ours
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L'ours...

Impression :

(Détail)
L’hiver recouvrait de son blanc manteau le sol, les arbres et les maisons. Il faisait particulièrement froid cette année et l’ours avait réintégré sa caverne plus tôt que les années précédentes. A l’intérieur, une odeur de fauve, tenace et persistance régnait et empêchait le plus téméraire et le plus courageux des animaux d’y pénétrer.

L’ours était réputé pour son sale caractère et personne ne se serait permis de le réveiller.

Un orage éclata ; l’ours remua. Ses gestes étaient saccadés. Ses membres étaient engourdis. Il changea de côté. L’espace de quelques secondes, il ouvrit un œil, huma l’air ambiant. Dans la pénombre de la grotte, il sentit la présence de l’homme…

Vivement, il se dressa. Ecouta… maladroitement, encore dans les brumes du sommeil, il s'avança en titubant vers la sortie.

Plus il s’en approchait plus son nez s’agitait. Ses oreilles étaient à l’affût du moindre bruissement. Les poils de son échine se dressèrent… il contourna un gros rocher pour mieux distinguer ce qui se trouvait aux alentours et flaira une odeur très forte, une odeur qu’il détestait, très désagréable… Il grogna sourdement et accéléra le pas. Soudain, avec une rapidité fulgurante, il se dressa de toute sa hauteur, écarta les pattes avant et sortit ses griffes… ses oreilles étaient plaquées sur sa tête… il était furieux ! Devant lui se trouvait un homme… il le voyait nettement dans la pénombre de la grotte. Il fonça sur l’homme l’air menaçant mais l’homme ne bougea pas. Il était couché sur le sol humide et froid… seuls ses yeux observaient l’ours qui s’approchait de lui en gesticulant et en hurlant.

- Qui es-tu, inconscient… pour te permettre de me déranger dans mon sommeil !?… gronda l’ours. Nul ne peut pénétrer ma demeure !!

Comme pour affirmer ses dires, il gronda haut et fort, en tendant ses pattes, griffes grandes ouvertes.

L’homme, couché, se mit à siffler doucement une mélodie tout en ajustant son fusil avec des gestes doux. L’ours était terriblement impressionnant… énorme. Il devait bien peser dans les 800 kgs si ce n’est plus !!!

L’ours entendit cet air et s’arrêta net. Il l’écouta en penchant la tête et s'asseya sur le sol lentement, ses pattes avant pendantes le long de son corps… L’homme continua de siffler… l’ours dressait les oreilles et les pointait vers l’avant. Il ne bronchait pas… seuls quelques petits grondements de temps en temps sortaient de sa gorge.

- je connais cet air, dit-il à l’homme. Mais oui… je le connais !!! Qui es-tu ?!…

L’homme ne répondit pas. Il continua de siffler. L’ours resta à quelques mètres de lui, il l’observait, sans bouger…

L’homme cessa de siffler et essaya de bouger mais il était blessé. Il ne pouvait pas se déplacer et le froid l’avait engourdi. Il utilisa son fusil tel un bâton, pour se dresser, bien qu’il ne pouvait s’en séparer… il parlait bas, doucement, calmement…

L’ours se dressa, méfiant, les sens en alerte mais la curiosité était la plus forte. Il s’avança d’un pas puis de deux… et se trouva aux côtés de l’homme. Il le renifla de la tête aux pieds… en poussant de petits grognements.

- que fais-tu ici ? demanda t’il à l’homme.
- Je suis blessé… j’avais besoin d’un abri…
- Je te connais n’est-ce-pas ?…
- Oui… je crois bien…
- Ce refrain que tu siffles… qui te l’a appris ?…
- Mon père… il y a très longtemps… je n’étais qu’un petit garçon… moi-aussi je pense te connaître, tu sais… et j’espère ne pas m’être trompé en venant ici…
- Tu es l’homme qui m’a sauvé des chasseurs d’ours, c’est ça !?… il y a des années… répondit l’ours… C’est bien toi ?!…
- Oui… c’est bien moi… et cette fois, j’ai besoin de ton aide… je ne peux pas bouger, j'ai une jambe brisée et avec la neige… si je ne soigne pas rapidement mes plaies, elles vont s’infecter.

Il ne fallut que quelques secondes à l’ours pour se remémorer son enfance…

Sa mère venait de mourir, tuée par des chasseurs. Il pleurait contre sa mère et cet homme l’avait défendu contre les deux hommes d'en face. Il l’avait pris dans ses bras et s'était enfui en courant comme un fou à travers la forêt pour le protéger… Il revoyait la maison isolée… la femme… les caresses… les jeux… les veillées nocturnes près d’un bon feu de bois… la séparation… terrible… lorsqu’il fut capable de vivre sa vie d’ours… les larmes du couple… les siennes…

L’ours prit doucement dans sa patte la main de l’homme et du bout du nez la renifla. Il se mit à la lécher doucement, sans précipitation. Il avait beaucoup changé… La vie sauvage lui avait presque fait oublier les gestes des humains mais il ne voulait pas effrayer ni blesser celui qui l’avait tant aimé...

- dis-moi ce dont tu as besoin pour te soigner… je vais aller te chercher les herbes qu’il te faut…

Il revint une heure plus tard, les pattes chargées de plantes et d’herbes diverses. Il les mâcha pour en faire de la pâte et les plaça dans la main de l’homme qui les appliqua sur les plaies béantes. L’ours cassa de la glace et la fit fondre en se servant de sa chaleur, en enfermant la glace dans ses pattes. Il fit couler doucement la glace fondue sur le visage de l’homme, pour le désaltérer puis il quitta la grotte pour revenir avec quelques petits gibiers…

Enfin, la nuit tomba. L’homme grelottait. Le froid et la fièvre sans doute… alors, doucement, l’ours se colla contre lui pour le réchauffer et l’entoura de ses pattes. Il utilisait son corps comme un rempart… un rempart contre le froid, un rempart contre les prédateurs… il faisait de son corps un rempart d’amour… L’homme, confiant, glissa dans le sommeil…

La fin de l’hiver approchait et la jambe de l’homme guérissait. La plaie n’était pas belle mais l’infection était partie après de longues semaines. Il était temps pour lui de rejoindre sa famille qui devait être folle d’angoisse.

Il remercia l’ours et lui fit la promesse de revenir. La séparation fut pénible. Ils avaient tellement de merveilleux souvenirs en commun…

Pour la seconde fois, l’ours regarda l’homme s’éloigner.

Enfin, l’homme arriva chez lui. Sa famille, ses amis, tous étaient heureux qu’il soit en vie, qu’il soit là… enfin !! Sa présence effaçait des mois d’inquiétudes. On organisa une petite fête de manière improvisée. Chacun apporta un petit quelque chose. Tous s’en fichaient !!! Il était là…

L’homme était heureux mais il y avait dans ses yeux une lueur de tristesse, une ombre à son bonheur.

Un an plus tard, on ne parlait plus de son absence. Ils avaient tous repris leurs occupations. Mais l’homme, lui… n’avait pas oublié.

Une nuit, un léger frottement résonna contre le mur et le fit sursauter. Il se leva, prit son fusil et sortit doucement, sans faire de bruit. Il scruta la nuit en silence… Du côté de la grange, il y avait de légers bruits… Doucement, il prit cette direction. Tous ses sens étaient en éveil. Les animaux sauvages peuvent être très dangereux… En approchant de la grange, il pensa qu’il fallait qu’il répare la porte qui avait toujours été difficile à fermer...

Il l’ouvrit doucement, le fusil vers l’avant… scruta la pénombre, ne vit rien… à tâtons, il prit la lampe à huile qui se trouvait sur le côté et éclaira la grange. Face à lui se trouvait un ours, un géant, un énorme ours… épuisé de fatigue, allongé dans la paille… En voyant l’homme, il leva une patte qu’il tendit vers lui mais resta couché… il était essoufflé et son souffle était bruyant… L’homme pressa le pas et se dirigea vers lui. De sa lourde patte, l’ours le caressa, docilement. Il était blessé et perdait beaucoup de sang… encore des chasseurs… pour la fourrure.

L’homme lui dit :

- je vais à la maison, j’arrive. Je vais te soigner… restes ici surtout…

Il fonça chez lui et dit à sa femme qui s’était levée, inquiète, de faire bouillir de l’eau et de préparer des linges… Il expliqua rapidement qu’un animal blessé se trouvait dans la grange et qu’il fallait absolument le soigner…

- je n’ai pas le temps de t’expliquer, c’est urgent mais fais ce que je te demande !

Elle connaissait son mari, elle savait qu’il ne faisait pas ça sans raisons… Elle ne posa pas de questions et fit ce qui lui dit.

Il prit la boîte à pharmacie, en fit le tri rapidement. Avant d’entrer dans la grange, il dit à sa femme :

- surtout ne dis rien et reste près de la porte…

Elle ne répondit pas. Elle savait…

Il siffla la mélodie. Il s’approcha sans gestes brusques d’une forme sombre, allongée dans la paille, gémissante… Elle retint un cri…

Il s’affairait autour de l’ours qui se laissait faire. Elle approcha lentement, très doucement… la mélodie... L’ours la regarda sans crainte. Il connaissait son odeur. Il savait qui elle était. Elle voulait aider son mari mais ne savait comment faire…

- qu’est-ce que tu fais ??…
- je soigne « notre » ours, tu te souviens ?
- notre « ours », tu es sur ???
- oui !!! c’est lui !!
- mais… ce n’est pas possible… comment …

Il ne répondit pas et retira la balle sans que l’ours ne bronche… Elle n’avait pas réalisé qu’elle tenait la patte de l’ours dans sa main et qu’elle la caressait doucement. Elle pleurait en silence…

- il a drôlement changé notre ourson, dis donc…
- eh oui… il est adulte …
- tu crois qu’il me reconnaît ?
- oh oui !! J’en suis certain !... tu sais... c'est lui qui m'a sauvé l'hiver dernier... c'est lui qui m'a sauvé ...

Elle lui caressa les babines et l’ours la regardait, heureux… il se laissait aller… Enfin le sommeil le gagna.

Plusieurs semaines s’étaient écoulées. L’ours s’était très bien rétabli mais ne semblait pas pressé de les quitter. Pourtant, un jour, l’homme comprit que le moment était arrivé. Il a des cris dans la forêt qui ne trompent pas...

Ils discutèrent très tard dans la nuit autour d’un feu de bois et au petit matin, l’homme l’accompagna jusqu’à l’orée du bois. L’ours, en marchant, dandinait de la tête et l’homme boitait… Dans sa musette, l’homme avait du lait, de la viande séchée, du poisson séché et des céréales. Il passa la musette autour du cou de l’ours et lui dit :

- c’est pour la route. Vas mon ami !!! … et revient nous voir !!!

L’ours s’éloigna lentement pendant que l’homme sifflait sa mélodie en le regardant…



Enregistré le 7 Avril 2011 à 15:28
par 2764928

Oeuvre Originale

Auteur :
bellejournée

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