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LA COURSE AU TRESOR ...

Impression :

(Détail)
Texas City –

Nous roulons à vive allure sous une chaleur torride. Le ciel est lourd comme du plomb. Nous sommes couverts de poussière et trempés de sueur… Le voyage est épuisant. Loin, derrière-nous, d’autres bolides avancent péniblement vers la même destination.

Départ : Chicago
Arrivée : Texas City
Nombre de participants : Illimité
Types/marque du véhicule : Berlines toutes marques
Prix à l’arrivée : 1.000.000 $ à l’arrivée, au gagnant uniquement.
Intéressé(e) ?… Ecrire à …. Réponse assurée.

Voilà la raison pour laquelle nous sommes dans cette fournaise !

Il semble que nous soyons en tête à moins bien sur… que Bob ne se soit trompé en lisant les plans et en faisant ses savants calculs …

John ne quitte pas la route des yeux. Il a toujours été un excellent conducteur. Il a la mécanique et la conduite dans le sang depuis qu’il est tout gosse. Bob, lui sert de copilote à l’occasion quand ce n’est pas moi qui prends le relais, comme cette fois… parce qu’il a de sérieux problèmes de lunettes à cause de la poussière et de la transpiration qui dégouline de sa chevelure abondante et bouclée. Il ne se rend même pas compte que frotter ses verres, ne sert à rien.

Je suis recroquevillé à l’arrière du véhicule et j’essaie de me concentrer sur le plan que je lis difficilement à cause des nids de poule qui composent essentiellement la route. Je mâche du chewing-gum, histoire de me calmer…

- Après cette montagne, tu prends à gauche… dis-je sans regarder John.

Il marmonne quelque chose entre ses dents. J’entends rien… Peut-être OK ?… Je n’ai pas compris et ce n’est pas le moment de l’embêter. Nous arrivons près de la montagne. John la contourne prudemment. La zone d’ombre nous surprend et nous fait cligner des yeux. Il peste tout bas… Ses réflexes sont moins rapides. Il est épuisé mais il parvient tout de même à éviter l’ensablement. Il retrouve la piste… le moteur cale…

- Quelle poisse !! hurle Bob en tapant du poing sur le tableau de bord. Pas maintenant !! Vas-y ma cocotte !!! Vas-y !..

Mais la voiture refuse de démarrer. Je m’essuie le front du revers de la manche. Ma chemise est trempée jusqu’aux reins. .. John reste calme. Une fois… deux fois… trois fois… Il attend. Recommence. Une fois… deux fois… la voiture redémarre. Il dit en souriant :

- Je savais que je pouvais te faire confiance ma belle… tu es superbe !!! Tu es la plus belle fille du monde !!

Nous rions tous les trois. Nous sommes si près du but… La voiture toussote un peu, John plisse les sourcils mais… tout va bien. Il amorce le dernier virage…

GAGNE !!!… NOUS SOMMES LES PREMIERS !!!

Bob, hurle de joie en passant sa tête par la fenêtre de la voiture « A NOUS LE MILLION !!!! A NOUS !!! »

Je lui tape sur l’épaule en m’esclaffant et je dis à John :

- Tu peux lever le pied maintenant puisque nous y sommes…
- Au contraire !!! Je dois garder la même vitesse sinon… vous allez devoir pousser !!!
Et il éclate de rire.

Dans la voiture, c’est l’euphorie générale. Nous plaisantons, nous applaudissons, notre stress fiche le camp… il était temps. Vous vous rendez compte… nous sommes nos propres héros !?… nous !!

John range la voiture sous un vieil arbre desséché dans l’espoir d’y trouver un peu de fraîcheur. Péniblement, nous sortons de la voiture, un par un… nous avons mal partout. Nous sommes raides… nous marchons comme les « très » vieilles personnes âgées… Nos membres engourdis, raides nous font pourtant sourire… nous nous regardons et nous nous voyons, forcément… Soudain, Bob se jette dans les bras de John et le félicite en le gratifiant de grandes tapes dans le dos… ce qui n’arrange pas John, évidemment… il n’a pas besoin de ça maintenant… ses lombaires lui rappellent qu’elles ont là et qu’elles existent…

Devant nous, se trouve une vieille cabane en bois. Vermoulue, prête à s’envoler au moindre coup de vent… Bob place sa main au-dessus de ses yeux et dit :

- ben dis donc les mecs… ils ont bien planqué la salle des fêtes… elle est où ?
- Ouais… je ne vois personne non plus… pas de comité d’accueil… pas de tables dressées pour l’apéro… pas même un chat d’ailleurs… répondit John en regardant autour de lui d’un air inquisiteur. Tu ne trouves pas ça curieux Jack ?
- Oui, je reconnais que j’ai une impression bizarre… dit-il
- T’es sur de ton itinéraire Bob ??…

Bob explose.

- ben voyons !!! tu te fiches de qui là ?… Jack et moi, qu’est-ce qu’on a fait pendant que tu conduisais, hein ?!… on a regardé les filles du désert ???… ou on a cueilli des pâquerettes peut-être !?… ah non, je sais… on a fait une course de lézards même que c’est le tien qui a gagné, la preuve !!! Ouais… je te le dis … on a même mangé des glaces à la fraise-pistache…
- je n’ai pas voulu dire ça… répondit John avec lassitude. Je sais bien que sans vous je n’y serai pas arrivé et que vous ne vous êtes pas trompés mais… qu’est-ce que ça veut dire ce truc ??… c’est quoi ce foutoir ?!…
- nous sommes comme toi, John. Nous ne comprenons pas… alors je propose que l’on aille jusqu’à la cabane. Ils ont peut être fait une blague ?… Voyons l’intérieur, on ne sait jamais ?…
- c’est ça… c’est ça… on va te croire… jusqu’à preuve du contraire, personne n’a inventé les voitures escamotables … et c’est vraiment pas la place qui manque pour stationner les voitures… répondit Bob.
- Bon… allez les gars, on y va !
Je donne cet ordre sans la moindre conviction mais il faut bien essayer de remonter le moral des troupes !

Je ressemble à un homme qui vient de faire une foutue bringue avec les copains et qui sort de son lit les yeux pleins de sommeil… J’ai une barbe de deux jours et c’est pas le moment de faire un câlin à la copine du voisin de pallier. Sur, elle ferait connaissance avec le feu de barbe ! En plus, ma langue est deshydratée, elle traîne par terre et ma chemise ouverte semble sortir tout droit d’une poubelle du bronx !

Bob, qui est roux, supporte difficilement la chaleur. Il a les cheveux poisseux et durant le trajet, ils ont pris une couleur indéfinissable… ses verres poussiéreux sont si sales qu’il n’arrive même plus à les avoir à peu près nets…

John a le visage et les mains couverts de graisse… Son jeans peut tenir debout tout seul c’est certain… quelle crasse !!! Son torse, nu, est couvert de gouttelettes de transpiration et je passe sur l’odeur de fauve…

En quelques mots, nous sommes tout simplement : répugnants !

Bob, le meneur, pousse la porte de la cabane. Elle rechigne à s’ouvrir bien sur, depuis le temps qu’elle est là cette baraque… mais comme il insiste « fortement » elle finit par céder.

- hé bé… y’a un bon bout d’temps qu’elle n’a pas été occupée c’te baraque ! dit-il en entrant.

John le suit.

- on ne peut pas dire que ça sent la rose ici… et le ménage, y’a longtemps qu’il n’a pas été fait… il glisse un doigt sur une étagère et tourne sur lui-même, lentement, pour le montrer… qu’elle couche !

Moi, je regarde les toiles d’araignées qui semblent figées. Elles ont envahi la totalité de la pièce… Sur le plafond, entre les meubles, sous les meubles, sur le vieux fauteuil éventré plein de taches douteuses… je préfère penser qu’il s’agit de graisse… Un vieux cadre pend lamentablement, il ne demande qu’à tomber… une image jaunie par les années, pratiquement invisible… des bocaux de verre contenant des ingrédients moisis… une paillasse qui avait sans doute servi de lit… et des bestioles rampantes… des tas… de bestioles rampants prenant la fuite en nous voyant déranger leur univers !

- on a vite fait le tour du 5 étoiles… dit John. Il n’y a rien ici…
- ouais… rien du tout… répondit Bob, visiblement déçu.

Je sors de la cabane et je me dirige vers le vieil arbre. Je m’assieds sur le sol, mon dos contre le tronc. J’essuie mon front avec ma chemise… Ils me rejoignent, silencieux, têtes baissées, mains ballantes…

Silence …

- qu’est-ce que tu penses de tout ça, Jack ?… demanda Bob
- pas grand’chose… on s’est fait avoir, tout simplement …
- mais c’est impossible !! c’est gros comme arnaque, non ?!… hurle Bob
- tu peux hurler si ça te défoule mais pense à nous… du calme … je suis pratiquement certain que c’est la triste vérité : on s’est fait arnaquer !!!
- Jack, tu dois te tromper ! Tu sais combien il y avait de véhicules au départ de Chicago ???… réfléchis !… 200 bagnoles !! tu crois vraiment qu’ils prendraient le risque d’arnaquer au minimum 400 participants !?… de cette façon ?!… Nous avons tous investi du fric là-dedans !! Impossible, y’a un truc … il nous échappe… faut le trouver !
- Oui mais tu sais bien que certains sont devenus célèbres grâce à leurs arnaques…
- Je sais, oui, merci ! Je vois que je peux compter sur toi pour me remonter le moral ! … mais tu t’imagines un peu ?!… nous n’avons plus un radis !!! Tandis que ceux dont tu parles, avait des réserves, eux !! Il n’a jamais été question de faire une course « grand chic » pleine de « beau monde » !… si c’est une arnaque, elle est bien faite… mais je ne sais pas ce que vous allez faire mais moi… dès mon retour à Chicago, ça va barder, croyez le !!! Je ne me laisserais pas faire !
- Bob… tout ça, on le sait. On est d’accord avec toi mais ça ne résout pas le problème. On va attaquer QUI ?… donne-moi un nom ?!… quelle société ?… pour réclamer « quoi » exactement ?!… les frais occasionnés pour la transformation de la voiture et pour les réservations des motels ???… un million de dollars fictif ?… a t’on le moindre contrat écrit ?… signé, daté… qui puisse nous servir de preuve ?… non. Juste un fax qui n’a pas la moindre valeur juridique puisqu’il apparaît certain qu’il n’y a aucune société derrière tout ça ! ET… sans vouloir te décevoir… avec quel pognon tu vas te défendre ??… Il ne faut pas se faire d’illusions… le petit rigolo qui a mit cette annonce, s’est taillé depuis longtemps avec nos droits d’inscriptions… il doit bien se marrer sous le soleil… c’est sur !

Bob qui était resté silencieux en l’écoutant, émit une idée…

- peut être que dans les participants, y’en a un qui est un peut plus fortuné… p’être qu’il accepterait de … tu sais, en groupe …

- Franchement Bob, je ne vois pas où tu veux en venir. Laisse tomber. On s’est fait avoir. Point. Répondit John avec agacement.
Tu ne penses pas qu’un mec à fric participe à ce genre de course quand même ???… réveilles-toi !
L’annonce dans le journal sentait mauvais dès le départ. Quand on a du fric, on ne participe pas à ce genre de course. Le mec participe à des rallyes, à des courses, il fait parti d’une écurie, d’un club… bref… il a des contacts, des relations, il a des renseignement sérieux et sait comment se les procurer… il est guidé. Pas comme nous… il ne s’emmerde pas à lire les petites annonces pour rêver…
- donc, si j’ai bien compris… on ne peut rien faire d’autre que de remballer la marchandise ?…
- c’est ça, oui… on remballe… nous sommes raides, fauchés mais… on a un souvenir quand même … quelle expédition !!! … Oui, cette société est sans doute bidon… et ceux qui vont arriver maintenant vont penser la même chose que nous… même s’ils ne sont pas concernés par le million, ils y penseront, t’en fais pas !!!

Nous étions sans doute drôles à regarder… écœurés, crasseux, fatigués, anéantis par le résultat et la chaleur… appuyés tous, contre le et unique tronc d’arbre du coin. Je suis certain que même un chien du désert ne nous aurait pas approché, pour dire !!!

Un bruit lointain se fit entendre. Le second candidat arrivait… Les autres n’allaient plus tarder.

Lorsque le second candidat descendit de son véhicule, il affichait un sourire radieux. Le pouce en l’air, il dit : « Bravo les mecs !!! Vous avez été formidables !!! » Nous avons levé la main pour le remercier. Une blonde qui avait besoin d’un bain est sortie de la voiture. Elle a regardé autour d’elle, s’est tournée vers nous et a dit :

- Où sont les autres ?… ils sont partis ?
- oh oui !!! Ils sont loin… a répondu John.

Ils se sont approchés de nous et l’homme a dit :

- Bravo les gars ! Ca va mettre du beurre dans les épinards, pas vrai !?
- A qui vous le dites !!! répondit Bob en grinçant des dents.
- Dites un peu… j’ai participé à plusieurs courses… des petites… locales… et j’ai jamais vu une telle réception d’accueil … ils sont où les petits fours ?…
- Vous avez raison… moi non plus… j’ai jamais vu …ni de loin ni de près … dis-je.

La fille s’est éloignée vers la cabane. L’homme, pour nous aborder, a discuté un peu des difficultés rencontrées sur le trajet puis il dit :

- Bon… je vais vous laisser… j’ai comme l’impression que vous avez besoin d’être seuls après ce qui vient de vous tomber dessus… j’ai compris vous savez… ils ont de la chance de ne pas être en face de nous !! … Je me serais fait un plaisir de vous filer un coup de mains les mecs, oui !! Vous pouvez me croire… on aurait remplacer la course par un match de boxe, c’est tout !… En voyant vos traces de pneus dans le sable, j’ai su que je n’étais pas le premier mais il n’y avait que les vôtres donc j’étais satisfait. Second… c’est pas mal quand même, non ?!… J’imagine ce que vous devez ressentir les gars et je suis désolé pour vous, c’est vraiment dégueulasse ce qui arrive. Si vous avez besoin de mon aide, je vous l’offre… je vais m’installer derrière la cabane pour prendre un peu de repos avant le départ…

Je les ai tous observés dès leur arrivée, les uns après les autres. D’abord, la joie d’avoir réussi, d’avoir atteint un objectif, un but même s’ils n’étaient pas les premiers. Puis, la surprise, l’étonnement et enfin… la colère. J’en ai vu certains pleurer, comme des enfants… d’autres, plus philosophes qui disaient : bah… on s’en souviendra de cette course !

Nous étions tous épuisés. La soif, la chaleur, l’inconfort n’arrangeaient pas les choses.

C’est curieux, il y a dans l’air un mélange de joie, de fierté, de rage, de colère, de fatigue, d’agacement et de désespoir… c’est la première fois que je ressens une chose pareille… c’est autre chose que le jour des résultats universitaires !

La nuit tombe rapidement dans le désert. Les hommes s’installent pour dormir. Certains dorment à l’intérieur de leur véhicule. D’autres, sur un matelas gonflable, posé à même le sol. Beaucoup d’entre-nous ne trouverons pas le sommeil, pensant au retour et à ce qui les attend à Chicago…

Dès l’aube, plusieurs véhicules s’éloignèrent en pétaradant. Les hommes veulent éviter la chaleur. Ils se rendent vers la ville la plus proche. L’itinéraire imposé par le règlement bidon de la société bidon n’a plus la moindre importance…

Je ne souhaite pas repartir sans que la voiture n’ait été révisée rapidement. Je n’ai pas envie de me retrouver en plein bled sous 40° à l’ombre. Je suis fatigué et… j’en ai plus qu’assez !

Pendant que John passe en revue le moteur de la voiture, Bob et moi, retournons à l’intérieur de la vieille cabane.

- tu t’imagines de quelle manière il a vécu le type qui a construit cette bicoque ?… dit Bob un peu admiratif… y’a rien à la ronde… à 200 bornes seulement… il faut aimer… je ne pense pas que je supporterais ce genre de vie… c’est tout de même moche ce qui vient de nous arriver. Tu sais, je suis totalement sur la paille maintenant… j’ai plus un dollars sur mon compte !
- nous en sommes tous au même stade si j’ai bien compris Bob… mais ne t’en fais pas… les amis sont là pour ça. On va s’en sortir et on va s’entre-aider !
je ne te l’ai jamais dis Jack… mais je t’admire… comment tu fais pour rester aussi calme et avoir un tel sang-froid ?!… comment tu fais ?
Un coup de klaxon. John a terminé. Il nous attend. Je m’avance vers la porte et à l’instant ou je tends la main pour l’ouvrir, je vois un sac de toile de jute accroché dessus. Je le prends, je l’ouvre et j’en sors un vieux… très vieux violon aussi sale et aussi déglingué que la maison. Je me retourne et dis en souriant :

- regarde ce que je viens de trouver accroché à la porte !… je l’embarque avec moi ! ce sera un souvenir !
- très drôle !!! après tout… tous les goûts sont dans la nature… personnellement, le violon c’est pas vraiment mon truc, tu vois !?… je suis plus guitare électrique !! répondit en riant Bob

Nous avons pris la route de la ville la plus proche. Nous avions besoin d’un bon bain, d’un bon repas et de sommeil… Nous nous sommes arrêtés au premier motel qui se trouvait sur notre chemin. Nous avons usé une dizaine de savonnettes, mangé à volonté puis nous sommes allés nous blottir dans les bras de Morphée…

Les mois ont passés… Nous avions repris nos activités. Sans gaieté, sans amertume. Nous avions joué, nous avions perdu… c’est le risque.

Parfois, après le travail, nous nous rendions chez l’un ou chez l’autre mais inconsciemment, nous évitions toujours d’évoquer ce souvenir… nous avions laissé une grande partie de nous-mêmes à Texas-City… et pas uniquement de l’argent. Cette aventure nous avait fait grandir. Maintenant, il fallait oublier et donner la priorité aux dettes… que nous avions à rembourser.

- Un soir, chez John, j’ai dis en me parlant à moi-même « il faudrait que je le fasse réparer… si c’est encore possible »… C’est vrai, j’avais bu un coup de trop mais quand même, je savais encore ce que je faisais et ce que je disais !

Bien sur, il avait compris de quoi je parlais. Il répondit :

- pourquoi faire ?… tu ne sais pas en jouer !!!
- c’est vrai ! tu as raison… mais je ne sais pas pourquoi… j’ai vraiment envie de le faire retaper !!! .. ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien. C’est quelque chose au fond de moi qui… ne rigole pas !! Parfois, je pense qu’il va me parler, qu’il a des choses à me dire… qu’il y a de la vie là-dedans ! Oui bon… je sais, c’est ridicule mais…

Bob en riant répondit

- Tu connais mon opinion sur la question, non ?… si tu as envie de le faire… fais-le !!! Tu n’auras jamais de remords ni de regrets !! De toute façon, c’est TON souvenir… c’est toi l’heureux propriétaire de ce vieux rossignol grincheux !

Le lendemain, à peine habillé, j’ai glissé le violon dans un sac de sport et je me suis rendu chez un spécialiste.

Le vieil homme était debout derrière un ancien comptoir en bois. Dans sa boutique, il y avait des quantités d’instruments à cordes qui étaient posés sur des étagères ou suspendues, à la verticale. J’ai sorti le violon du sac et je l’ai déposé délicatement sur son comptoir. J’avais remarqué avec quelle précaution il procédait… Le vieil homme a plissé des yeux immédiatement en le voyant. Il l’a prit dans ses mains, a laissé glisser ses doigts sur le corps du violon avec douceur et délicatesse… son expression changea immédiatement. On aurait juré qu’il éprouvait de la tendresse pour l’instrument… je l’observais. Je n’ai rien dis… j’ai attendu son verdict.

Il a prit sous le comptoir un chiffon doux et une brosse à poils de soie et il s’est mis à le nettoyer superficiellement. Après quelques instants, il leva la tête pour me regarder et par-dessus ses lunettes, il me dit :

- félicitation jeune homme !!! Vous avez là un spécimen rare… un magnifique Stradivarius !! Il y a peu de choses à changer à première vue… 2 cordes… comme vous le disiez… et par chance, le bois n’a pas été attaqué ! C’est un peu dommage qu’il soit dans un tel état… Vous savez, de nos jours, les Stradivarius sont devenus des objets d’arts parce qu’ils n’en restent que quelques-uns dans le monde… Savez-vous en jouer ?!…

Si cet homme m’avait donné une gifle, je n’aurai pas été en meilleur état… j’étais assomé par ce qu’il venait de me dire. J’ai répondu sans réfléchir :

- il était dans le grenier d’une de mes vieilles tantes qui vient de décéder… malheureusement, je ne suis pas du tout musicien même si j’apprécie beaucoup le violon…

Le vieil homme parlait en souriant…

- venez le reprendre dans 8 jours, jeune homme ! Vous verrez… il vous éblouira !!! Je vous ferais une petite démonstration des sons merveilleux qu’il offre avec générosité… il faut l’aimer vous savez… n’hésitez pas à l’aimer. Peut être vous donnera t’il envie d’apprendre à vous en servir, hein ?… mais je vous conseille quand même de débuter avec un modèle différent… et il me fit un clin d’œil.

Je l’ai remercié et je suis sorti. J’avais besoin d’air… Dans la rue, j’avais l’impression que le monde entier me souriait… je pensais perdre l’équilibre chaque fois que je posais le pied sur le sol et mon cœur battait si fort que je m’imaginais qu’il allait exploser ! Pour me calmer, je fis plusieurs grosses inspirations en me dirigeant vers un téléphone public. Il fallait que j’appelle John.

Une sonnerie… deux… trois… à la cinquième sonnerie, enfin… il décroche !

- Tu en as mis du temps !! dis-je en guise de salutation
- Qu’est-ce qui se passe ?… tu as des ennuis ?
- Non, non !!! rien de tout ça !!! tu sais, le violon… c’est un Strad… quoi ?… tu n’entends rien ?!… trop de bruits dehors… évidemment !!! Oui, ce soir, ok.. après le boulot, chez moi !! ok !!!

Je suis furieux. John n’a rien compris à mes explications. En y réfléchissant, il a raison. L’endroit pour téléphoner n’est certainement pas celui qu’il y a de mieux… un carrefour… faut déjà être malin pour s’arrêter là… camions, métro, tramways… ouais… il a raison.

L’après-midi n’en finit pas. J’en ai marre. Je suis pressé. Je voudrais qu’il soit déjà la. Je m’acharne sur quelques dossiers que je ne parviens pas à suivre, évidemment. Impossible de me concentrer. Lorsque le carillon de la porte sonne, je n’ai qu’à tendre le bras pour ouvrir la porte !!! Depuis 30 mn, je suis appuyé contre le mur du hall…

Excité, je raconte tout à John. L’air idiot, il me dit :

- si j’ai bien compris, tu es l’heureux propriétaire d’un Stradivarius, c’est ça ?… mais c’est tout simplement GENIAL !!! Quand je pense que tu dors avec ça sous ton oreiller depuis tout ce temps !!! Je suis heureux pour toi !!!
- ok mais… que veux-tu que je fasse d’une fortune dans mes tiroirs ?…
- ne joue pas les difficiles Jack !!! c’est une jolie poire pour la soif, non ?!
- oui, bien sur surtout qu’en ce moment j’ai très soif !!! tu veux un coup ?!… En fait, j’ai l’achat du cabinet à rembourser , plus le matériel et mes potes… les huissiers à rembourser ! C’est vrai… je ne tiens pas une boutique de mode…
- alors ?… où est le problème ?… te voilà sauvé !!! Ce n’est qu’une question de temps..
- Bob, est au courant ?
- Non, pas encore. Je viens de l’apprendre… en plus de ça, je n’arrive plus à le joindre depuis qu’il a vendu son appartement et au boulot… avec cet imbécile de chef qui ne sait pas le voir en peinture… je n’ai pas voulu lui créer des ennuis, il en a assez comme ça. Dommage… j’aurai aimé vous l’apprendre à tous les deux en même temps…
- Mais c’est pas grave ça !!! tu lui diras demain !

Nous discutions du violon lorsque je me suis dirigé vers la fenêtre. Bob rangeait sa voiture le long du trottoir… Je dis :

- Il a un 6ième sens… il est là !!! et je riais.
- Ouvre-lui si tu veux, vite !!!

Le temps qu’il pénètre dans le living, j’avais sorti d’autres bouteilles du réfrigérateur. Euphorie générale…

- Enfin… une bonne nouvelle !!! Comme ça fait du bien les gars !… Ca va changer ta vie dis-donc surtout si tu apprends à t’en servir !… A propos, il faudra que tu penses à placer une pancarte sur ta porte, histoire de ne pas faire fuir les clients !… tu vas le garder ?!…
- Comment ça ?…
- Ben oui… tu vas le mettre en vitrine… tu vas te jeter à corps perdu dans le solfège…
- Oui.. je vois… il faut une petite mise au point… Lorsque nous nous sommes jetés dans cette aventure, nous l’avons fait à 3. Nous avons grillé toutes nos économies tous les 3 et en plus, nous nous sommes endettés à cause de ça. John… tu bosses tous les we ou quand c’est possible pour continuer tes études de médecine… Bob, tu as vendu ton appartement que tu ne savais plus payer… et moi… je dois rembourser les traites de mon cabinet et, faute de pub, j’ai des difficulté à trouver des clients….
Alors voilà… j’ai réfléchi… je considère que ce violon est à NOUS. Nous en sommes les propriétaires. J’ai juste été son gardien… alors nous allons décider ensemble de son avenir !
- mais tu es dingue !!! Il y en a pour une fortune !! Pourquoi tu veux le partager avec nous ?!… si j’ai bien compris, bien sur… c’est incroyable ça…
- Exact. Tu as tout et bien compris !! Tous les trois nous nous connaissons depuis des lustres… nous avons toujours été ensemble dans les coups durs et surtout depuis ce fichu concours… un Stradivarius bien venu vaut des millions de dollars et si nous faisons attention… nous en aurons un prix suffisamment alléchant pour nous remettre tous les 3 sur les rails… non seulement nous pourrons nous installer confortablement mais nous aurons un avenir !!
J’en ai parlé avec le commerçant. Il connaît des collectionneurs qui donneraient des fortunes pour ce violon… il nous aidera à le vendre. Nous n’aurons qu’à penser à lui, ce qui est normal, non !?… Il aura une belle vieillesse aussi !!… Qu’est-ce que vous en pensez !?

Cinq mois plus tard, un matin, un célèbre violoniste de renommée internationale arriva de Suisses. John l’attendait à l’aéroport pour l’emmener chez le vieil homme. Mes amis étaient là, eux-aussi.

Après quelques échanges de politesse, silencieusement… religieusement… le vieil homme tendit le violon au musicien. Il n’a pas dit un mot… le regard brillant, ses doigts agiles se sont déplacés… les cordes vibraient… les sons, mélodieux prenaient aux tripes… les yeux fermés, les frissons gagnaient les corps … le vieil homme souriait la tête légèrement penchée … je me laissais aller dans le silence de mon cœur qui se régénérait par cette musique merveilleuse … une mélodie sublime, divine s’élevait, sortait de ce violon magique… nous étions dans un autre monde.

J’ai vu les larmes du bonheur couler sur les joues du vieil homme… John était parti ailleurs, dans un autre univers… Bob réalisait qu’il aimait cette musique bien plus que la guitare électrique… j’étais le seul à ne pas me voir mais je savais… tout en moi pleurait… de bonheur !

Lorsque le musicien cessa de jouer, il régnait dans la pièce un silence incroyable… nous devions « revenir » sur terre, tous… tant l’émotion était forte. Je me suis levé lentement, je suis allé vers lui et je lui ai tendu la main, naturellement, sans réfléchir. Je lui ai dis avec sincérité…

- merci… vous venez de lui rendre la vie ! C’était ce que je souhaitais le plus au monde et grâce à vous… j’ai compris beaucoup de choses …

Le musicien a répondu simplement :

- Vous savez… je ne suis que son instrument. Le Maître… c’est lui.

Il s’est tourné vers le vieil homme, lui a tendu une main chaleureuse en disant :

- mes félicitations, Maître… vous êtes un génie… unique ! Il a un son sublime, extraordinaire !!! Vous me comblez… non, non… le terme n’est pas trop fort : vous êtes un « Maître » sachez le !

Le vieil homme a répondu humblement :

- vous savez comme moi que ce n’est qu’une question d’amour… un jour, je quitterais ce monde… heureux … car… c’est le 1er Stradivarius que je touche et que je vois de ma vie… alors, maintenant que je sais qu’il est entre vos mains… je sais que j’ai été utile…

J’étais émerveillé. Je venais d’assister à une scène que jamais plus je ne vivrais… Ils ne parlaient pas d’argent. Ni de contrat. J’avais devant moi deux hommes… deux hommes qui vivaient pour le même amour, pour la même passion… le violon. L’un vivait dans l’ombre et l’autre, dans la lumière et ni l’un ni l’autre ne pouvaient se passer de cet amour pour le violon. Ni l’un ni l’autre ne pouvaient se passer de l’un et de l’autre … ils étaient égaux !

Le musicien acheta le violon. J’étais heureux. Je sais… c’est idiot. Nous avions une histoire en commun…

John est maintenant PDG d’une grande marque de voiture de sport. Bob, possède plusieurs supermarchés qu’il supervise de mains de maître. Et moi… j’ai le plus grand cabinet de placements financiers de Chicago.

A propos… le fils aîné de Bob apprend le violon et il est plutôt doué !!! Sa femme m’a dit en souriant que Bob aimerait qu’il en fasse son métier…

















Enregistré le 9 Avril 2011 à 18:40
par 2764928

Oeuvre Originale

Auteur :
bellejournée

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