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913080 Publié le 26/03/2004 à 17:06 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Bon, c'est décidé: je rouvre.

Les "anciens" ne m'en voudront pas...

Pour les "nouveaux":

Au bout des pierres abandonnées du village, une vieille devanture vous accueille sur un banc.
Vous avez chaud, soif, et la rando vous a plu...

Entrez donc dans la boutique, accueillis par un "ding" d'un autre âge.

Le monsieur est artiste: il vend des bizous.

Voui, avec un "Z", et il y tient! C'est un original...

Déjà, en entrant, vous avez senti une fraîcheur dans le cou...

Méfiez-vous du vieux: il fabrique, il donne, il fait du sur commande, mais il vire très vite les fâcheux...
702985 Publié le 15/01/2005 à 22:50 supprimer cette contribution
En guise, au titre de, enrobé d'un bisou, ce site, à l'intention du maître des lieux.

Que de bons souvenirs de cette boutique !
913080 Publié le 16/01/2005 à 14:08 supprimer cette contribution
Un gros zibou pour le lien, miss Riz (je connaissais...)
913080 Publié le 16/05/2005 à 19:28 supprimer cette contribution
Aïe !

Je viens d’en racler un, là, dans un fond de tiroir inattendu.

Il me semblait sec, oublié et inutile.

Un peu renâclant, aussi.

Du genre lourd de secrets familiaux.

Et te voili t’il pas que ce zibou me coule une larme ?

Non, madame ! certains articles ici ne sont pas à vendre.
634723 Publié le 16/05/2005 à 20:38 supprimer cette contribution
c'est bon la vie!!!!
hein carlow???
913080 Publié le 03/05/2008 à 13:58 supprimer cette contribution
Presque trois ans sans bisous.

Si vous saviez le stock que j'ai sous les pieds, là...
2025831 Publié le 03/05/2008 à 13:59 supprimer cette contribution
Je ne pourrais pas vivre sans bisous
913080 Publié le 03/05/2008 à 14:04 supprimer cette contribution
Tiens au hasard, comme ça, vite fait.

Il y en a un qui me remonte, un peu aigre, farci de relents bébéesques.

Un bisou rototo venu du fond de mes âges.

Beurpant, mais tellement agréable.

Pas à vendre, cuilà non plus.
913080 Publié le 03/05/2008 à 14:13 supprimer cette contribution
Et ding !

Encore un zéphir qui vient ouvrir ma boutique.

La dame hésite sur le comptoir.

Bon. Je vais faire dans le léger, encore, je le sens.

"Vous n'auriez pas un article... euh... nostalgique... enfin... obsolète ?"

Mais si madame, la cliente est reine.

Tenez : je vous fais un lot :

"Une Milady saupoudrée de Muse épicée de Ptitange, avec un zeste de Phil", ça vous va ?

C'est cher ?

Nonpas : c'est Phil qui régale.
913080 Publié le 03/05/2008 à 16:09 supprimer cette contribution
Citation:
désolée, ça sera un baiser de tristesse


Et alors ?

C'est un bel article que celui-ci, bien fabriqué et exposé.

Pas en vente, bien sûr. Trop personnel.

Je dépoussière et découvre de ces trucs, moi !

loulidomi me manque.
913080 Publié le 03/05/2008 à 16:51 supprimer cette contribution
En piochant sur google, je me suis rendu compte que je n'aurais jamais dû fermer ma première fiche, contenant ma première boutique à bisous.

Yavait quelques perles, perdues.

Et pas que fabriquées maison.

Dommage.
913080 Publié le 03/05/2008 à 17:01 supprimer cette contribution
Je classe derrière mon comptoir quelques bisous ordinaires. Avant la fermeture. J'ai l'esprit et les lèvres ailleurs...

Et les mains idiotes.

C'est mon nez qui m'a dit.

Comme une fragrance de fleur d'oranger qui n'avait rien à foutre là. Entre deux poussières.

A peine me suis-je retourné que cette voleuse de bisous était dehors.

Ne lui ai pas couru après.
2025831 Publié le 03/05/2008 à 17:05 supprimer cette contribution
Carlow !

Vous allez dans une boutique spécialisée "bisous maisons"

Ca ne manque pas, si l'on sait les voir

Sinon, il y a la boutique "baisers de Judas" Une spécialité d'Affection
913080 Publié le 03/05/2008 à 17:19 supprimer cette contribution
Citation:
tu te souviens de ton premier numéro d'ici carlow ? moi oui, mais je ne retrouve pas ta boutique

par contre, clique ici


Mais comment tu sais faire ça, la Xi ?

'taing ! qué retour !

Je te fais un zibou léger de chez carlow, un fin du fin du maître bizouilleur, un rare.

J'ai pas mieux en magasin.
913080 Publié le 03/05/2008 à 17:23 supprimer cette contribution
Citation:
Vous allez dans une boutique spécialisée "bisous maisons"

Ca ne manque pas, si l'on sait les voir

Sinon, il y a la boutique "baisers de Judas" Une spécialité d'Affection


Je vous livre aussi, Diane.

Les déménageurs seront bientôt chez vous. Le camion en bas.

Mon paquet sera un peu plus lourd.
913080 Publié le 03/05/2008 à 17:38 supprimer cette contribution
Citation:
dans ton lit, c'est tout juste si on pouvait encore te voir, on aurait dit une enfant, tellement t'étais petite, tellement t'étais maigre, tellement on ne te voyait plus, tellement t'étais déjà plus là ...


tellement, tellemnent...

Citation:
on aurait dit une enfant, tellement t'étais petite


tellement, tellement...

Ptitange l'avait dit aussi.

J'ai le droit.





913080 Publié le 03/05/2008 à 17:39 supprimer cette contribution
Dimanche 26.11.2000
Dimanche soir, avion retour Paris-Bergerac,
j ’ai passé la journée avec toi, papa.
Arrivée chez toi à 8h 3O, j’ai juste libéré Claude pour qu’elle puisse aller au marché sans te laisser seul et être trop inquiète.
Tu as voulu travailler à ton bureau dans l’appartement d’en face.
Epuisant voyage.
Débrancher ton aide respiratoire, éteindre le bouton, enrouler le tuyau, faire rouler la lourde machine, traverser le palier, ouvrir les portes, rebrancher tout de suite, t’aider à bien remettre les embouts verts dans tes narines, faire attention aux chats, t’accompagner à ta table de travail, te suivre avec le tuyau, le dérouler,
surtout pas de nœud.
J’attends ensuite tes ordres : étiquettes à replacer, feuilles machine bien empilées, brouillons prêts à être lus, vider le cendrier, la poubelle, que tout soit dégagé, comme tu aimes, ton ordre indispensable pour te concentrer.
Ton BUREAU.
Lettre bien en vue : « pas d’acharnement thérapeutique ».
Pour fumer tu ôtes les tuyaux qui t’aident à survivre et te donnent de l’oxygène, il faut éteindre évidemment, sinon on explose tous les deux.
Une solution ?

Turbulences dans mon avion ce soir. Envie de vomir. Malaise. Turbulences de moi.

Tu m’as appris le 11 septembre, papa, que tu étais gravement malade.
J’ai laissé mon travail, anéantie, déchirée, accablée.
J’avais compris dès ton annonce qu’il fallait que je profite de toi.
Ta voix au téléphone, tellement faible, essoufflée, si peu sûre.
Toi qui savais me rassurer en quelques mots, de ta voix grave et chaleureuse.

L’inquiétude m’envahit, les turbulences, tu sais papa, les turbulences.

L’angoisse grandit, je refoule toutes sortes de pensées morbides.
Mal de ventre, estomac comprimé , gorge nouée, dents serrées. Muscles tétanisés.

Lundi 27. 11.2000
Papa, ton cancer avance trop vite.
Ne le laisse pas t’envahir si rapidement.
Je m’installe chez toi pour ... les jours à venir.
Ton pneumologue m’a dit qu’il était temps que je remonte de Bergerac.
Bien sûr je viens.
Je serais venue près de toi plus tôt si ce n’était la peur d’envahir ton intimité .
Je rappelle ton pneumologue, mon frère de naissance (il est né une semaine après moi, la même année).Il me dit que tu refuses maintenant toute forme de soin à l’hôpital.
Demain, je monte en voiture.
Mon frère de naissance m’a prévenue que ce serait dur, très dur, mais qu’à deux, Claude et moi, ce serait plus supportable.
Ta détresse respiratoire risque d’être effrayante.
Pas peur, mon papa. Je suis là.
Enfin si. La trouille au ventre.
L’énergie qui me fait tenir, celle que j’essaie de te donner, mes dernières ressources, mes aller-retour en avion tous les week-end depuis septembre, parfois juste le mercredi la journée, ne m’ont pas épuisée. Pas encore.
Je tiens pour toi. Je viens pour toi.

Mardi 28.11.2000
J’ai bien roulé. Partie à 7 heures ce matin, arrivée chez toi à midi.
Roulé très vite, dans ton urgence, mon urgence.

Les turbulences , papa.

On s’est juste croisés, tu étais tellement las que tu allais te coucher.
Sourires échangés, câlin rapide.
J’ai déballé mes affaires dans l’appartement d’en face, chambre à côté de
ta pièce de travail.
J’ai allumé la télévision dans ton bureau, je me suis endormie devant, tu dormais aussi, pas loin. Je me suis laissée aller au sommeil.
Vers 15 heures Claude est venue me dire que vous étiez levés.
Je suis allée te chercher ton pain au pré-levain.
Mon frère, ton fils ton Jean-Yves, est arrivé vers 16 heures.
Tu nous as parlé. Pas solennellement, mais presque.
Très sérieusement, tragiquement.
Tu ne savais pas si nous savions ton échéance proche.
Tu as compris pour moi quand je t’ai parlé de mon congé d’accompagnement.
Je ne t’ai rien caché, je sais bien que tu es le premier à avoir accès à toute la vérité.
Bien sûr.
On ne te la fait pas à toi, papa.

Ton pneumologue t’a proposé d’aller dans une unité de soins palliatifs à la cité universitaire. Tu as l’air d’accord, en partie pour soulager Claude je pense.
Nous savons, puisque nous voulons tout savoir, que si tu faisais un infarctus à la maison, le SAMU viendrait, mais au moins un quart d’heure après, et que tu pourrais mourir dans l’ambulance.

Trop absurde de rester chez soi et de crever dans une ambulance,
sans les tiens à côté de toi.
Après cette discussion, turbulences toujours papa, tu es allé te coucher, épuisé d’avoir parlé et tenu comme tu sais le faire encore.
Avec Jean Yves on ne savait pas si tu désirais être seul,
alors on est restés bêtement à côté de toi, sans rien dire.
Tu nous as regardés en souriant, tu sais, ton sourire si enveloppant, si démonstratif de ton amour paternel, et tu nous as dit :
« Mes enfants, ça fait un peu veillée mortuaire et j’en ai pas envie ».
Je t’ai souri, embrassé.
On est allés fumer dans la cuisine.
Détresse complice de frère et sœur.

Ton ronronnement-oxygène n’atténue pas mes turbulences.

Dans la soirée, tu étais en grande détresse respiratoire.
Après un dîner casse-croûte vers 19 heures, Jean Yves est parti, puis je vous ai laissés, Claude et toi, j’ai rejoint l’appartement d’en face.

J’ai occupé ton bureau, les yeux dans le vide, en proie à mes turbulences.

J’ai entendu mon frère de naissance arriver vers 20 heures pour ta ponction.
Il avait terminé ses consultations, et aimait passer du temps avec toi.
Claude est venue me chercher ensuite pour boire une coupe de champagne que le pneumologue avait apportée. J’ai goûté son champagne, grimacé, puis j’ai bu un café.
Moment d’intimité volée, très agréable instant entre Claude et toi, mon frère de naissance, une famille. On discutait, on riait, toi aussi papa, même si
tu avais du mal ; effet ponction : tu expectorais au maximum.
Je me suis retirée assez vite, pour vous permettre d’en profiter encore sans moi.
Jusqu’à très tard dans ton bureau. La télé allumée, que j’oubliais de regarder.
J’ai eu bien du mal à sombrer.
Réveillée en sursaut à 3 heures, en nage, j’expectorais comme toi, papa,
des glaires encombrantes m’obstruaient les bronches.

Turbulences d’accompagnement.

Mercredi 29.11.2000
Levée 6 h 30. Je ne veux rien rater du petit déjeuner avec toi.
Moments particuliers, dans lesquels je sais que chaque geste est important,
chaque parole compte, je veux me souvenir de tout, emmagasiner le plus possible, me remplir de toi, papa, chasser mes turbulences, les convertir en amour de toi,
en ton amour de moi.
Après notre petit déjeuner on a fumé notre cigarette ensemble.
Les miennes étaient restées de l’autre côté, j’ai fumé une des tiennes, une brune, pourtant légère, mais qui a réveillé mes turbulences.

Jeudi 30.11.2000
Petit déjeuner tôt le matin, moment détendu, rempli de signes
de tendresse et d’affection.
Ton sourire, papa, quand tu me vois, ce sourire à la fois soucieux et apaisé,
qui crie ton manque d’espoir, mais aussi ton bonheur de trouver deux femmes qui prennent tant soin de toi.
Le même sourire sur mon visage : heureuse d’être là, mais rattrapée par ce temps qui passe tellement trop vite.

Turbulences de nos sourires, papa.

Suis retournée dans ton bureau, m’y suis assise pour mieux profiter de toi encore.
Tes manuscrits empilés sur le sol, contre le mur. Ta collection de chats sur la table basse. Cette lettre toujours en place, bien en vue, dans laquelle tu écris que toi,
sain d’esprit, refuse tout acharnement thérapeutique, datée, signée.
Je suis seule dans ta pièce de travail, papa. D’habitude tu écris là, je viens te voir, nous parlons, nous rions, nous sourions de cet amour si fort qui n’a pas besoin d’être dit, puisque nous savons tous les deux à quel point nous nous aimons.
Claude est venue me chercher, elle voulait se reposer avant le défilé
aide-soignante-toiletteuse-infirmière. Chaque matin c’est l’étape obligée. Toutes ces femmes pour toi, mon papa, même ces inconnues t’aiment et t’admirent.
Tu m’as demandé un gant, la cuvette, une serviette de toilette.
En t’apportant ce petit nécessaire, je t’ai embrassé, mon papa, en te disant à quel point cela me faisait plaisir d’être là, auprès de toi.
D’un air las mais avec ton sourire enveloppant de chaleur et d’amour,
tu m’as dit : « oui mon chéri » , tu m’as pris la main et fait plein de bisous,
en rajoutant : « ma petiote ».
Ça, papa, pour rien au monde je n’aurais voulu le manquer.
Ce moment là et bien d’autres par la suite furent tellement importants, je m’en rends si bien compte maintenant.
Pas futiles, pas éphémères, bien réels, très émouvants, pleins de gros sentiments, de grandes émotions, merci pour ces instants, papa.

Turbulences immédiatement apaisées par ton si grand amour.

La toiletteuse arrive, il est 8 h 30, tu as à peine eu le temps de passer toi même le gant sur ton visage.


Vendredi 1er .12.2000
Levée à l’aube, pour toi papa, dans mes rêves beaucoup de turbulences,
cette nuit fut horriblement remplie de solitude.
J’apprends en arrivant de l’autre côté du palier que ta nuit fut comme la mienne, pour toi les douleurs physiques en supplément, inséparables de ta détresse respiratoire.
Claude t’a donné un demi lexomil afin que tu te décontractes et dormes encore un peu.
Tu fais tellement d’efforts, papa, ta lutte est admirable, ton énergie
pour rester là, avec nous, ta fierté de garder toute ta dignité, n’accepter
aucune visite même de tes amis les plus proches, ne te rendent que plus grand encore à mon regard de petite fille.

Et plus considérables encore mes turbulences.

Le défilé commence. L’aide-soignante-toiletteuse pour la douche.
L’infirmière qui soigne tes escarres et tes oedèmes si douloureux,
mais que tu braves en homme admirable que tu es, mon papa.
Enfin ton généraliste qui te presse pour aller aux soins palliatifs.
Nous en avons parlé ensemble, une fois le défilé terminé.
La solution serait que je reste chez toi garder les chats, Claude serait avec toi dans la chambre, les services de l’hospitalisation à domicile reprendraient leur matériel, et tu rentrerais ici une fois reposé .
Personne n’est dupe, papa, toi le premier.
J’ai traversé le palier en proie à des crampes d’estomac, violents spasmes incontrôlables, toutes les larmes que j’ai versées n’ont pas atténué mes turbulences.

Oh, papa ! Laisse-moi partir avec toi, ou plutôt emmène-moi
dans cette descente vertigineuse, pour un nulle-part à nous deux.

Ce soir je dîne chez mon amie et j’y dormirai.
Tellement peur de t’abandonner cette nuit, papa, mais nécessaire que Claude et toi vous profitiez d’une vraie intimité.
Marianne a été exemplaire de sollicitude avec moi, je me suis fait consoler une bonne partie de la nuit.

Samedi 02.12.2000
J’ai eu tellement de mal à prendre mon temps pour revenir te voir, papa.
Vers 15 heures j’arrive, avec Claude on avait convenu de 16h30, me demandant comment j’allais te trouver, tellement impatiente de t’embrasser,
de te sourire, de sentir ta main dans la miennePetite, je me souviens de ta large main rassurante, chaude, qui pressait la mienne. Parfois je n’accrochais que ton index, mes doigts semblaient si petits sur le tien. Aujourd’hui c’est moi qui réchauffe ta main, elle me paraît si frêle, et tellement froide.

Turbulences d’un entre-deux mains.

Tu te reposes, papa, je suis près de toi et je tiens ta main bien au chaud.
Sois paisible, je veille sur toi.

Le téléphone sonne, tu te réveilles en sursaut, angoissé, tu cries : « Qu’est-ce qu’il se passe ? ». Je te rassure : « rien, mon papa, le téléphone, c’est Sylvie ».
Je dépose sur ton front un baiser qui exprime tout mon bien être de notre rapprochement.
Turbulences et spasmes, papa,
ce rapprochement annonce tellement
notre si proche éloignement.
Je t’aide à te lever, ton corps est si léger, toi que je n’ai jamais pu déséquilibrer quand nous jouions au karatéka.

Je te soutiens jusqu’aux toilettes, Claude a entendu depuis son bureau, elle prend
le relais, j’installe en vitesse sur ta chaise de cuisine - c’est l’endroit que tu affectionnes particulièrement - un oreiller pour que tes escarres soient plus supportables, puis je me précipite pour t’accompagner et t’aider à t’asseoir.

Claude est retournée à son travail d’écriture.
Nous restons tous les deux, nous disant notre amour dans nos sourires.
Je me fais un café, tu n’en as pas eu envie, tu as souhaité boire du vin.
Là, tu as déliré, j’ai eu la sensation de te perdre, papa, turbulences enivrantes.
Je t’avais amené de Bergerac une bouteille de Pécharmant, que tu semblais apprécier. Tu en demandes un verre, bien sûr tu n’as pas le droit de boire une goutte d’alcool avec ton traitement, mais ton droit à quelques gorgées de plaisir, moi je te le donne, papa.
Je te sers donc un demi verre, tu le goûtes, je te demande :
« Il est bon ? »
Tu me réponds, très sérieusement :
« Ah oui, et le cochon, la viande, c’est mieux de le manger avant, et de garder les conserves.
- Pourquoi tu me dis ça, papa ?
- Ben oui, il vaut mieux garder les conserves et d’abord manger la viande.
- Ben oui papa, tu as sûrement raison.
Mais quelles sont donc ces connexions qui se sont faites à ton insu, dans ton cerveau pourtant lucide, entre « bon » et « cochon » ? Effet morphine ? Proximité des sons avec effet d’épuisement ?

Simple turbulence de « on », papa, juste une turbulence.

Ce n’était pas ton premier délire, il y a deux jours, dans cette cuisine, tu me disais :
- « C’est cet après-midi qu’il est venu le cambodgien ?
- Quel cambodgien, papa ?
- Ben, un monsieur.
- Je ne sais pas, papa, j’étais en courses, c’est possible qu’il soit passé quand j’étais sortie.
- Non mais je rêve, ça c’est pas la réalité, c’est du rêve ! Allez ma moune, débranche, et donne moi une cigarette, ça c’est la réalité.
- Oui mon papa, tu as raison, ça c’est réel.

Papa, tu délires, tu déclines, tu dérives, tu t’enivres, tu m’enivres,
goûtons, rien que nous deux, l’ivresse et le vertige de nos turbulences.


Tu n’as plus la force d’écrire, papa, alors tu dictes à Claude ou à moi.Depuis mercredi tout va trop vite.
Drôles de spasmes abdominaux maintenant quand je pleure, mon ventre
se révolte contre l’insupportable, je respire comme toi, je manque d’air.

Mes turbulences accompagnatrices, papa, ma petite mort à moi.

Avec tout ce monde autour de toi, les services de l’hospitalisation à domicile, ton généraliste, ton homéopathe, il y a eu une interférence : tu prenais quatre fois huit milligrammes de potassium et il ne t’en fallait absolument pas.
Est-ce cela qui fait que ton état a tellement empiré ?
Es-tu à bout de forces, papa ?
As-tu démissionné dans ta lutte, toi qui t’es toujours battu de façon virulente ?
N’abandonne pas , papa, je veux t’aider, prends mon énergie,
donne-moi tes souffrances,
ce mal qui te ronge,

je rêve de l’embarquer dans mes turbulences.

Depuis plus de deux ans je fais des recherches, des démarches, des courriers, des rencontres, pour tenter de retrouver quelques traces de tes grands parents polonais, disparus à Varsovie pendant la guerre.
J’ aimerais tellement te faire ce plaisir, papa, pouvoir t’offrir un morceau de ta famille d’origine, te dire : « oui, j’ai enfin retrouvé, papa, ta grand mère et ton grand père, non, ils n’ont pas été internés à Auschwitz, oui ils sont morts bien avant dans le ghetto, leur souffrance aura été moins insupportable que ce que nous imaginions ».
J’ai écrit en Israël, en Pologne, à Paris, effectué des recherches sur internet, rencontré d’anciens déportés ou enfants de ceux-ci qui étaient susceptibles de m’indiquer un détail, une adresse, une piste, quelque chose de concret.
Mais rien pour l’instant, papa, rien de concluant, alors je t’en ai dit le minimum, pour n’avoir pas avec toi de faux espoirs .
Maintenant, la course contre la montre,
combien de temps me reste-t-il pour trouver enfin quelque chose de satisfaisant,
combien de jours m’attendras-tu papa ?

Compte à rebours de mes turbulences.

Dimanche 03.12
Cette nuit fut l’ une des pires pour nous, mon papa.
Toi, anéanti de douleurs pulmonaires, Claude et moi aux aguets de ta respiration, moi secouée de spasmes abdominaux au moindre bruit.
Ton pneumologue est passé hier soir, vers 22 heures pour te faire
une sous-cutanée de morphine.
D’après lui, tu ne passais peut être pas la nuit.
Je me suis levée comme d’habitude, toi tu es resté couché jusqu’à huit heures vingt, épuisé par tes nuits douloureuses.
Claude me demande de l’aide pour te lever, tu es très mal, très faible.
L’infirmière du matin te met sous perfusion de glucose et de sodium.
Tu avais déjà deux tuyaux verts dans les narines, et te voilà maintenant flanqué de deux tuyaux transparents dans le bras.
Oh mon papa ! triste spectacle que de te voir, toi, en proie à ces machines qui te maintiennent, qui t’insupportent en même temps, qui montrent ton échéance si proche, qui prouvent la faiblesse de ton organisme qui ne peut plus lutter sans aide !

Je t’aime si fort !
Si fortes encore sont mes turbulences ce matin.

Oh mon papa !
Quel supplice de te voir endurer tout cela sans pouvoir alléger tes souffrances !

Lundi 04.12
Ce matin, papa, tu as demandé une cigarette. Je te l’ai allumée, donnée, tu en as tiré seulement une bouffée, épuisé, tu n’as pas pu continuer, tes doigts ne la tenaient même pas.
C’est là que j’ai compris, papa, que cette cigarette serait une de tes dernières tentatives de te raccrocher à toi – même, à nous, aux gestes dérisoires du quotidien, ceux de ta vie raccourcie par cette cigarette qui t’a vaincu ce matin.
Celles que pourtant je ne cesse de fumer l’une après l’autre, et dont le poison calme mes turbulences comme elles ont éteint les tiennes.
Ce matin, le personnel soignant t’a fait très mal en te bougeant, tu n’étais plus qu’un corps en souffrance, ton supplice et tes cris de douleur m’étaient insupportables.
J’ai crié intérieurement pour t’accompagner, papa, mon ventre comme du béton, silencieux dans ses spasmes, sans voix, à force de prendre une part de ton calvaire.
Et ce soir j’ai été tortionnaire avec l’aide-soignante pour te redresser dans ton lit, mon ventre n’a pas résisté longtemps, je suis allée vomir le dégoût de moi te torturant, je me suis lavée l’intérieur de ce trop plein de maux, pour pouvoir encore tenir avec toi et résister du mieux que je peux, pour te montrer incessamment mon amour débordant, vain mais utile, présent mais ultime, urgent mais confronté au proche néant.

Redoublement, amplification, accroissement de mes turbulences, papa,
jusqu’où pourrai-je t’accompagner ?

L’infirmière t’a posé une sonde urinaire, papa, tu as encore eu la force de crier que tu voulais te lever. Ton obsession était de « pisser debout », comme tu le hurlais.
Pour toi c’était la vie, c’était ton dernier combat, pisser en homme digne, debout, toujours debout, droit comme tu l’as été sans cesse dans toute ta vie, dans tes combats.
Tu luttes encore, papa, mais ce corps à corps avec toi-même, cette fois, tu ne le gagneras pas. C’est lui le maître, même si tu m’as appris quand on faisait du karaté, que l’esprit dirigeait le corps, là je mesure bien la limite des forces de ton combat.

Des turbulences désespérées m’envahissent, papa. Je lutte pour toi.

Tu as du sang séché sous les narines, mon papa, tu me fais signe de t’aider, ça te gêne pour respirer. J’ai encore tellement peur de te faire mal. Je deviens maladroite, je tremble, je fais ce que je peux, je te souris, penchée sur toi, je t’embrasse entre deux essais, tu m’encourages, ton effet Pygmalion a toujours réussi avec moi, merci papa de m’aimer autant, au-delà de tes souffrances, au-delà de ce compte à rebours.
Oh comme je t’aime moi aussi, papa à moi , comme je voudrais revenir en arrière, m’asseoir entre tes jambes, par terre, quand tu lisais, j’avais deux ans, trois ans, mon ventre insouciant ne connaissait que les turbulences ou plutôt les tourbillons de notre si grande affection.
Au fur et à mesure que j’écris ces lignes, papa, mon cerveau s’embrouille, mes yeux se brouillent, mon ventre s’alourdit, les spasmes s’entrechoquent.

Mardi 05.12
Notre dernier jour, papa.
Ce matin, tu as retenté une ultime cigarette.
Tu en as pris une toute petite bouffée, misérable, insignifiante, épuisante.
J’ai fumé le reste pour toi, et depuis j’ai doublé ma dose pour la partager avec toi.
Tu ne t’es pas levé ce matin. Mon frère de naissance est venu te redonner une dose de morphine, pour que tu te reposes et que tes souffrances te laissent un peu en paix. Depuis la fin de la matinée tu somnoles, papa, je quitte la chambre seulement pour aller boire ou fumer.

Cet après-midi je me suis installée à côté de toi, couchée sur le lit, tout contre le chat Julien qui ne te quittait pas non plus.
Lui si distant habituellement, a collé sa joue contre la mienne comme pour me dire « viens, à deux on sera plus forts ».
Vers 16h10, l’aide-soignante est arrivée, devinant ton état elle a entrepris de masser tes pieds, tout doucement.
J’étais en face de toi, ne te quittant pas des yeux,
Claude et Jean-Yves tout près de toi, à tes côtés.
Une page, il me reste une page, papa, plus qu’une seule page pour toi, de toi.

J’ai vu que tu cessais de respirer à 16h20, papa, à l’ école c’est l’heure d’écrire les devoirs et de commencer à ranger ses affaires.
J’ai arrêté de respirer avec toi, souffle coupé un bon moment, relayé par des spasmes insurmontables, des tremblements incontrôlables.
J’ai passé ensuite deux heures tout contre toi, assise sur ton lit et la tête sur ton torse, ma main dans la tienne, je tentais de réchauffer ce corps qui se durcissait et perdait de sa chaleur en emportant un peu de la mienne, t’embrassant sans cesse et te disant « repose-toi, mon papa , je suis là ».
Deux croque-morts sont arrivés vers 18heures, ils t’ont glissé dans une housse blanche à fermeture éclair, après t’avoir mis une bande blanche entre le crâne et le menton pour refermer un peu ta mâchoire déjà raidie.


Tu n’avais pas dit ton dernier mot, papa, et moi je n’aurai jamais fini de te dire combien je t’aime, mes turbulences sont encore là aujourd’hui pour te le dire.





8 mai 2002
634723 Publié le 03/05/2008 à 22:03 supprimer cette contribution
Citation:
loulidomi me manque.


là je n'en reviens pas !!!!

ça s'appelle de la synchronicité ou bien je ne m'y connais pas

aujourd'hui, juste aujourd'hui !!!! je me suis souvenue, et je me demande bien pourquoi, qu'il y a bien longtemps j'allais sur un certain "affection" et, tout naturellement me sont revenus en mémoire mes numéros de connexion....

et je lis ce
Citation:
loulidomi me manque.
de carlow
ça fait chaud au coeur

toute ma tendresse Pierre
2052856 Publié le 03/05/2008 à 22:17 supprimer cette contribution
Dimanche 26.11.2000
Dimanche soir, avion retour Paris-Bergerac,
j ’ai passé la journée avec toi, papa..//

..c'est un texte de ptitange(vu)..je m'en souviens
913080 Publié le 04/05/2008 à 14:28 supprimer cette contribution
Citation:
ça s'appelle de la synchronicité ou bien je ne m'y connais pas


c'est presque de la télépathie !!

Gros kissous ma louli
Ƹ̵̡Ӝ̵̨̄Ʒ Sweet-Eden Ƹ̵̡Ӝ̵̨̄Ʒ - 833184lui écrire blog Publié le 14/05/2008 à 22:31 supprimer cette contribution
Mon Dieu que de souvenirs me sont revenus en mémoire en re-visitant ce tit commerce de bizous délicieusement servis qu'ils étaient les bizous ! y avait tellement longtemps que je ne n'avais pas remis les pieds sur ce forum et ce soir chai pas pourquoi mais ... Voilà des Bizous pour tous et toutes pour une bonne fin de soirée et une douce nuit .
2290907 Publié le 22/05/2008 à 13:06 supprimer cette contribution
913080 Publié le 10/03/2010 à 18:22 supprimer cette contribution
up !

Pour emr les racornis et réveiller les vrais affectionautes.

Et parce qu'à racler les fonds de tiroir quand Sôf et puis d'autres ragent, on retrouve des trucs rigolos.

1925550 Publié le 10/03/2010 à 18:42 supprimer cette contribution
Ding !

Je suis bien contente que la boutique soit ouverte, j'ai un besoin urgent de bizous camphrés pour muscles déchirés et de bizous sécotine pour recoller mes idées...

Si vous avez quelques bizous légers comme des plumes, de ceux qui se posent en douceur, je prends aussi !
1246157 Publié le 10/03/2010 à 18:45 supprimer cette contribution
voili voilou tes desirs sont des ordres coupine
913080 Publié le 10/03/2010 à 18:59 supprimer cette contribution

C'est fou ce truc...

Bon ben j'ai rencontré Eden, ma troisième.

Je lui ai fabriqué un bizou pensé, un du genre que tu déposes sur un berceau parce que tu accueilles le petit d'homme femelle et tellement de bonheur avec elle. Elle est jolie, suceuse et appliquée.

Je lui ai aussi envoyé un bisou protecteur, mais je n'y crois pas : "Eden, sois protégée contre les cons. Ils sont si nombreux !"

1246157 Publié le 10/03/2010 à 23:28 supprimer cette contribution
pleins de bisous dans vos reves ( et dans votre réalité ) douce nuit
913080 Publié le 28/12/2011 à 11:43 supprimer cette contribution

C'est bizarre mais quand je racle au fond de mes tiroirs affectionnesques, ya toujours ce truc qui revient, avec ses chers disparus...

Il me faut régulièrement remonter le magasin pour montrer ce qu'était l'esprit du site, avant.

Avant quoi ?

Avant qui ? devrais-je dire... des qui te laissent pas respirer une seconde, le temps par exemple de souffler un zibou sur un site qui s'appelle "affection" !

Des du genre François-Dominique A... qui occupent l'espace avec une fatuité morbide et des sentences masturbatoires qui n'ont rien à foutre ici, ce me semble.

Des bizous je sais toujours en fabriquer, bien entendu, même que je suis devenu spécialiste et champion du monde.

Mais ma boutique reste fermée : dehors, des bottes ne sont pas perdenoëlesques.


913080 Publié le 28/12/2011 à 12:26 supprimer cette contribution

Bon tant pis je le mets en vente :

hier, mes nièces indignées et barceloneuses m'ont signifié autour d'une raclette capitaliste qu'elles ne voteraient point.

Énervement du tonton, vous l'imaginez : tu votes Le Pen, Tartempion ou Quidam mais tu votes. Même blanc.

Mon Agathe qui me raconte que le vote est dépassé et qu'il faut aller vers le consensus, je vais te me la fracasser !

Les bizous, c'est un peu comme les cacahuètes, quand tu commences...

Elle est con mais je l'aime.

687672 Publié le 29/12/2011 à 13:02 supprimer cette contribution
Citation:
Il me faut régulièrement remonter le magasin pour montrer ce qu'était l'esprit du site, avant.

Avant quoi ?

Avant qui ? .


Je ne suis pas bisou et c’est bien ma première apparition sur ton fil.

Alors je vais faire un effort : un zibou *** santé-bonheur-chance que je dépose pour celui qui en a besoin.

Tu le mettras dans ta vitrine.
nevaelle - 734396lui écrire blog Publié le 20/06/2012 à 22:07 supprimer cette contribution
un baiser léger sur le temps passé.
un baiser léger sur le temps passé ici.
un baiser léger sur cet autrefois, là.

juste un baiser, en bisouterie.
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