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835521 Publié le 20/08/2006 à 15:10 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d'enfants : huit
Et le neuvième... arrivera après l'été !
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Je travaille à la carrière avec mes compagnons de peine
Et j'ai huit bambins
Leur galette de pain
Les vêtements, leur cahier d'écolier
Je les tire des rochers...
Oh ! je n'irai pas quémander l'aumône à ta porte
Je ne me fais pas tout petit au porche de ton palais
Et te voilà furieux !

Inscris !
Je suis Arabe
Sans nom de famille - je suis mon prénom
« Patient infiniment » dans un pays où tous
Vivent sur les braises de la Colère
Mes racines...
Avant la naissance du temps elles prirent pied
Avant l'effusion de la durée
Avant le cyprès et l'olivier
...avant l'éclosion de l'herbe
Mon père... est d'une famille de laboureurs
N'a rien avec messieurs les notables
Mon grand-père était paysan - être
Sans valeur - ni ascendance.
Ma maison, une hutte de gardien
En troncs et en roseaux
Voilà qui je suis - cela te plaît-il ?
Sans nom de famille, je ne suis que mon prénom.

Inscris !
Je suis Arabe
Mes cheveux... couleur du charbon
Mes yeux... couleur de café
Signes particuliers :
Sur la tête un kefiyyé avec son cordon bien serré
Et ma paume est dure comme une pierre
...elle écorche celui qui la serre
La nourriture que je préfère c'est
L'huile d'olive et le thym

Mon adresse :
Je suis d'un village isolé...
Où les rues n'ont plus de noms
Et tous les hommes... à la carrière comme au champ
Aiment bien le communisme
Inscris !
Je suis Arabe
Et te voilà furieux !

Inscris
Que je suis Arabe
Que tu as rafflé les vignes de mes pères
Et la terre que je cultivais
Moi et mes enfants ensemble
Tu nous as tout pris hormis
Pour la survie de mes petits-fils
Les rochers que voici
Mais votre gouvernement va les saisir aussi
...à ce que l'on dit !

DONC

Inscris !
En tête du premier feuillet
Que je n'ai pas de haine pour les hommes
Que je n'assaille personne mais que
Si j'ai faim
Je mange la chair de mon Usurpateur
Gare ! Gare ! Gare
À ma fureur !

Mahmoud Darwich
1849844 Publié le 23/08/2006 à 18:47 supprimer cette contribution
Etat de Siege





UN POÈME INÉDIT DE MAHMOUD DARWICH. RAMALLAH, JANVIER 2002



Traduit de l'arabe (Palestine) par Saloua Ben Abda et Hassan Chami.


Ici, aux pentes des collines, face au crépuscule et au canon du temps
Près des jardins aux ombres brisées,
Nous faisons ce que font les prisonniers,
Ce que font les chômeurs :
Nous cultivons l'espoir.

* * *

Un pays qui s'apprête à l'aube. Nous devenons moins intelligents
Car nous épions l'heure de la victoire :
Pas de nuit dans notre nuit illuminée par le pilonnage.
Nos ennemis veillent et nos ennemis allument pour nous la lumière
Dans l'obscurité des caves.

* * *

Ici, nul « moi ».
Ici, Adam se souvient de la poussière de son argile.


* * *

Au bord de la mort, il dit :
Il ne me reste plus de trace à perdre :
Libre je suis tout près de ma liberté. Mon futur est dans ma main.
Bientôt je pénètrerai ma vie,
Je naîtrai libre, sans parents,
Et je choisirai pour mon nom des lettres d'azur...

* * *

Ici, aux montées de la fumée, sur les marches de la maison,
Pas de temps pour le temps.
Nous faisons comme ceux qui s'élèvent vers Dieu :
Nous oublions la douleur.

* * *

Rien ici n'a d'écho homérique.
Les mythes frappent à nos portes, au besoin.
Rien n'a d'écho homérique. Ici, un général
Fouille à la recherche d'un Etat endormi
Sous les ruines d'une Troie à venir.

* * *

Vous qui vous dressez sur les seuils, entrez,
Buvez avec nous le café arabe
Vous ressentiriez que vous êtes hommes comme nous
Vous qui vous dressez sur les seuils des maisons
Sortez de nos matins,
Nous serons rassurés d'être
Des hommes comme vous !

* * *

Quand disparaissent les avions, s'envolent les colombes
Blanches blanches, elles lavent la joue du ciel
Avec des ailes libres, elles reprennent l'éclat et la possession
De l'éther et du jeu. Plus haut, plus haut s'envolent
Les colombes, blanches blanches. Ah si le ciel
Etait réel [m'a dit un homme passant entre deux bombes]

* * *

Les cyprès, derrière les soldats, des minarets protégeant
Le ciel de l'affaissement. Derrière la haie de fer
Des soldats pissent - sous la garde d'un char -
Et le jour automnal achève sa promenade d'or dans
Une rue vaste telle une église après la messe dominicale...

* * *

[A un tueur] Si tu avais contemplé le visage de la victime
Et réfléchi, tu te serais souvenu de ta mère dans la chambre
A gaz, tu te serais libéré de la raison du fusil
Et tu aurais changé d'avis : ce n'est pas ainsi qu'on retrouve une identité.

* * *

Le brouillard est ténèbres, ténèbres denses blanches
Epluchées par l'orange et la femme pleine de promesses.

* * *

Le siège est attente
Attente sur une échelle inclinée au milieu de la tempête.

* * *

Seuls, nous sommes seuls jusqu'à la lie
S'il n'y avait les visites des arcs en ciel.

* * *

Nous avons des frères derrière cette étendue.
Des frères bons. Ils nous aiment. Ils nous regardent et pleurent.
Puis ils se disent en secret :
« Ah ! si ce siège était déclaré... » Ils ne terminent pas leur phrase :
« Ne nous laissez pas seuls, ne nous laissez pas. »

* * *

Nos pertes : entre deux et huit martyrs chaque jour.
Et dix blessés.
Et vingt maisons.
Et cinquante oliviers...
S'y ajoute la faille structurelle qui
Atteindra le poème, la pièce de théâtre et la toile inachevée.

* * *

Une femme a dit au nuage : comme mon bien-aimé
Car mes vêtements sont trempés de son sang.

* * *

Si tu n'es pluie, mon amour
Sois arbre
Rassasié de fertilité, sois arbre
Si tu n'es arbre mon amour
Sois pierre
Saturée d'humidité, sois pierre
Si tu n'es pierre mon amour
Sois lune
Dans le songe de l'aimée, sois lune
[Ainsi parla une femme
à son fils lors de son enterrement]

* * *

Ô veilleurs ! N'êtes-vous pas lassés
De guetter la lumière dans notre sel
Et de l'incandescence de la rose dans notre blessure
N'êtes-vous pas lassés Ô veilleurs ?

* * *

Un peu de cet infini absolu bleu
Suffirait
A alléger le fardeau de ce temps-ci
Et à nettoyer la fange de ce lieu

* * *

A l'âme de descendre de sa monture
Et de marcher sur ses pieds de soie
A mes côtés, mais dans la main, tels deux amis
De longue date, qui se partagent le pain ancien
Et le verre de vin antique
Que nous traversions ensemble cette route
Ensuite nos jours emprunteront des directions différentes :
Moi, au-delà de la nature, quant à elle,
Elle choisira de s'accroupir sur un rocher élevé.

* * *

Nous nous sommes assis loin de nos destinées comme des oiseaux
Qui meublent leurs nids dans les creux des statues,
Ou dans les cheminées, ou dans les tentes qui
Furent dressées sur le chemin du prince vers la chasse.

* * *

Sur mes décombres pousse verte l'ombre,
Et le loup somnole sur la peau de ma chèvre
Il rêve comme moi, comme l'ange
Que la vie est ici... non là-bas.

* * *

Dans l'état de siège, le temps devient espace
Pétrifié dans son éternité
Dans l'état de siège, l'espace devient temps
Qui a manqué son hier et son lendemain.

* * *

Ce martyr m'encercle chaque fois que je vis un nouveau jour
Et m'interroge : Où étais-tu ? Ramène aux dictionnaires
Toutes les paroles que tu m'as offertes
Et soulage les dormeurs du bourdonnement de l'écho.

* * *

Le martyr m'éclaire : je n'ai pas cherché au-delà de l'étendue
Les vierges de l'immortalité car j'aime la vie
Sur terre, parmi les pins et les figuiers,
Mais je ne peux y accéder, aussi y ai-je visé
Avec l'ultime chose qui m'appartienne : le sang dans le corps de l'azur.

* * *

Le martyr m'avertit : Ne crois pas leurs youyous
Crois-moi père quand il observe ma photo en pleurant
Comment as-tu échangé nos rôles, mon fils et m'as-tu précédé.
Moi d'abord, moi le premier !

* * *

Le martyr m'encercle : je n'ai changé que ma place et mes meubles frustes.
J'ai posé une gazelle sur mon lit,
Et un croissant lunaire sur mon doigt,
Pour apaiser ma peine.

* * *

Le siège durera afin de nous convaincre de choisir un asservissement qui ne nuit
pas, en toute liberté ! !

* * *

Résister signifie : s'assurer de la santé
Du coeur et des testicules, et de ton mal tenace :
Le mal de l'espoir.

* * *

Et dans ce qui reste de l'aube, je marche vers mon extérieur
Et dans ce qui reste de la nuit, j'entends le bruit des pas en mon intention.

* * *

Salut à qui partage avec moi l'attention à
L'ivresse de la lumière, la lumière du papillon, dans
La noirceur de ce tunnel.

* * *

Salut à qui partage avec moi mon verre
Dans l'épaisseur d'une nuit débordant les deux places :
Salut à mon spectre.

* * *

Pour moi mes amis apprêtent toujours une fête
D'adieu, une sépulture apaisante à l'ombre de chênes
Une épitaphe en marbre du temps
Et toujours je les devance lors des funérailles :
Qui est mort...qui ?

* * *

L'écriture, un chiot qui mord le néant
L'écriture blesse sans trace de sang.

* * *

Nos tasses de café. Les oiseaux les arbres verts
A l'ombre bleue, le soleil gambade d'un mur
A l'autre telle une gazelle
L'eau dans les nuages à la forme illimitée dans ce qu'il nous reste

* * *

Du ciel. Et d'autres choses aux souvenirs suspendus
Révèlent que ce matin est puissant splendide,
Et que nous sommes les invités de l'éternité.
835521 Publié le 23/08/2006 à 18:49 supprimer cette contribution
Soeurette de nous faire ce beau cadeau
1849844 Publié le 23/08/2006 à 18:54 supprimer cette contribution
Le vent est ma lignée, et la pluie mon adresse

Musa hawamdeh

Traduction: Madany Guesseri

Avant que l’idée ne se heurte à la terre,
Avant que ne s’exhale l’odeur de la vase.
Je me suis promené au marché des calomnies,
Portant ma perte,
Me donnant la mort.
Je suis Adam et Eve,
Je suis aussi Cain et Abel
Descendant du péché originel
Et de l’union de l’iris avec la famille des exquis.

Je suis peut-être là, ou là-bas,
Je suis peut-être dans la sève d’un pin ou d’un cèdre.
Je suis peut-être une plume dans l’aile d’un corbeau,
Ou une particule enterrée dans les cendres d’un gisement de charbon chinois
Je suis peut-être une portion d’un fruit africain, ou d’un tronc d’arbre au Panana.
Je suis peut-être une obscurité qui enveloppe le Pole Nord
Ou peut-être un jour qui s’élève sur l’océan pacifique.
Je suis peut-être de la lignée mongole
Ou le descendant d’un tueur romain.

Oui, je suis peut-être d’une famille juive
Ou d’une famille bouddhique
Ou un rebut des peaux rouges
Ou une trace d’un Prêtre indien.

Qui croirait que les larmes aux yeux n’ont point changé,
Et que le vent d’automne ne traverse pas toutes les journées de l’année

Qui prouverait que la terre du cimetière n’a point habité les nuages de l’hiver du siècle ayant précédé la naissance de Socrate ?
Qui croirait que la chaleur qui a cuit le corps du pharaon Tahutmus n’est pas bien celle qui gate le visage de ma petite fille ?

J’appartiens peut-être à beaucoup de nations, et à tant d’hommes
J’ai peut-être des grands-mères russes et des tantes espagnoles.

Je suis certain que les eaux primordiales tournent entre cours d’eau et désirs charnels,
Je suis sur que ma langue n’est pas mon corps,
Que le son des oiseaux n’est pas étranger au mouvement du vent et de la pluie
Je ne suis pas l’Aujourd’hui,
Je ne suis pas le Demain.
J’ai été peut-être un oiseau au temps des perses
Ou une Croix au temps de Constantin
Ou un glaive aux mains de Saladin
Qui me dirait qui je suis ?
Mon cœur est rempli de palpitation universelle
Mes pas m’acheminent à la demeure du feu primordial
Je ne suis point capable d’injurier l’étoile de Mars
Je n’ai point envie de désapprouver la trajectoire de l’étoile du Valentin
Je n’insiste point pour arrêter le souffle magnétique sur les ossements des ancêtres

Je porte en moi un éclat de l’arme du dieu Mars
Une lueur du feu de Prométhée
Je porte de versets de Coran
Des Psaumes de David
Des cantiques de Paule
Des chants sacres de Bouddha
Des paroles de Bahaâ
Je ne connais point le levant du zodiaque, ni le coucher de la création
J’ai commence à m’habituer à l’étonnement
Et à me transfigurer dans le miroir !!!

Je connais celui qui ne me connaît point,
Mon frère auquel ne me lie aucun lien, et qui n’a jamais entendu mon nom
Ma sœur est caucasienne
Ma tante est de Grèce
Les Turcs ont peut-être marqué ma voix
La mer a peut-être raffiné ma sauvagerie
J’ai peut-être donné naissance à un cultivateur français
Ou à un imposteur politicien en Italie.
Je suis peut-être venu du sol de Los Angeles
Ou de la terre d’Athènes
Qui connaît l’histoire de mon corps avant deux mille ans ?
Qui possède l’œuf du rock(1) dans sa main
Qui me dirait qui je suis ?

Je ne suis peut-être pas moi,
Je ne suis peut-être pas toi,
Je suis peut-être là, ou là-bas.
Tu viens peut-être de moi, et moi du sol de Mars
Je ne nie point mon lien avec Zeus
Mais n’avoue point son sang dans mes veines.
Je ne nie point l’authenticité du fleuve, et ne cache point la mer dans ma garde-robe.
Le vent est ma lignée, et la pluie mon adresse.

Musa Hawamdeh


1547975 Publié le 23/08/2006 à 21:00 supprimer cette contribution
Bravo Djamila pour nous montrer le savoir vivre et le chemin de la tolérance comme tu sais si bien le faire

Citation:
Je n'aurais oser, de même, inviter des belles



comme le dis l'adage

c'est "l'hôpital qui se moque de la charité", n'est ce pas !!!

nous, au moins (noirs, arabes), nous sommes capables de parler et d'écrire la langue française, même si ce n'est pas notre langue maternelle, mais d'autres qui se croient plus "policés" (français de souche) n'est ce pas !!!, sont incapables d'écrire correctement leur langue (la preuve en haut),
à plus forte raison, vas leur demander d'écrire ou de parler ta langue maternelle
...alors, laisse tomber la neige...
ce sont des esprits obtus

encore bravo à toi

1849844 Publié le 23/08/2006 à 22:37 supprimer cette contribution
"De terrorisme on nous accuse
Si nous osons prendre défense
De notre femme et de la rose
Et de l'azur et du poème
Si nous osons prendre défense
D'une patrie sans eau sans air
D'une patrie qui a perdu
Sa tente et sa chamelle
Et même son café noir.
De terrorisme on nous accuse
Si nous osons prendre défense
De la crinière
De la reine de Saba
Des lèvres de Maysoun
Des noms de nos plus belles filles,
Du khol qui de leurs cils
En pluie retombe
Comme une chose révélée.
Certes vous ne trouverez pas
En ma possession
De poésie secrète
Ni de parler énigmatique
Ou des ouvrages clandestins,
Et par devers moi je ne garde
Aucun poème traversant
La rue, caché derrière son voile.
De terrorisme on nous accuse
Quand nous décrivons les dépouilles
D'une patrie
Décomposée et dénudée
Et dont les restes en lambeaux
Sont dispersés aux quatre vents…,
D'une patrie
Cherchant son adresse et son nom…

D'une patrie ne conservant
De ses antiques épopées
Que les élégies de Khansa…,
D'une patrie
Où ni le rouge, ni le jaune, ni le vert
Ne teignent plus les horizons…,
D'une patrie qui nous défend
D'écouter les informations
Ou d'acheter quelque journal…,
D'une patrie où les oiseaux
Sont censurés dans leurs chansons,
D'une patrie où, terrifiés,
Les écrivains ont pris le pli
D'écrire la page du néant…,
D'une patrie
Qui ressemblerait dans sa forme
A la poésie
Dans notre pays
Sorte de langage égaré
Improvisé
Sans aucun lien avec les êtres
Sans aucun lien avec leur terre
Ni avec les problèmes
Dans lesquels ils se débattent vainement,
D'une patrie allant pieds nus
Et sans aucune dignité
Vers la paix négociée…
D'une patrie
Où les hommes pris de panique
Ont fait pipi dans leurs culottes
Et où ne restent que les femmes.
Le sel amer est dans nos yeux
Et sur nos lèvres,
Il est dans nos propres propos.
Notre âme a-t-elle été touchée
De stérilité héritée
Léguée par la tribu Kahtane.
Dans notre nation,
Il n'y a plus de Mu'awya
Plus de Abu Sufiane
Plus personne pour crier "Gare" !
A la face de ceux qui ont abandonné
A autrui notre foyer
Et notre huile et notre pain
Transformant notre maison
Si heureuse en capharnaum.
Il ne reste plus rien de notre poésie
Qui n'ait sur le lit sur tyran
Perdu sa virginité.
Du mépris nous avons pris
Le pli de l'habitude.
Que reste-t-il donc de l'homme
Lorsqu'il s'habitue au mépris ?

Je recherche dans les feuilles de l'Histoire
Usaman Ibn Munkid
Okba Ibn Nafi',
Je recherche Omar,
Je recherche Hamza,
Et Khalid chevauchant
Vers la Grande Syrie,
Je recherche al Mu'tacim
Sauvant les femmes
De la barbarie des envahisseurs
Et des furies des flammes,
Je recherche dans ce siècle attardé
Et ne trouve dans la nuit
Que des chats apeurés
Craignant pour leur personne
Le pouvoir des souris.
Avons-nous été atteints
De nationale cécité ?
Ou bien tout simplement
Souffrons-nous de daltonisme ?
De terrorisme on nous accuse
Quand nous refusons notre mort
Sous les râteaux israéliens
Qui ratissent notre terre
Qui ratissent notre Histoire
Qui ratissent notre Evangile
Qui ratissent notre Coran
Et le sol de nos prophètes.
Si c'est là notre crime
Que vive le terrorisme !

De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons que les Juifs
Que les Mongols et les Barbares
Nous effacent de leur main.
Oui, nous lançons des pierres
Sur la maison de verre
Du Conseil de Sécurité
Soumis à l'empereur suprême.

De terrorisme on nous accuse
Lorsque nous refusons
De négocier avec les loups
Et de tendre nos deux bras
A la prostitution.
L'Amérique
Ennemie de la culture humaine
Elle-même sans culture,
Ennemie de l'urbaine civilisation
Dont elle-même est dépourvue,
L'Amérique
Bâtisse géante
Mais sans murs.
De terrorisme on nous accuse
Si nous refusons un siècle
Où ce pays de lui-même satisfait
S'est érigé
En traducteur assermenté
De la langue des Hébreux. "

nizzar kabbani .traduit par mustapha el-kasri
835521 Publié le 23/08/2006 à 22:40 supprimer cette contribution
Dis donc soeurette, tu vas me faire pleurer
770362 Publié le 23/08/2006 à 22:42 supprimer cette contribution
c'est vrai que ça cautionne et justifie les bombes à Madrid et ailleurs

Pensez à fermer la porte en partant...ça sent mauvais

c'est toujours pareils...quand les révoltes sont partiales elles perdent toute légitimité...merci de condamner TOUS les extrémismes!!!
770362 Publié le 23/08/2006 à 22:45 supprimer cette contribution
merci de condamner TOUS les extrémismes!!!
1849844 Publié le 24/08/2006 à 14:24 supprimer cette contribution
JE LIS TON CORPS ET… ME CULTIVE

Le jour où s'est arrêté
Le dialogue entre tes seins
Dans l'eau prenant leur bain
Et les tribus s'affrontant pour l'eau
L'ère de la décadence a commencé,
Alors la guerre de la pluie fut déclarée
Par les nuages
Pour une très longue durée,
La grève des vols fut déclenchée
Par la gente ailée,
Les épis ont refusé
De porter leurs semences
Et la terre a pris la ressemblance
D'une lampe à gaz.

Le jour où ils m'ont de la tribu chassé
Parce qu'à l'entrée de la tente j'ai déposé
Un poème
L'heure de la déchéance a sonné.
L'ère de la décadence
N'est pas celle de l'ignorance
Des règles grammaticales et de conjugaison,
Mais celle de l'ignorance
Des principes qui régissent le genre féminin,
Celle de la rature des noms de toutes les femmes
De la mémoire de la patrie.

O ma bien aimée,
Qu'est-ce donc que cette patrie
Qui se comporte avec l'Amour
En agent de la circulation ?
Cette patrie qui considère que la Rose
Est un complot dirigé contre le régime,
Que le Poème est un tract clandestin
Rédigé contre le régime ?
Qu'est-ce donc que ce pays
Façonné sous forme de criquet pèlerin
Sur son ventre rampant
De l'Atlantique au Golfe
Et du Golfe à l'Atlantique,
Parlant le jour comme un saint
Et qui, la nuit tombant,
Est pris de tourbillon
Autour d'un nombril féminin ?

Qu'est-ce donc cette patrie
Qui exerce son infamie
Contre tout nuage de pluie chargé,
Qui ouvre une fiche secrète
Pour chaque sein de femme,
Qui établit un PV de police
Contre chaque rose ?

O bien aimée
Que faisons-nous encore dans cette patrie
Qui craint de regarder
Son corps dans un miroir
Pour ne pas le désirer ?
Qui craint d'entendre au téléphone
Une vois féminine
De peur de rompre ses ablutions ?
Que faisons-nous dans cette patrie égarée
Entre les œuvres de Chafi'i et de Lénine,
Entre le matérialisme dialectique
Et les photos pornos,
Entre les exégèses coraniques
Et les revues Play Boy,
Entre le groupe mu'tazélite
Et le groupe des Beattles,
Entre Rabi'a-l-'Adaouya
Et Emmanuelle ?

nizzar kabbani trad.med el kharsi

835521 Publié le 24/08/2006 à 17:50 supprimer cette contribution
J'ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère...
Et l'enfance grandit en moi,
Jour après jour,
Et je chéris ma vie, car
Si je mourais,
J'aurais honte des larmes de ma mère !
Fais de moi, si je rentre un jour,
Une ombrelle pour tes paupières.
Recouvre mes os de cette herbe
Baptisée sous tes talons innocents.
Attache-moi
Avec une mèche de tes cheveux,
Un fil qui pend à l'ourlet de ta robe...
Et je serai, peut-être, un dieu,
Peut-être un dieu,
Si j'effleurais ton coeur !
Si je rentre, enfouis-moi,
Bûche, dans ton âtre.
Et suspends-moi,
Corde à linge, sur le toit de ta maison.
Je ne tiens pas debout
Sans ta prière du jour.
J'ai vieilli. Ramène les étoiles de l'enfance
Et je partagerai avec les petits des oiseaux,
Le chemin du retour...
Au nid de ton attente !

Mahmoud DARWICH

1796406 Publié le 24/08/2006 à 17:57 supprimer cette contribution
Ils sont beaux les poêmes de Mahmoud DARWICH que je découvre...
1849844 Publié le 24/08/2006 à 18:00 supprimer cette contribution

LA PLUS ETRANGE DES CREATURES


Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau,
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrifiant, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.
Et tu n’est pas un, hélas,
tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau
quand l’équarisseur lève son bâton
tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus étrange des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre
c’est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non,
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

Ecrit en 1947
par Nâzim HIKMET, Poète communiste turc,
et publié en recueil (423 pages) chez NRF par Poésie/Gallimard
sous le titre "Il neige dans la nuit et autres poèmes".


835521 Publié le 24/08/2006 à 18:05 supprimer cette contribution
Dis moi soeurette si tu avais le texte de RITA
1849844 Publié le 24/08/2006 à 18:08 supprimer cette contribution
12 - Adonis, chevalier d'étranges paroles



"Comment transformer la vie en poésie ? Voilà la question."
Adonis

Le 31 octobre 2001, le poète Adonis confiait au journal "Le Monde" une réflexion Une modernité malade qu'il concluait par:

[...] la question de la modernité ne peut plus relever aujourd'hui de l'attitude critique. Il ne s'agit plus de restaurer et moins encore de reconduire un rapport de forces et de pressions dont nous vivons la faillite. S'il existe une issue à cet état de décomposition, seule nous y conduira une pensée neuve de l'homme et de la culture.

"Douze lanternes pour Grenade" dont voici un extrait



Voici mon pôle, ô arabesque initiée,
Et les voûtes sont session et étapes vers la transcendance
Sous la coupole, un bruissement qu'envient les ailes.
L'extase est un lit porté par les gazelles du désir.
Ici l'infini revêt une tunique
Et l'horizon s'assied dans une niche.
Ecoutez les arcades : Le mariage de la nuit et du soleil
sont noces perpétuelles entre moi et moi-même.
Mon corps ne m'appartient pas -
Le désir et le plaisir me l'ont pris
Laissez moi alors
Transpercer les sens et créer mes passions.

http://www.afemam.org/article.php?id_article=87
1796406 Publié le 24/08/2006 à 18:12 supprimer cette contribution
celui-ci...Glad??

Rita et le fusil

entre Rita et mes yeux, un fusil
et celui qui connaît Rita se prosterne
adresse une prière
à la divinité qui rayonne dans ses yeux de miel

moi, j’ai embrassé Rita
quand elle était petite
je me rappelle comment elle se colla contre moi
et de sa plus belle tresse couvrit mon bras
je me rappelle Rita
ainsi qu’un moineau se rappelle son étang
Ah Rita
entre nous, mille oiseaux mille images
d’innombrables rendez-vous
criblés de balles

le nom de Rita prenait dans ma bouche un goût de fête
dans mon sang le corps de Rita était célébration de noces
deux ans durant, je me suis perdu en Rita
et deux ans durant, elle a dormi sur mon bras
nous prêtâmes serment autour du plus beau calice
et nous brûlâmes
dans le vin des lèvres
et ressuscitâmes

Ah Rita
quoi a pu éloigner mes yeux des tiens
hormis le sommeil
et les nuages de miel
avant que ce fusil ne s’interpose entre nous

il était une fois
O silence du crépuscule
au matin, ma lune a émigré, loin
dans les yeux couleur de miel
la ville
a balayé tous les aèdes, et Rita
entre Rita et mes yeux, un fusil(…)
835521 Publié le 24/08/2006 à 18:12 supprimer cette contribution
Merci ma belle et en chanson c'est .......je n'ai pas les mots
1796406 Publié le 24/08/2006 à 18:13 supprimer cette contribution
oupsss deux fois
1796406 Publié le 24/08/2006 à 18:20 supprimer cette contribution
un p'tit lien...
1849844 Publié le 24/08/2006 à 18:20 supprimer cette contribution
Ô Hélène quelle pluie !

Mahmoud Darwish

Traduit de l’arabe par : Noureddine Mhakkak.

Mahmoud Darwish

Le mardi, j’ai rencontré Hélène
A quinze heures
A l’heure de l’ennui infini,
Mais le tintement de la pluie
Avec une femme comme Hélène
Est un chant de voyage

Pluie,
Quelle nostalgie…nostalgie du ciel
Au ciel !
Pluie,
Quel gémissement….gémissement des loups
Pour leur espèce !

Il pleut sur le toit de la sécheresse,
Sécheresse dorée dans les icônes des églises,
A quelle distance la terre est-elle loin de moi ?
Et l’amour de toi ?
Dit l’étranger à la vendeuse de pain, Hélène,
Dans une rue étroite comme ses chaussettes,
-Pas plus d’un mot….et pluie !
Pluie affamée d’arbres…
Pluie affamée de pierres…

Et l’étranger qui poursuit :
Hélène, Hélène ! Est-ce que l’odeur de pain
Monte maintenant
De toi, vers une fenêtre
Dans un pays lointain …
Pour répéter les paroles d’Homère ?
Est-ce que l’eau jaillit de tes épaules
Vers des arbres séchés dans un poème
Et Hélène de lui répondre :
Ô quelle pluie !
Ô quelle pluie !

L’étranger lui dit alors :
Me faut Narcisse pour que je puisse regarder
L’eau, la tienne
Regarder mon corps.
Regarde
Ô toi Hélène,
Dans l’eau de nos rêves tu trouveras
Les morts sur tes rivages qui chantent pour
Ton nom :
Hélène …Hélène ! Ne nous laisse pas
Seuls comme la lune

Ô quelle pluie !
Ô quelle pluie !

Et l’étranger qui poursuit :
J’ai déjà fait la guerre
Sous tes ordres,
Et tu n’es pas innocente de mon sang asiatique.
Et tu ne seras jamais innocente
D’un sang
Caché dans les veines de tes roses .Hélène
Qu’il étaient durs les grecs d’autan !
Et qu’il était morose, Ulysse, cet amoureux
De voyages
Qui cherchait sa légende
Dans les pèlerinages !

J’ai révélé ce que je lui ai tue
Et ce que j’ai dit je l’ai caché
A Hélène.
Mais elle sait ce que l’étranger ne peut dire …
Et sait ce qu’il chuchote à l’odeur
Qui se brise sous la pluie.
Elle lui dit enfin :
La guerre de Troie n’a eu lieu
Jamais !

Ô quelle pluie !
Ô quelle pluie !


pour tous ces beaux textes lysween et kahina

1849844 Publié le 31/08/2006 à 11:21 supprimer cette contribution
Citation:
c'est vrai que ça cautionne et justifie les bombes à Madrid et ailleurs



lire :www.politiquedevie.net/Europe/SarkozyMadridMars2004.


www.voltairenet.org/article136706.html


excellent ,tous les liens disparaissent, rapide et efficace
1849844 Publié le 31/08/2006 à 14:25 supprimer cette contribution
mahmoud darwishe traduit par abdellatif laabi (ecrivain marocain)

RIEN QU’UNE AUTRE ANNÉE (1982)

mes amis les survivants d’entre vous me suffisent
pour que je vive encore une année
il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que j’aime vingt femmes
et trente villes
une année suffit pour que l’idée se pare
des plus beaux atours du lis
pour qu’une terre inconnue hante quelque fille
avec laquelle je partirai vers quelque mer
où elle me livrera sur ses genoux
la clé de tous les champs
Il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que je vive toute ma vie
d’une seule traite
en un seul baiser
en un seul coup de feu
qui abolira mes questions
et l’énigme de la confusion des temps
Mes amis, ne mourez pas comme vous avez pris l’habitude de mourir
je vous en conjure, ne mourez pas
accordez-moi une année
rien qu’une autre année
peut-être pourrions-nous terminer une discussion entamée
un voyage entamé
peut-être pourrions-nous changer les idées en allant faire quelques pas dans la rue
sans contrainte de temps ou de drapeaux
Avons-nous trahi quelqu’un
pour devoir appeler pays, chaque oiseau
écume, chaque terre hors de la blessure
pour que des arpèges nous fassent peur ?
peut-être pourrions-nous faire éviter à la langue
un sens qui n’était pas dans nos intentions
un chant que nous ne destinions guère
aux devins
(…)
il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que j’aime vingt femmes
et trente villes
pour que j’aille vers ma mère éplorée
et que je lui crie : Enfante-moi de nouveau
pour que je voie la rose depuis son commencement
et que j’aime l’amour depuis son commencement
jusqu’au terme du chant
Il me suffit d’une année
rien qu’une autre année
pour que je vive toute ma vie
d’une seule traite
en un seul baiser
en un seul coup de feu
qui abolira mes questions
Une autre année
rien qu’une autre année
une année !
1849844 Publié le 31/08/2006 à 14:28 supprimer cette contribution
mahmoud darwishe .trad.abdellatif laabi

MA BIEN-AIMÉE SE REVEILLE

Chroniques de la douleur palestinienne

1.
qu’avons-nous besoin du souvenir
le Carmel est en nous
et sur nos paupières pousse l’herbe de Galilée
Ne dis pas : Que ne courions-nous comme un fleuve pour le rejoindre
nous sommes dans la chair de notre pays
il est en nous

2.
nous n’étions pas avant Juin des nouveau-nés
c’est pourquoi notre passion
ne s’est pas émietté dans les chaînes
Cela fait vingt ans, ô ma sœur,
que nous n’écrivons pas de poèmes
mais que nous combattons

3.
cette ombre qui se noie dans tes yeux
est un diable divin
venu de Juin
pour ceindre de soleil tous les fronts
C’est le teint d’un martyr
le goût d’une prière
Elle fait mourir ou ressusciter
doux dilemme !

(…)

23.
le nuage d’été que la défaite porte sur son dos
a suspendu l’engeance des rois
sur la corde des mirages
Et je suis l’assassiné, le ressuscité dans la nuit du cime
Voilà que mes racines
s'affermissent dans la terre

24.
Voici venir le moment
où je dois traduire les paroles en actes
Voici venir le moment
où je dois prouver mon amour
à la terre et aux alouettes
En ces temps, la trique massacre la guitare
et moi
je pâlis dans le miroir
depuis qu’un arbre s’est levé derrière moi
1849844 Publié le 31/08/2006 à 14:30 supprimer cette contribution
mahmoud darwishe .traduction d'abdellatif laabi.

Rita, aime-moi

Chaque soirée, nous cachons dans Athènes
une lune et une chanson. Nous donnons refuge au jasmin
les balcons nous ont dit :
Ne viendront
ni son offrande
si ses vœux
ni les routes ne deviendront maîtresses de nostalgie
dors ! Ici, les limiers sont partout
autant que des oliviers, les limiers sont partout
lâchés dans Athènes

dans mon rêve, je te rejoins en imagination
tu t’éloignes de moi
tu querelles la terre
tu t’illumines telle une aube lyrique
alors que mes mains sont dans les fers
Mon centhour s’éloigne comme ton corps
dans les cantilènes du chanteur
Rita, aime-moi ! Ma mort à Athènes
fleure le jasmin
que meurent les désirs du prisonnier
(…)
dans mon rêve, les yeux noirs s’élargissent
les chaînes tremblent
la nuit démissionne
le poème fuse
porté par son imagination terrienne
l’imagination le pousse en avant, en avant
avec la violence des ailes de certitude
et je te vois, t’éloignant de moi
Ah, t’approchant de moi
vers de nouvelles divinités
et mes mains sont dans les chaînes
mais je caresse toujours les cordes de mon centhour lointain
je provoque ton corps
la Grèce renaît
les chansons se répandent
les oliviers retrouvent leur verdure
ostensiblement, l’éclair traverse mon pays
deux amants découvrent l’enfance
Rita, aime-moi ! Ma mort à Athènes
fleure le jasmin
que meurent les tristesses du prisonnier
1849844 Publié le 31/08/2006 à 14:39 supprimer cette contribution
http://mahmoud-darwich.chez-alice.fr/discours/index.html




Mahmoud Darwich



Nous souffrons d'un mal incurable : l'espoir

Traduit de l'anglais par Françoise Cartano


L’arrivée de la délégation du Parlement international des écrivains à Ramallah suscite une forte émotion, en particulier pour le poète Mahmoud Darwich, placé au coeur de ce voyage. Le 25 mars 2003, lors des rencontres organisées par les écrivains palestiniens au Centre culturel Khalil Sakakini, celui-ci prononce un discours hommage à l’attention de ces « maîtres des mots », dont les préoccupations ne sont pas seulement littéraires mais aussi morales. Une manière symbolique d’inscrire la Palestine dans la culture mondiale.

« C’est pour moi un grand plaisir et un honneur de vous accueillir sur cette terre en son printemps sanglant, une terre qui a la nostalgie de son vieux nom : terre d’amour et de paix.

Votre visite courageuse pendant ce siège monstrueux est une façon de rompre le siège. Votre présence ici brise notre sentiment d’isolement. Avec vous, nous nous rendons compte que la conscience internationale, dont vous êtes les honorables représentants, vit encore, qu’elle est capable de protester et de prendre le parti de la justice. Vous nous avez donné l’assurance que les écrivains ont encore un rôle important à jouer dans la lutte pour la liberté et le combat contre le racisme.

La responsabilité envers la destinée humaine ne peut limiter son expression au texte littéraire. Dans des situations d’urgence et de calamité humaine, l’écrivain se met en quête d’un rôle moral à jouer dans d’autres formes d’action publique, un rôle qui renforce son intégrité littéraire, qui mobilise la conscience publique autour de valeurs morales élevées, dont la plus importante est la liberté. C’est ainsi que nous lisons le noble message que vous nous adressez aujourd’hui : un message de solidarité et de sympathie.

Je sais que les maîtres des mots n’ont nul besoin de rhétorique devant l’éloquence du sang. C’est pourquoi nos mots seront aussi simples que nos droits : nous sommes nés sur cette terre, et de cette terre. Nous n’avons pas connu d’autre mère, pas connu d’autre langue maternelle que la sienne. Et lorsque nous avons compris qu’elle porte trop d’histoire et trop de prophètes, nous avons su que le pluralisme est un espace qui embrasse largement et non une cellule de prison, que personne n’a de monopole sur une terre, sur Dieu, sur la mémoire. Nous savons aussi que l’histoire ne peut se targuer ni d’équité, ni d’élégance. Notre tâche pourtant, en tant qu’humains, est d’humaniser cette histoire dont nous sommes simultanément les victimes et le produit.

Il n’est rien de plus manifeste que la vérité palestinienne et la légitimité palestinienne : ce pays est le nôtre, et cette petite partie est une partie de notre terre natale, une terre natale réelle et point mythique. Cette occupation est une occupation étrangère qui ne peut échapper à l’acception universelle du mot occupation, quel que soit le nombre de titres de droits divins qu’elle invoque ; Dieu n’est la propriété personnelle de personne.

Nous avons accepté les solutions politiques fondées sur un partage de la vie sur cette terre, dans le cadre de deux Etats pour deux peuples. Nous ne réclamons que notre droit à une vie normale, à l’intérieur des frontières d’un Etat indépendant, sur la terre occupée depuis 1967, dont Jérusalem Est, notre droit à une solution équitable du problème des réfugiés, à la fin de l’installation de colonies. C’est la seule voix réaliste vers la paix qui mettra un terme au cercle vicieux du bain de sang.

L’état de nos affaires est d’une criante évidence, il ne s’agit pas d’une lutte entre deux existences, comme aimerait le montrer le gouvernement israélien : eux ou nous. La question est d’en finir avec une occupation. La résistance à l’occupation n’est pas seulement un droit. C’est un devoir humain et national qui nous fait passer de l’esclavage à la liberté. Le chemin le plus court pour éviter d’autres désastres et accéder à la paix est de libérer les Palestiniens de l’occupation, et de libérer la société israélienne de l’illusion d’un contrôle exercé sur un autre peuple.

L’occupation ne se contente pas de nous priver des conditions élémentaires de la liberté, elle va jusqu’à nous priver de l’essentiel même d’une vie humaine digne, en déclarant la guerre permanente à nos corps et à nos rêves, aux personnes, aux maisons, aux arbres, en commettant des crimes de guerre. Elle ne nous promet rien de mieux que l’apartheid et la capacité du glaive à vaincre l’âme.

Mais nous souffrons d’un mal incurable qui s’appelle l’espoir. Espoir de libération et d’indépendance. Espoir d’une vie normale où nous ne serons ni héros, ni victimes. Espoir de voir nos enfants aller sans danger à l’école. Espoir pour une femme enceinte de donner naissance à un bébé vivant, dans un hôpital, et pas à un enfant mort devant un poste de contrôle militaire. Espoir que nos poètes verront la beauté de la couleur rouge dans les roses plutôt que dans le sang. Espoir que cette terre retrouvera son nom original : terre d’amour et de paix. Merci pour porter avec nous le fardeau de cet espoir. »




Avec le concours du Parlement international des écrivains
1849844 Publié le 31/08/2006 à 18:11 supprimer cette contribution
abdellatif laabi

Du droit de t'insurger



Du droit de t’insurger tu useras

quoi qu’il advienne

Du devoir de discerner

dévoiler

lacérer

chaque visage de l’abjection

tu t’acquitteras

à visage découvert

De la graine de lumière

dispensée à ton espèce

chue dans tes entrailles

tu te feras gardien et vestale

À ces conditions préalables

tu mériteras ton vrai nom

homme de parole

ou poète si l'on veut



Inédit, janvier 2006
1849844 Publié le 31/08/2006 à 18:22 supprimer cette contribution

mahmoud darwishe traduit de l'arabe par elias sanbar




À JÉRUSALEM



À Jérusalem, je veux dire à l’intérieur
des vieux remparts,
je marche d’un temps vers un autre
sans un souvenir
qui m’oriente. Les prophètes là-bas se partagent
l’histoire du sacré … Ils montent aux cieux
et reviennent moins abattus et moins tristes,
car l’amour
et la paix sont saints et ils viendront à la ville.
Je descends une pente, marmonnant :
Comment les conteurs en s’accordent-ils pas
sur les paroles de la lumière dans une pierre ?
Les guerres partent-elles d’une pierre enfouie ?
Je marche dans mon sommeil.
Yeux grands ouverts dans mon songe,
je ne vois personne derrière moi. Personne devant.
Toute cette lumière m’appartient. Je marche.
Je m’allège, vole
et me transfigure.
Les mots poussent comme l’herbe
dans la bouche prophétique
d’Isaïe : "Croyez pour être sauvés."
Je marche comme si j’étais un autre que moi.
Ma plaie est une rose
blanche, évangélique. Mes mains
sont pareilles à deux colombes
sur la croix qui tournoient dans le ciel
et portent la terre.
Je ne marche pas. Je vole et me transfigure.
Pas de lieu, pas de temps. Qui suis-je donc ?
Je ne suis pas moi en ce lieu de l’Ascension.
Mais je me dis :
Seul le prophète Muhammad
parlait l’arabe littéraire. "Et après ?"
Après ? Une soldate me crie soudain :
Encore toi ? Ne t’ai-je pas tué ?
Je dis : Tu m’as tué … mais, comme toi,
j'ai oublié de mourir.
835521 Publié le 31/08/2006 à 18:31 supprimer cette contribution
Merci encore de nous faire partager d'aussi beaux textes
1849844 Publié le 31/08/2006 à 18:40 supprimer cette contribution
Né en 1936 à Jérusalem, exilé adolescent en Égypte puis aux États-Unis, Edward W. Saïd est professeur à la Columbia University de New York. Dans L’Orientalisme, publié en 1978, il analysait le système de représentation dans lequel l’Occident a enfermé l’Orient - et même, l’a créé. Le livre, récemment réédité, est plus que jamais d’actualité, parce qu'il retrace l’histoire des préjugés populaires anti-arabes et anti-islamiques, et révèle plus généralement la manière dont l’Occident, au cours de l’histoire, a appréhendé "l’autre". , Edward Saïd se battait contre la diabolisation de l’islam et pour la dignité de son peuple. Ancien membre du Conseil national palestinien, il fut un négociateur de l’ombre. Il a été opposé aux accords d’Oslo et au pouvoir de Yasser Arafat, qui a fait interdire ses livres dans les territoires autonomes. Il a défendu une conception exigeante et courageuse du rôle de l’intellectuel, auquel il redonne une vraie noblesse. Sa marginalité l’a placé à la croisée des grands enjeux de notre temps: il a perçu avec acuité la réalité du brassage des cultures, affirmé que les oppositions entre les civilisations sont des constructions humaines, et l’identité, le fruit d’une volonté. Voyage dans une œuvre cohérente, engagée, véhémente et attachante




"La vie d’un Palestinien arabe en Occident, en particulier en Amérique, est décourageante. Le filet de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme politique, d’idéologie déshumanisante qui entoure l’Arabe ou le musulman est réellement très solide." C’est cette expérience qui a poussé en 1978 Edward Saïd, professeur de littérature comparée à la Columbia University de New York, à écrire L’Orientalisme, l’Orient créé par l’Occident, un livre qui a connu un retentissement mondial. Il y analyse le système de représentations presque autonome dans lequel les puissances occidentales - la France, l’Angleterre, les Etats-Unis - ont, au fil des siècles, enfermé l’Orient. L’enjeu est de taille:

"L’Orient n’est pas seulement le voisin immédiat de l’Europe, il est aussi la région où l’Europe a créé les plus vastes, les plus riches et les plus anciennes de ses colonies, la source de ses civilisations et de ses langues, il est son rival culturel et lui fournit l’une des images de l’Autre qui s’impriment le plus profondément en elle. De plus, l’Orient a permis de définir l’Europe (ou l’Occident) par contraste: son idée, son image, sa personnalité, son expérience. La culture européenne s’est renforcée et a précisé son identité en se démarquant d’un Orient qu’elle prenait comme une forme d’elle-même inférieure et refoulée." L’Orient est perçu comme un lieu de licence sexuelle; les colonies ont leur utilité pour se débarrasser des fils rebelles...

L’orientalisme a d’abord été une science, celle de savants qui se rendaient en Orient "bardés d’inébranlables maximes abstraites", dont ils ne pensaient qu’à prouver la validité. Du décalage qu’ils constataient forcément entre la réalité et les "vérités moisies" qu’ils avaient apprises est née "la mythologie du mystérieux Orient, l’idée que les Asiatiques sont impénétrables". "C’est, semble-t-il, un défaut fort courant que de préférer l’autorité schématique d’un texte aux contacts humains directs, qui risquent d’être déconcertants." Ce fonctionnement en circuit fermé est le grand trait de l’orientalisme. Ses doctrines faisaient autorité: "L’Orient a dû passer par le filtre accepté de l’orientalisme en tant que système de connaissances pour pénétrer dans la conscience occidentale."

L’Orient, "forme la plus élevée du romantisme"

Aux savants ont succédé les poètes. Les premiers, tenus en respect par le dogme et par les travaux de leurs prédécesseurs ("une définition du dictionnaire déloge l’expérience", résume Saïd), se gommaient entièrement pour livrer des récits le plus impersonnels possible, de manière à transformer des observations particulières en généralités à valeur universelle. Pour les seconds, au contraire, l’Orient était une "province personnelle", un domaine où laisser courir leur imaginaire, où projeter leur intériorité. Il était "la forme la plus élevée du romantisme", selon la formule de l’Allemand Friedrich Schlegel. Edward Saïd cite une lettre envoyée en 1843 par Gérard de Nerval (qui écrivit un Voyage en Orient) à Théophile Gautier:

"Moi, j’ai déjà perdu, royaume à royaume, et province à province, la plus belle moitié de l’univers, et bientôt je ne vais plus savoir où réfugier mes rêves; mais c’est l’Égypte que je regrette le plus d’avoir chassée de mon imagination, pour la loger tristement dans mes souvenirs!"

L'orientalisme, un savoir né de la force

Si l’usage fait de l’Orient par les savants et par les poètes est différent, la rencontre véritable n’a lieu ni pour les uns ni pour les autres. "L’orientalisme repose sur l’extériorité, c’est-à-dire sur ce que l’orientaliste, poète ou érudit, fait parler l’Orient, le décrit, éclaire ses mystères pour l’Occident." Les habitants des contrées étudiées sont réduits à des "ombres muettes", à des "types". Jamais la parole ne leur est donnée. En exergue, Edward Saïd a placé ces mots de Karl Marx: "Ils ne peuvent se représenter eux-mêmes; ils doivent être représentés." Sans oublier la non-réciprocité de l’orientalisme: personne n’imagine qu’il puisse y avoir en Orient une école "occidentaliste"...

Pour Saïd, "l’orientalisme a plus de valeur en tant que signe de la puissance européenne et atlantique sur l’Orient qu’en tant que discours véridique sur celui-ci." Car c’est bien de pouvoir qu’il s’agit: "Les représentations ont des fins.". L’orientalisme, note-t-il, est à la fois un aspect du colonialisme et de l’impérialisme. Il est un "discours", une manière d’agir sur l’Orient, et même de le créer: "Le savoir sur l’Orient, parce qu’il est né de la force, crée en un sens l’Orient, l’Oriental et son monde." Ce qu’Edward Saïd étudie, c’est "un noeud de savoir et de pouvoir qui crée "l’Oriental" et en un sens l’oblitère comme être humain".

Les Orientaux sont perçus comme des masses grouillantes, dont nulle individualité, nulle caractéristique personnelle ne se détache. Tous les phénomènes observés au sein de leurs sociétés sont expliqués par le fait qu’ils sont des "Orientaux". "Si un Arabe est joyeux, ou s’il ressent de la tristesse à la mort de son enfant ou de son père, s’il ressent les injustices ou la tyrannie politique, ces sentiments sont nécessairement subordonnés au simple fait, nu et persistant, qu’il est un Arabe." Ou mieux, au "retour de l’islam", sésame explicatif universel: "L’histoire, la politique, l’économie ne comptent pas." Saïd évoque les travaux de Gibb, un orientaliste anglo-américain du vingtième siècle, et remarque qu’il paraît à Gibb "hors du sujet d’indiquer si les gouvernements "islamiques" dont il parle sont républicains, féodaux ou monarchiques".

"Leur enseigner la liberté"

L’orientalisme énonce des généralités, développe une conception monolithique, figée, "essentialiste et idéaliste", de l’Orient; il n’inscrit pas les sociétés qu’il étudie dans un processus dynamique de développement ou de continuité historique: "Il est vain de chercher dans l’orientalisme un sens vivant de la réalité humaine ou même sociale d’un Oriental: un habitant contemporain du monde moderne." C’est sous la plume de Chateaubriand que Saïd trouve la première mention d’une idée totalement fausse, mais promise à une grande carrière, celle de l’Europe qui enseigne à l’Orient ce qu’est la liberté: "La liberté, ils l’ignorent; les propriétés, ils n’en ont point; la force est leur Dieu. Quand ils sont longtemps sans voir paraître ces conquérants exécuteurs des hautes justices du ciel, ils ont l’air de soldats sans chef, de citoyens sans législateurs, et d’une famille sans père." Les conclusions en sont vite tirées: "Au dix-neuvième et au vingtième siècle, en Occident, on est parti de l’hypothèse que l’Orient avec tout ce qu’il contient, s’il n’était pas évidemment inférieur à l’Occident, avait néanmoins besoin d’être étudié et rectifié par lui."

Au moment de l’expédition d’Égypte, Bonaparte embarque avec lui une cohorte d’orientalistes. Ils constituent "l’aile savante de l’armée", au service d’un projet encyclopédique. "Il n’y a pas de parallèle plus éclatant, dans l’histoire moderne de la philologie, entre la connaissance et le pouvoir que dans le cas de l’orientalisme." Dès ce moment, les orientalistes mettront leur savoir au service de l’Occident conquérant. Aucun ne choisira jamais l’autre camp. Saïd décrit d’ailleurs la répugnance et le mépris singuliers qui habitent ces savants pour l’objet de leurs études, attitude qui perdure parfois jusqu'à nos jours: en 1967, Morroe Berger, professeur à Princeton, président de la Middle East Studies Association, affirmait noir sur blanc dans un article que son champ d’études "n’était pas le foyer de grandes réalisations culturelles" et ne le serait sans doute pas dans un proche avenir. Il le jugeait parfaitement ingrat "pour un savant qui s’intéresserait au monde moderne"...


edward said (إدوارد سعيد )était un écrivain et universitaire américain d'origine palestinienne.

Il a enseigné de 1963 jusqu'à sa mort en 2003 la littérature anglaise et la littérature comparée à l'Université Columbia de New York, et est l'auteur de nombreux livres de critique littéraire et musicale, ainsi que sur le conflit israélo-arabe.

Son ouvrage le plus célèbre est L'Orientalisme, publié en 1978, et traduit en français aux Éditions du Seuil en 1980. L'ouvrage a été traduit en 36 langues et est considéré comme le texte fondateur des études postcoloniales. L'historien et l'écrivain Rosemarie Said Zahlan était sa sœur.


1849844 Publié le 31/08/2006 à 18:57 supprimer cette contribution



Que reste-t-il au poète quand la terre lui est retirée, quand lui-même est transformé en fantôme, quand on lui désigne une simple négativité comme condition de son existence ? Il est rare qu'une poésie prenne ainsi forme entre terre et ciel. C'est dire combien la tâche des poètes palestiniens est complexe, presque inédite. Ils ne peuvent écrire qu'avec ce qu'on leur a usurpé. Le monde est pour eux celui qu'ils ont à réinventer en partant du plus enfoui et du plus douloureux en eux, d'une familiarité, hélas obligée, avec la mort. Mais faut-il rappeler que c'est dans cette précarité, justement, que la poésie acquiert toute sa signification et, pourquoi pas, son utilité? Les poètes palestiniens sont peut-être des poètes de l'urgence, mais l’urgence qui est la leur n'est pas celle qui s'arrête à la cause immédiate du poème. C'est une urgence de la poésie.

abdellatif laabi
1754856 Publié le 31/08/2006 à 19:00 supprimer cette contribution
rhlat el bagra
daube + daube = daube
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