi, et même rallongées, j'avais un peu de mal à les atteindre. J'ai réussi sans trop de problèmes à amener l'avion sur la piste d'envol. Là, Joe a pris au moins dix minutes pour m'expliquer comment contacter la tour de contrôle, à quoi cela servait, comment demander une autorisation de décoller. Il m'a encore demandé de mimer l'opération, et ce n'est qu'ensuite que j'ai appelé pour pouvoir décoller. L'avion au point d'arrêt, lorsque le régime du moteur a été suffisant, j'ai abaissé les volets des ailes, on a roulé de plus en plus vite et à un moment, Joe m'a dit "Vas-y", j'ai encore augmenté les gaz, le nez de l'appareil a commencé à se lever, Joe m'a dit "à fond", j'ai ramené le manche vers moi et on a commencé à grimper, grimper. Je crois que je grimperais encore si Joe ne m'avait pas dit de ramener l'appareil à l'horizontal. Il y a même un cadran qui montre comment on se situe par rapport à la ligne d'horizon. Ensuite, nous sommes redescendus de cent pieds, puis remontés de cinquante pieds, Joe m'a demandé d'aller vers l'est, puis vers l'ouest, et je m'allongeais au maximum pour appuyer sur les pédales correspondantes, de descendre doucement au dessus de la voie ferrée, de la suivre jusqu'à une gare, puis de faire demi-tour et de revenir au dessus de l'aéroport. J'ai alors appelé la tour de contrôle qui nous a autorisés à atterrir, mais Joe a préféré reprendre les commandes car il pensait que j'en avais assez appris pour une première fois. J'ai bien regardé comment il faisait, et arrivés au sol, il m'a demandé de mimer l'atterrissage. Il m'a dit que la prochaine fois, il n'y aurait pas de problèmes et que j'atterrirais comme une grande. De retour au sol, j'étais toute surprise de voir mon père sortir de l'appareil car j'avais complètement oublié qu'il était avec nous. Vous comprendrez pourquoi, après une telle journée, j'ai autant de mal à m'endormir. ********************************************* Six mois ont passé. J'ai à mon actif une vingtaine d'heures de vol. Lorsque j'arrive pour ma leçon, je vais chercher un escabeau et c'est moi qui vérifie l'arrivée d'essence et les différents niveaux, comme Joe m'a appris à le faire. Je n'ai jamais encore volé par grand vent ou par temps de pluie. Par contre, un jour, il faisait tellement chaud que l'air ne nous portait pas et j'ai eu du mal à décoller. Cette fois-là, Joe a préféré atterrir lui-même car l'avion était trop lourd pour moi. Sinon, je décolle et j'atterris sans difficultés. Ce serait presque de la routine pour moi maintenant si je n'avais un grand projet. Je voudrais, avant mes huit ans, aller de la côte Californienne à la côte Atlantique, en trois étapes. Je veux être seule aux commandes, avec Joe à mes côtés, bien sûr, mais je voudrais être le plus jeune pilote à traverser les Etats-Unis. J'ai même écrit au Président Bill Clinton pour lui proposer de faire le voyage avec moi, et il m'a adressé une très gentille lettre que Papa a encadrée et accrochée au mur de ma chambre. C'est bête, mais monsieur Clinton ne sera pas libre la semaine d'avril pendant laquelle Joe et moi avons projeté notre traversée. Je devrais peut être reporter les dates, mais Joe n'est pas d'accord car ensuite, c'est lui qui aura ses propres engagements. Tant pis pour le Président, je peux me passer de lui, mais pas de Joe. ********************************************* Nous sommes à la fin du mois de mars, et tous les jours, j'apprends mon trajet sur les cartes d'état major que Joe m'a prêtées. Ce sont des cartes extrêmement détaillées sur lesquelles figurent le moindre dénivellement de terrain, la plus petite ferme, les voies ferrées, les rivières et les ruisseaux. Il n'est pas possible de faire la traversée en une seule fois, d'abord parce que le réservoir du Cessna ne contiendrait pas suffisamment de carburant, ensuite parce que ça serait trop fatiguant pour moi. Papa a pris quelques jours de congés pour venir avec nous. Maman, quant à elle, refuse toujours de monter dans l'avion, mais prendra le train pour nous rejoindre à chacune des étapes. ********************************************* Nous sommes le lundi 8 avril. Depuis hier, j'ai trente cinq heures de vol à mon actif et ce soir nous devons rejoindre la côte Californienne. C'est dommage, il ne fait pas très beau. ********************************************* Mardi soir, 9 avril. Nous avons décollé en début d'après midi, et avons atterri tout à l'heure à Cheyenne. Je suis au motel en train de me reposer, allongée sur mon lit. Le vol a été assez long, mais je me sens bien. Joe a dit que je m'étais très bien comportée pendant tout le vol et que mon atterrissage avait été parfait. ********************************************* Mercredi midi, 10 avril. Il fait un temps affreux. Joe et mon père discutent depuis des heures pour savoir si on attend demain pour repartir, mais Papa n'est pas trop d'accord. Tous les journalistes vont nous attendre à la prochaine étape et si l'on ne part pas aujourd'hui, ils vont penser qu'on a abandonné notre projet. Joe lui-même ne peut pas se permettre de perdre trop de journées, et moi, je pense que lorsque l'on sera là-haut, au dessus des nuages, nous ne serons plus gênés par cette affreuse pluie. ********************************************* C'est décidé, on part à deux heures. ********************************************* Il fait toujours un temps affreux. Le simple fait de traverser la piste pour rejoindre le Cessna et je suis trempée jusqu'aux os. Vivement que l'on passe au dessus des nuages. Je ne vois rien au travers du pare-brise et me rends tant bien que mal sur la piste d'envol. La tour de contrôle nous autorise à décoller. Comme Joe me l'a appris, j'abaisse les volets des ailes puis je pousse doucement sur la manette des gaz pour l'amener au maximum. Le nez de l'appareil commence à se redresser, je ramène le manche vers moi. Je grimpe, je grimpe, j'essaye de grimper, mais l'avion est tellement lourd, chargé d'eau sous la pluie, et je ne vois toujours rien au travers du pare-brise. Je n'arrive pas à grimper plus. Joe m'encourage, me dit de ramener davantage le manche vers moi, que je vais y arriver. La manette des gaz est au maximum, je ne sens plus mes bras, et je n'ai pas assez de force pour remonter davantage le nez de l'appareil. Sur les cadrans, je m'aperçois que nous ne montons plus. Joe continue à m'encourager, me dit que je dois y arriver toute seule, que s'il m'aide, le record ne pourra jamais être homologué ... Et puis, je sens l'avion piquer du nez et je comprends alors que je ne serais jamais pilote professionnel. x.l.
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(de Richard Matheson) X - aujourd’hui maman m’a appelé monstre. Tu es un monstre elle a dit. J’ai vu la colère dans ses yeux. Je me demande qu’est-ce que c’est qu’un monstre. Aujourd’hui de l’eau est tombée de là-haut. Elle est tombée partout j’ai vu. Je voyais la terre dans la petite fenêtre. La terre buvait l’eau elle était comme une bouche qui a très soif. Et puis elle a trop bu l’eau et elle a rendu du sale. Je n’ai pas aimé. Maman est jolie je sais. Ici dans l’endroit où je dors avec tout autour des murs qui font froid j’ai un papier. Il était pour être mangé par le feu quand il est enfermé dans la chaudière. Il y a dessus FILMS et VEDETTES. Il y a des images avec des figures d’autres mamans. Papa a dit qu’elles sont jolies. Une fois il l’a dit. Et il a dit maman aussi. Elle si jolie et moi quelqu’un de comme il faut. Et toi regarde-toi il a dit et il avait sa figure laide de quand il va battre. J'ai attrapé son bras et j'ai dit tais-toi papa. Il a tiré son bras et puis il est allé loin où je ne pouvais pas le toucher. Aujourd’hui maman m’a détaché un peu de la chaîne et j’ai pu aller voir dans la petite fenêtre. C’est comme ça que j’ai vu la terre boire l’eau de là-haut. XX - Aujourd’hui là-haut était jaune. Je sais quand je le regarde mes yeux ont mal. Quand je l’ai regardé il fait rouge dans la cave. Je pense que c’était l’église. Ils s’en vont de là-haut. Ils se font avaler par la grosse machine et elle roule et elle s’en va. Derrière il y a la maman petite. Elle est bien plus petite que moi. Moi je suis très grand. C’est un secret j’ai fait partir la chaîne du mur. Je peux voir quand je veux dans la petite fenêtre. Aujourd’hui quand là-haut n’a plus été jaune j’ai mangé mon plat et j’ai aussi mangé des cafards. J’ai entendu des rires dans là-haut. J’aime savoir pourquoi il y a des rires. J’ai enlevé la chaîne du mur et je l’ai tournée autour de moi. J’ai marché sans faire de bruit jusqu'à l’escalier qui va là-haut. Il crie quand je vais dessus. Je monte en faisant glisser mes jambes parce que sur l’escalier je ne peux par marcher. Mes pieds s’accrochent au bois. Après l’escalier j’ai ouvert une porte. C’est un endroit blanc comme le blanc qui tombe de là-haut quelquefois. Je suis entré et je suis resté sans faire de bruit. J’entendais les rires plus fort. J’ai marché vers les rires et j’ai ouvert un peu une porte et puis j’ai regardé. Il y avait les gens. Je ne vois jamais les gens c’est défendu de les voir. Je voulais être avec eux pour rire aussi. Et puis maman est venue et elle a poussé la porte sur moi. La porte m’a tapé et j’ai eu mal. Je suis tombé et la chaîne a fait du bruit. J’ai crié. Maman a fait un sifflement en dedans d’elle et elle a mis sa main sur sa bouche. Ses yeux sont devenus grands. Et puis j’ai entendu papa appeler. Qu’est-ce qui est tombé il a dit. Elle a dit : rien un plateau. Viens m’aider à le ramasser elle a dit. Il est venu et il a dit c’est donc si lourd que tu as besoin. Et puis il m’a vu et il est devenu laid. Il y a eu la colère dans ses yeux. Il m’a battu. Mon liquide a coulé d’un bras. Il a fait tout vert par terre. C’était sale. Papa a dit : retourne à la cave. Je voulais y retourner. Mes yeux avaient mal de la lumière. Dans la cave, ils n’ont pas mal. Papa m’a attaché sur mon lit. Dans là-haut, il y a eu des rires encore longtemps. Je ne faisais pas de bruit et je regardais une araignée toute noire marcher sur moi. Je pensais à ce que papa a dit. Ohmondieu il a dit. Et il n’a que huit ans. XXX - Aujourd’hui papa a remis la chaîne dans le mur. Il faudra que j’essaie de la refaire partir. Il a dit que j’avais été très méchant de me sauver. Ne recommence jamais il a dit ou je te battrai jusqu’au sang. Après ça j’ai très mal. J’ai dormi toute la journée et puis j’ai posé ma tête sur le mur qui fait froid partir. J’ai pensé à l'endroit blanc de là-haut. J’ai mal. XXXX - J’ai refait partir la chaîne du mur. Maman était dans là-haut. J’ai entendu des petits rires très forts. J’ai regardé dans la fenêtre. J’ai vu beaucoup de gens tout petits comme la maman petite avec aussi des papas petits. Ils faisaient de bons bruits et ils couraient partout sur la terre. Leurs jambes allaient très vite. Ils sont pareils que papa et maman. Maman dit que tous les gens normaux sont comme ça. Et puis un des papas petits m’a vu. Il a montré la petite fenêtre. Je suis parti et j’ai glissé le long du mur jusqu’en bas. Je me suis mis en rond dans le noir pour qu’ils ne me voient pas. Je les ai entendus parler à côté de la petite fenêtre et j’ai entendu les pieds qui couraient. Dans là-haut il y a eu une porte qui a tapé. J’ai entendu la maman petite qui appelait dans là-haut. Et puis j’ai entendu des gros pas et j’ai été vite sur mon lit. J’ai remis la chaîne dans le mur et je me suis couché par-devant. J’ai entendu maman venir. Elle a dit tu as été à la fenêtre. J’ai entendu la colère. C’est défendu d’aller à la fenêtre, elle a dit. Tu as encore fait partir ta chaîne. Elle a pris la canne et elle m’a battu. Je n’ai pas pleuré. Je ne sais pas le faire. Mais mon liquide a coulé sur tout le lit. Elle l’a vu et elle a fait un bruit avec sa bouche et elle est allée loin. Elle a dit ohmondieu mondieu pourquoi m’avez-vous fait ça ? J’ai entendu la canne tomber par terre. Maman a couru et elle est partie là-haut. J’ai dormi la journée. XXXXX - Aujourd’hui il y a eu l’eau une autre fois. Maman était là-haut et j’ai entendu la maman petite descendre l’escalier tout doucement. Je me suis caché dans le bac à charbon parce que maman aurait eu la colère si la maman petite m’avait vu. Elle avait une petite bête vivante avec elle. Elle avait des oreilles pointues. La maman petite lui disait des choses. Et puis il y a eu que la bête vivante m’a senti. Elle a couru dans le charbon et elle m’a regardé. Elle a levé ses poils. Elle a fait un bruit en colère avec ses dents. J’ai sifflé pour la faire partir mais elle a sauté sur moi. Je ne voulais pas lui faire de mal. J’ai eu peur parce qu’elle m’a mordu encore plus fort que les rats. Je l’ai attrapé et la maman petite a crié. J’ai serré la bête vivante très fort. Elle a fait des bruits que je n’avais jamais entendus. Et puis je l’ai lâchée. Elle était toute écrasée et toute rouge sur le charbon. Je suis resté caché quand maman est venue et m’a appelé. J’avais peur de la canne. Et puis elle est partie. Je suis sorti et j’ai emporté la bête. Je l’ai cachée dans mon lit et je me suis couché dessus. J’ai remis la chaîne dans le mur. X - Aujourd’hui est un autre jour. Papa a mis la chaîne très courte et je ne peux pas m’en aller du mur. J’ai mal parce qu’il m’a battu. Cette fois j’ai fait sauter la canne de ses mains et puis j’ai fait mon bruit. Il s’est sauvé loin et sa figure est devenue toute blanche. Il est parti en courant de l’endroit où je dors et il a fermé la porte à clef. Je n’aime pas. Toute la journée il y a les murs qui font froid. La chaîne met longtemps à partir. Et j’ai une très mauvaise colère pour papa et maman. Je vais leur faire voir. Je vais faire la même chose que l’autre fois. D’abord je ferai mon cri et je ferai des rires. Je courrai après les murs. Après je m’accrocherai la tête en bas par toutes mes jambes et je rirai et je coulerai vert de partout et ils seront très malheureux d’avoir été méchants avec moi. Et puis s’ils essaient de me battre encore, je leur ferai du mal comme j’ai fait à la bête vivante. Je leur ferai très mal. Richard Matheson |
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Blog mis à jour le 20/03/2010 à 08:44:07
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