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Souvenirs d''un père trop tôt disparu...

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PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 08/06/2003 à 17:08 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
En l’an deux mil, j’aurai quarante six ans.
C’est si loin. J’ai l’impression que des années lumière nous séparent de cette date. L’an deux mil : la sonorité déjà est étrange. Il est impossible que cela arrive, tout du moins comme je le conçois.
Je serai vieux. Les voitures voleront. Il n’y aura plus de verdure. La nature aura disparu. Nous respirerons avec des bouteilles et nous mangerons dans des tubes. Les animaux seront monstrueux. J’ai vu il n’y a pas longtemps ce film « la planète des singes ». Nous arriverons peut-être à ce mouvement général de révolte animalière où chiens et chats se libéreront de leur collier et de leur laisse, où ils rejèteront des siècles de brimades et d’oppression.

Dimanche 7 février 1988

Je me déchausse sur le palier. J’ai du faire du bruit car la porte s’ouvre: Alexandra, trois ans, est là. « Maman, c’est mon papa qui rentre! ».

Mon papa… Mon papa. Que j’aime cette possession! Mon papa…

Mercredi 29 avril 1970

Il fait bon. Il fait doux. Le printemps éclate en mille bourgeons sur les platanes de l’avenue. L’herbe folle perce le goudron par plaque. Elle se glisse entre les pavés des caniveaux, dans les interstices des vieux murs de pierres.

Seize ans. Le grand bonheur vécu en famille. Quatre sœurs, un frère et des parents merveilleusement unis. Je suis le plus jeune, le « Caganis », comme l’on dit en Provence. « Quatre brouillons pour deux chefs d’œuvres ». C’est l’expression de mon père, qui plaisante, bien sur. Comme tout bon vieux Corse, il est fier de ses fils qui pourront perpétrer son nom. Mes sœurs ne lui en tiennent pas rigueur.

Seize heures. Seize ans dans quelques jours. Je crois que mes parents m’offriront une chemise que j’ai vue en vitrine. J’aime m’habiller. A cette occasion, la famille se réunira et l’on souhaitera un joyeux anniversaire au petit frère. J’aime bien cette position de « petit frère ». Elle offre quelques avantages non négligeables.

Je sors du collège et grille une cigarette, interdite à la maison. Il ne faudrait pas que mon père me surprenne. J’ai ma panoplie « après cigarette » avec moi ; tablettes de réglisse, chewing-gums, et à défaut une poignée d’herbe que j’arrache, mâchouille et frotte entre mes mains pour supprimer l’odeur du tabac!

Seize ans. L’insouciance. Je ne sais pas ce que je ferai plus tard. Juge pour enfants ou professeur de lettres. J’aime les enfants et les livres. Je ne sais pas. Ce n’est pas encore ma préoccupation. Nous verrons bien.

Je prends ma mobylette et salue mes copains. C’est une aventure. Je ne rentre pas à la maison mais me rends chez ma sœur aînée. Elle est hospitalisée et ma mère seconde son gendre dans les tâches quotidiennes.

L’air chargé de senteurs marines me caresse le visage. Le soleil printanier darde ses rayons et joue impunément avec les jupes des filles, dévoilant des charmes prometteurs. Des prostituées aux avancées avantageuses s’appuient négligemment sur les murs et sur les arbres. Elles lancent des regards langoureux aux automobilistes qui descendent la contre allée à faible allure. Je n’ose trop les regarder de peur de provoquer un déferlement d’injures des plus colorés. Il reste en moi un fond de timidité qui recule de jour en jour devant la hardiesse naissante de mes presque seize ans.
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 11/06/2003 à 13:03 supprimer cette contribution
Seras-tu étonnée Bulle si je te dis que j'ai intitulé ces quelques lignes "des mots pour des maux" ?
Bises --> :* Bonjour ou au revoir --> :hello:
287122 Publié le 11/06/2003 à 20:18 supprimer cette contribution
papa ....! tu vas etre étonné comme je l'étais,car lorsque j'étais jeune ,dans les livres (dans nos écoles d'algerie ),on parlé des chrétiens que c'étaient des gens qui ne respectaient pas les liens familiale ;alors j'avais cette idée de vous !lorsque je découvert avant de t'avoir lis ,que vous etes des gens qui savent aimé !
que l'homme est l'homme ,que l'amour est une vertu que chacun pourra avoir et qui a !
pour ton recit ,il est fabuleux .



PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 11/06/2003 à 23:31 supprimer cette contribution
Merci Affemen,

comme tu vois l'enseignement n'est pas toujours rigoureux !!
qu'un père soit musulman ou chrétien, jaune ou noir, qu'est-ce que cela peut changer à son amour pour ses enfants ???
Amitié --> :fleur: Bonjour ou au revoir --> :hello:
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 11/06/2003 à 23:55 supprimer cette contribution
Et ce jour où il a fallu qu’on emmène mon père ? J’entends encore le bruit des vis du couvercle qui se referme sur cette infâme cercueil. Nous descendons les escaliers derrière les employés des pompes funèbres qui ont bien du mal à tourner à chaque palier.
Comme nous sortons de l’immeuble, une foule dense et recueillie nous attend. Il faut encore sacrifier au rite des poignées de mains et des embrassades attardées et entendre encore ces mots qui résonnent à mes oreilles comme autant de bourdonnements d’abeilles.
Un homme se détache de la foule. A vrai dire, je ne vois que lui. Le cheveu ras, le costume sobre, le geste assuré. Il me prend énergiquement par les épaules et me dit sur un ton qui n’admet aucune réplique: « Nous sommes samedi, mon petit ; lundi tu es en classe ». Deux bises aussi surprenantes que réconfortantes, réconfortantes parce que surprenantes et chaleureuses. G. P. mon professeur d’anglais.
Des comportements aussi déterminés, il en aura d’autres à mon égard qui m’aideront grandement à surmonter cette terrible épreuve.
Une dernière fois tous assemblés autour de la dépouille de mon père, nous écoutons le pasteur qui parle principalement du moteur qui a actionné cet homme sa vie durant: sa foi en DIEU et son amour débordant pour les autres et les siens en premier. Un amour dont il est dit dans le Nouveau Testament, livre des Corinthiens, chapitre 13 qu’il supporte tout, qu’il est patient et lent à la colère. Qui plus que moi peut attester de l’authenticité de ces propos ?
Cet amour, je l’ai expérimenté deux années plus tôt. De grosses bêtises au collège avaient valu mon renvoi. Craignant la colère légitime de mon père à l’annonce de cette nouvelle, j’avais subtilisé dans la boite aux lettres la convocation adressée à mes parents pour mon passage en conseil de discipline. Enfourchant la mobylette de mon frère, j’étais parti à l’aventure pour me retrouver à TOULON. C’est là qu’une patrouille de police m’avait découvert trois nuits plus tard, un dimanche matin, dormant sur un banc, sale, affamé, honteux.
J’ai appris par la suite que mes parents n’avaient pas dormi tout ce temps, inquiets qu’ils étaient de me savoir dehors. Ancien militaire et ancien policier, mon père avait battu la campagne et monté toute une petite armée pour me retrouver mais en vain.

687672 Publié le 12/06/2003 à 09:30 supprimer cette contribution
Continue Phil. Tes mots sont justes.
824543 Publié le 12/06/2003 à 10:05 supprimer cette contribution
Amitié --> :fleur: Phil, Que c'est émouvant ton récit.
Moi mon père est Militaire,il est empreint
de tout ce qui touche l'armée,il l'a dans le sang.Je peux dire qu'il nous a fait passer la formation militaire maison;confondant parfois vie proffessionel et vie affective.Il est plein d'amour car je le sens,mais de l'amour qu'il ne parvient pas à partager,à donner,à communiquer...
MA MAMAN ,quelle femme adorable,sublime, toujours à nos petits soins.Ta petite blessure au genou lui fait saigner.Elle est un ange --> O:-) .Je lui donnerai le Paradis sur terre si je pouvais.
Je ne peux parler de mon père sans parler de ma maman,ils sont mes dieux sur terre.
287122 Publié le 12/06/2003 à 10:41 supprimer cette contribution
pas de quoi phil ....!
tu es une école pour moi ,car l'algérien que je suis a l'envie de rivalisé les grands romanciers francais ,trouve la façon et la manières et surtout la pauvreté ,car j'ai pas une grande connaissance en francais ,et ca m'aide a vouloir connaître ta langue ,une envie qui peut déppassé ton ambission

519142 Publié le 12/06/2003 à 11:11 supprimer cette contribution
Phil, il fut un temps où un cancre animait un forum qui s'appelait " Les maux dits"...


et depuis toujours on me conseille de lire Maria Cardinale mais jamais je n'ai pu aller jusqu'au bout....
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 12/06/2003 à 13:21 supprimer cette contribution
Affemen,

Tu es trop sympa !!
Ne me compare pas une école car j'aurais grand besoin de retourner m'y asseoir. Nous pourrions être côte à côte sur le même banc.

Et puis si je maitrisais ta langue comme tu possèdes la nôtre, je serais bien heureux.
Amitié --> :fleur:
Phil
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 13/06/2003 à 07:11 supprimer cette contribution
Comme il lui arrivait de remplacer des pasteurs, ce matin là, il prêchait à AUBAGNE. Malgré la crainte qui agitait son cœur, confiant dans les prières qu’il avait faites monter vers son DIEU, il était parti assurer le culte. Ce n’est qu’après son départ que des voisins qui avaient le téléphone étaient venus prévenir maman.
Jeannot mon beau-frère s’était empressé de la conduire jusqu’à TOULON pour me recueillir. DIEU te bénisse, Maman ! Elle n’avait eu de cesse de trouver une boulangerie pour me gaver de croissants.
De retour à la maison, elle m’avait précipité sous la douche et envoyé au lit pour récupérer les heures de sommeil perdues, me disant qu'elle me réveillerait sitôt mon père rentré. Malgré la peur de la correction qui m’attendait tout naturellement, je m’étais endormi.
La porte de ma chambre s’ouvrait sur la salle à manger et face à moi de l’autre côté de la table, se trouvait le bahut. Lorsque prévenu par ma mère, je pénétrais dans cette pièce, je m’attendais à recevoir la tannée que je méritais amplement. Au lieu de cela, je vis mon père appuyé sur le buffet, des larmes plein les yeux, les bras ouverts et je l’entendis me dire: « Mon fils, je t’ai attendu trois jours et trois nuits ».
J’aurais ramassé une raclée sans sourciller, c’était juste retour des choses mais à la première occasion, je reprenais la porte. Le témoignage d’amour de mon père m’a permis de rentrer dans le droit chemin.
287122 Publié le 13/06/2003 à 11:11 supprimer cette contribution
pour rester dans la meme table de l'école ,ca me va ,puisque je suis prof de dessin,juste je suis fors en rien .....!
je compte sur tes copie pour les devoirs Grand sourire / content de soi / un peu moqueur --> :D
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 13/06/2003 à 13:04 supprimer cette contribution
No problème Affenem !

Je suis nul en dessin, tu pourras m'aider à tenir mon crayon !!!
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 14/06/2003 à 00:16 supprimer cette contribution
J’émerge de mes souvenirs, en entendant le pasteur dire que la famille ne recevra pas de condoléances à l’issue de la cérémonie.
C’est au tour des croque-morts, drôle de nom qui prêterait à sourire en d’autres circonstances, d’officier. Après avoir glissé deux cordes sous le cercueil, ils le descendent au fond du trou fraîchement creusé. Et chacun d’y jeter une poignée de terre avant qu’eux-mêmes ne le couvrent à grands coups de pelles.
Ils l’ont peut-être cru, ces innocents, mais ils n’ont jamais enterré mon père. Il vit et vivra encore dans mon cœur pour toujours puisque nous avons l’éternité pour nous retrouver.

Lundi 4 mai 1970

Depuis la veille, parents et amis sont repartis. Au brouhaha et au remue ménage succède un silence étouffant. J’ai l’impression que nous nous déplaçons comme sur un coussin d’air. Nous survolons, nous effleurons, nous chuchotons.
Maman défait des lits, range, nettoie, lave, ne cesse de s’occuper.
Maman, Petite Mère chérie, comme tu as été grande ! D’où t’est venue cette force ? Qui t’a donné ce courage ? Je le sais et je m’en veux d’autant plus d’être le mécréant que je suis !
Toi aussi, Maman, tout comme Papa, tu as ta part de gloire dans mon cœur ! Je sais quels sont les premiers mots que tu as prononcés à l’annonce de la mort de ton époux: « Mes enfants ». Tu as gommé, Maman, trente ans de vie commune, tu as anesthésié ta douleur pour mieux partager la nôtre et nous la rendre plus légère.

Quelles ont été les nuits de l’épouse, désormais seule dans ce lit, sans la présence à ses côtés de son mari ? Combien d’oreillers as-tu mouillé silencieusement de tes larmes ? Et pour être là, le matin, toujours présente à nos côtés… Mille mercis, Maman bénie.
C’est vrai. Ils ne l’ont pas enterré. Le soir, lorsqu’il rentre de ses visites auprès des amis du temple, malades ou dans l’affliction, il gare sa voiture derrière l’immeuble et a pris pour habitude de donner un dernier coup d’accélérateur avant de couper le contact.
En montant les escaliers, il fait toujours une petite halte sur le palier inférieur et il tousse, comme pour prendre un second souffle. Il y a des années qu’il est malade du cœur, mais il ne ménage pas sa peine pour aller porter chaleur et réconfort autour de lui .

287122 Publié le 14/06/2003 à 19:00 supprimer cette contribution
trés trés joli et simple ,si souvent ce qui est simple porte la vrai beauté et surtiut il y'a de la sincérité .
juste comme je suis jeune que toi je suis un peu intimidé ,c'est le poid du respect ,mes respects prof.
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 15/06/2003 à 10:48 supprimer cette contribution
J’aurais du conjuguer au passé, mais le présent est toujours là, puisque j’entends toujours le rugissement du moteur et cette toux sèche certains soirs. Rolland, mon ami d’enfance qui habite au premier étage, ne m’a-t-il pas dit qu’il l’entendait aussi ?
Et puis, quand nous mettons le couvert pour le repas, en bout de table, où il s’assoit toujours, ne posons-nous pas son assiette ? L’un de nous se lève sans mot dire, ou mieux encore, comme pour ajouter de la pudeur à son geste, fait disparaître cette assiette que nous aimerions bien briser, pour ma part, tout du moins !

Lundi 25 octobre 1999.

Des pas résonnent dans l’escalier. Bien caractéristiques, calculés, réguliers. Des pas qui s’économisent tant ces trois étages paraissent s’étirer.
La porte s’ouvre et un homme rentre. Son souffle et sa toux sèche expriment le mal qu’il a eu à gravir ces marches. Il aura quatre vingt onze ans le mois prochain. Malgré sa fatigue apparente, il porte encore beau dans son costume croisé et sous son chapeau mou. Il se décoiffe et pose sur la table la serviette de cuir fauve qui l’accompagne dans tous ses déplacements.
« oh, miu fiulluccu, c’est moi », (mon petit garçon, en langue corse) me lance-t-il avec cet accent aux parfums de maquis. « Je ne comprends pas, ajoute-t-il, les gens sont fous ; j’ai vu des automobilistes à leur volant, des gens dans la rue, parler dans de drôles de petites boites qu’ils tenaient à la main. Dans une grande surface, j’ai vu une jeune femme pianoter sur un clavier et des caractères s’afficher sur un écran de télévision devant elle ». « Drôle d’époque » ; finit-il par conclure.
« Mais voyons, papa, lui dis-je, il y a bientôt trente ans que tu es parti et tu ressurgis en plein boom technologique. Les petites boites dans lesquelles les gens parlaient, sont des téléphones portables et ce que tu as pris pour un téléviseur est un écran d’ordinateur. Comment t’expliquer toute cette mutation ? par où commencer » ?
La réalité est bien dure. J’ai quarante cinq ans et je rêve encore de ce père trop tôt disparu et lorsque j’entrouvre un peu plus la porte de mon imaginaire, je le vois revenir, et là nous discuterions des heures et des jours et des nuits de tous les sujets que j’aurais tant aimé aborder avec lui.

519142 Publié le 15/06/2003 à 11:29 supprimer cette contribution
Rien à dire, juste lire
687672 Publié le 15/06/2003 à 12:59 supprimer cette contribution
ange --> O:-) Amitié --> :fleur:
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 16/06/2003 à 12:37 supprimer cette contribution
Pendant des années, je n’ai osé livrer mes pensées à qui que ce soit, comme je le fais ce soir sur le papier. Si seulement quelqu’un avait pu pénétrer mon esprit, la consultation chez un « psy » se serait imposée.
Mon père n’était pas mort, pensais-je. Rien que cet adjectif, déjà ne faisait pas partie de mon langage. Il était trop cru, trop brutal. Mon père était décédé. Voilà. Le terme était plus feutré à mes oreilles, plus correct. Mieux encore, il était parti. Et puisqu’il était parti, il pouvait bien revenir.
Alors dans ma tête des scénarii s’écrivaient plus farfelus les uns que les autres. Comprenez bien, mon père était un espion et sa dernière mission imposait, notamment pour notre sécurité, qu’il ait disparu. Sa disparition ne pouvait être que temporaire. Un jour nous recevrons un courrier ou mieux encore, il viendra frapper à la porte et nous nous retrouverons.
Les années défilaient et les pages de mon livre se cornaient, jaunissaient. Sa couverture était défraîchie mais je me raccrochais à son histoire, comme un naufragé à son radeau. Il m’arrivait dans le silence de mon cœur de parler à papa et de lui dire qu’il devait enfin se dévoiler, nous dire qui il était. Nous étions prêts à lui pardonner le mal que son absence nous avait causé. Et puis, c’était pour la cause nationale. C’était un héros….
Mes folles idées trouvaient à se nourrir dans le comportement de certaines personnes qui avaient connu mon père et au travers desquelles j'ai vécu pendant fort longtemps à son ombre.
Lorsque je leur étais présenté, la même interrogation admirative revenait: « Vous êtes le fils de Monsieur M. ? ». Ce à quoi, je répondais un oui faussement modeste ! Et là, tout aussitôt, comme si j’avais glissé une pièce dans un juke-box, j’entendais le même disque égrener la même ritournelle:
« Comme il était bon, serviable, disponible ! Il savait nous parler, nous réconforter, il donnait de son temps… C’était un saint homme ! » Et ces gens m’embrassaient, me serraient la main ayant probablement le sentiment de toucher mon père au travers de ma personne !
687672 Publié le 16/06/2003 à 19:54 supprimer cette contribution
tout à fait ça!
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 17/06/2003 à 21:49 supprimer cette contribution
Un jour, quelques mois après sa mort, j’ai vécu une anecdote tragi-comique. Tragique parce qu’elle aurait pu se solder par un accident, comique du fait de l’enthousiasme débordant de l’un de ses acteurs.
Je m’étais rattaché au temple protestant évangélique de la Rose et je commençais à fréquenter une jeune fille ou tout du moins, j’avais jeté mon dévolu sur elle. Laurence était belle et correspondait en tout point à ce que j’attendais dans mes rêves les plus fous. Aussi, inutile de préciser que je me rendais dans le moindre endroit où elle se trouvait pour lui faire une cour assidue.
C’est ainsi qu’un dimanche après-midi, nous nous étions retrouvés à plusieurs dans l’immense propriété que possédaient des amis aux Camoins. Les heures passant, les uns et les autres étaient partis et je voyais le moment où, ne possédant pas de véhicule, il me faudrait rejoindre le premier arrêt de bus à pied. Je m’en inquiétais auprès de Claude, mon pasteur qui me trouva aussitôt un couple de personnes âgées. Je connaissais ces gens de vue mais ne les avais jamais réellement approchés.
Pour ceux qui connaissent MARSEILLE, nous descendions l’avenue des Olives pour rejoindre le quartier de la Rose, tout en conversant . C’est alors que ce monsieur se retourne et me demande mon nom. Le fait de lui décliner mon identité, l’amène à pousser un cri: « Tu es le fils de Monsieur M.? Viens que je t’embrasse ! » Et il lâche son volant, cherchant à m’empoigner pour m’appliquer deux bises fraternelles. La voiture livrée à elle-même exécute des embardées saluées par les coups de klaxon intempestifs des autres usagers de la route que nous évitons par miracle comme nous évitons de la même façon trottoirs et autres véhicules en stationnement.
Son épouse tente de le ramener à la raison, invoquant avec ardeur le Seigneur ! Le brave homme se calme quelque peu, reprend sa conduite non sans continuer à se retourner régulièrement !
Je descends enfin de ce corbillard improvisé et remercie vivement mon chauffeur de m’avoir amené à bon port… Encore un peu et je rejoignais plus vite mon cher papa !
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 18/06/2003 à 21:26 supprimer cette contribution
Pour rester dans le même registre anecdotique, il y a quelques mois de cela, je rencontre dans un hypermarché une amie qui tenait par le bras une dame âgée que je reconnais tout aussitôt. Je devais avoir une douzaine d’années la dernière fois que je l’ai vue ! J’embrasse mon amie et salue cette mamie aux joues pommelées, lui déclinant mon nom. Malgré le temps, l’effet reste le même. Je vois ses beaux yeux bleus s’embuer et de ses deux mains aux longs doigts cristallins elle enserre mes mains.
L’émotion l’étreint et rend ses mots encore plus touchants. Je la regarde partir et j’ai l’impression que ses pas sont plus légers. Elle vient de faire un saut dans le passé de trente années !
L’impact n’est cependant plus le même dans mon esprit, depuis plusieurs années déjà. Si les qualificatifs employés me touchent toujours autant, l’adolescent a grandi et s’est décidé tout doucement à vivre non plus au travers d’un autre, quand bien même ce fût un grand homme, mais par lui-même, pour ce qu’il est.

687672 Publié le 18/06/2003 à 23:21 supprimer cette contribution
Bises --> :*
634723 Publié le 19/06/2003 à 09:41 supprimer cette contribution

les grands hommes, comme les grandes femmes...(en l'occurence : nos parents), nous donnent leur soleil mais parfois nous font aussi de l'ombre par leur personnalité et être le fils ou la fille de M.... n'est pas toujours facile

leur disparition ou leur éloignement n'y change d'ailleurs rien, il faut choisir de faire sa place nous aussi

parfois se faire un prénom est aussi difficile que de se faire un nom

et grandir aussi....

très vrai ce que tu nous racontes, phil
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 20/06/2003 à 19:10 supprimer cette contribution
Je suis depuis toujours sujet au vertige. Je n’ai jamais pu m’approcher du bord d’une falaise. J’ai gravi, c’était le 14 juillet 1984, les deux étages de la Tour EIFFEL. Je n’ai pas baissé une seule fois les yeux de peur de voir au travers des escaliers métalliques ajourés les gens s’agiter au sol comme des fourmis.
Pendant des années, j’ai fermé les yeux sur ce gouffre que la mort de mon père avait crée en moi. A trop penser, à trop raisonner, je craignais de perdre la raison. La douleur, ne serait-ce que celle engendrée par une absence, peut confiner à la folie tant elle est insupportable.
Et tout doucement, sans m’en apercevoir, j’ai apprivoisé ce vide. Je me suis même surpris plongeant dans cet abîme dans lequel je me mouvais comme en état d’apesanteur. Je m’y déplaçais, d’une époque à une autre, retrouvant par ici une odeur, par là un accent ou par ailleurs un sentiment de déjà vécu. J’ai débusqué des souvenirs enfouis qui ont ressurgi furtifs ou nets à mon esprit.
J’ai exploré les moindres méandres de ma mémoire, forçant des portes verrouillées pour les refermer tout aussitôt ou, par contre, m’arrêtant parfois dans des clairières verdoyantes et ombragées.
J’ai dompté cette absence jusqu’à en faire une présence. J’ai fait taire les dialogues-monologues, les questions sans réponse. Maintenant, je tutoie ma douleur pour mieux l’endormir, là au fond de mon cœur où elle somnole, pour toujours présente.
Bonjour ou au revoir --> :hello:
539788 Publié le 20/06/2003 à 21:17 supprimer cette contribution
toi, qui recherchait éperdument à cacher tes émotions...
tu gaspillais ta vie, pour quelques grammes d'illusion
tu as enfin regardé autour de toi
et levé courageusement le voile sur ta propre existence,
et pris enfin congé de cette souffrance
merci phil pour nous avoir fait partager toutes ces émotions Bises --> :*
PHIL - 391201lui écrire blog Publié le 20/06/2003 à 23:44 supprimer cette contribution
Merci à toi Ariel pour ton témoignage d'amitié.
J'ai hésité un moment à écrire publiquement ces lignes que j'avais gardées pour moi pendant de si longues années.
Et je me suis lancé, libéré en quelques sorte.
Et si ces ...mots ont pu aider une personne à se libérer à son tour de ses ...maux, la partie sera gagnée !
Amitié --> :fleur: Amitié --> :fleur: Bises --> :*
981255 Publié le 09/07/2004 à 16:32 supprimer cette contribution
Cher Phil,

je t'ai fait une réponse déjà sur ton mail perso et je te renouvelle mes sentiments affectueux.
je t'embrasse très fort,
Sylve
835521 Publié le 09/07/2004 à 19:52 supprimer cette contribution
Citation:
Et je me suis lancé, libéré en quelques sorte.


Tu vois comme celà fait du bien mon fli.... préféré
842060 Publié le 09/07/2004 à 20:03 supprimer cette contribution
... oups ! j'avais jamais lu ce forum, je le découvre avec beaucoup de plaisir et d'émotion ...

frérot ...
1012529 Publié le 09/07/2004 à 22:47 supprimer cette contribution
phil
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