pere,ben
Forums > Plaisir d'écrireAller à la dernière page
<< Précédent |

Le père Ben.

| Suivant >>
Ecrire une réponseAjouter à vos forums favoris
913080 Publié le 24/03/2004 à 19:17 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Le père Ben.


Benjamin et Benjamine s’aiment depuis vingt ans et depuis leurs vingt ans. Marrante, cette homonymie amoureuse, dont leur fils s’amuse depuis qu’il a été en âge de la comprendre. Vers les dix ans, il a arrêté de les appeler papa maman, et a navigué entre des « Paul et Pauline » avant de se décider pour « Père Ben » et « maman Ben ».

Un filou, l’aîné Bernard ; toujours prêt pour une gadoche, comme il dit : faire brouter le bon bourgeois, à seize ans, le met en joie. Et que je te me la joue bandana, coiffure façon moulin à légumes, baggies raz du cul, portable vissé et tout l’attirail. Au bahut, c’est un leader. Normal c’est lui le meilleur en maths. Une tronche rigolote, jouant son rôle de homard teenageant, avec même l’acné en bataille.

Les filles en pleurent tellement il est beau ! Les parents « Bens » supportent pourvu que les notes suivent. Petit frère Julien s’en fout tant que Bernard ne vient pas l’emmierder sur sa Xbox, et petite sœur Sandrine l’aime comme un télétubby supplémentaire.

*************

18 mars 2006

Bernard rigole encore avec Bichon et Bichette, ses deux potes de première SVT, pour le coup qu’ils ont fait il y a deux semaines à Eve-Charlotte, celle qui porte des cols Claudine.
La manip consiste à examiner au microscope le résultat d’un frottis buccal. Prélèvements fastoches, et tout le monde s’applique à déposer le résultat sur sa plaquette et à installer celle-ci sous son microscope.

Ce fêlé de Bichon est parti aux toilettes (quel branleur, celui-là !) pour prélever manuellement et agréablement une substance plus intime de son corps ; Bernoche, complice, a facilement détourné l’attention de la rougissante Eve-Charlotte pendant que Bichon s’occupait de la substitution de plaquette…

La fayote trouvant que ses cellules épithéliales n’ont pas la même allure que celles décrites par le reste de la classe, elle craint vite le fiasco et appelle madame Bombeur à la rescousse :
- Je ne comprends pas, madame, ça bouge.

Madame Bombeur examine ; trois fois ; elle hésite, regarde la Charlotte d’un air entendu et jette un œil aussi circulaire que froid sur les garçons de sa classe : ils sont rares, et les coupables ont tous cette concentration excessive et ricanante qui les désigne.

- Mademoiselle, vous devriez vous laver les dents plus souvent…

Qué rigolade ! Mais aujourd’hui, Bernard se chope un 2/20 avec le commentaire : « copie trop sale » !
Aucun humour la mère Bombeur. On va lui faire comprendre sa douleur, hein, les mecs ?
**************
913080 Publié le 24/03/2004 à 19:56 supprimer cette contribution
20 mars 2006

Comme tous les jours, madame Bombeur range sa bicyclette dans le local idoine et prévu à cet effet, garni de fesses pudiques destinées à recevoir les roues avant gonflées des ustensiles sus-dits, lequel local est ouvert, mais surveillé par l’œil étroit d’un concierge dont les siestes avinées sont légendaires.

Un trio passe à l’action : pendant que Bichette fait le guet, Bernard pique la bécane, la transmet à Bichon (quel branleur, celui-là !) qui est le seul assez costaud pour envoyer l’engin par-dessus la grille dans le jardin de Fortunée Lamiche, retraitée.

Qué rigolade ! L’exploit a fait grand bruit dans le lanterneau potachier. Subjugués, nos trois Pieds Nickelés fourbissent d’autres plans…

26 mars 2006

Fortunée Lamiche étant hospitalisée depuis trois jours, elle se fout bien de ce qu’il peut bien se passer dans son jardin.

La trottinette électrique de monsieur Laplanque, prof de maths, ainsi que celle de ce petit de Brice, le fils de Madame le Proviseur, ont disparu.

Celle-ci mène son enquête, discrètement mais rapidement ; ses moyens sont simples, ses soupçons sont rapides vers Bernard et ses acolytes. Elle dépose plainte pour vol.

« Vol en bande organisée , Madame le Proviseur, si je comprends la situation » lui précise, méthodique, le pandore qui la reçoit avec déférence.

***************
913080 Publié le 24/03/2004 à 20:26 supprimer cette contribution
2 avril 2006

Faut glander un peu avant de rentrer au lycée ; c’est obligatoire si tu ne veux pas passer pour une Eve-Charlotte. Et puis il fait bon commenter les exploits, l’air de pas en foutre une, alors que tu as bûché toute la soirée l’interro de maths à suivre.

Bernard soutient le mur d’entrée, la clope au bec et le cul presque à l’air. Le type qui le rejoint en compagnie de Bichon (quel branleur, celui-là!) a une bonne bouille. Ils ont l’air d’avoir fait un deal, ces deux-là, tranquille.

L’autre s’appelle Michel, et félicite les mecs pour leur blague ; tranquille.

« Et vous allez leur rendre, à ces cons, leurs véhicules ? Sinon, moi, je m’en occupe, si vous voulez… Je peux débarrasser la mère Lamiche, tranquille. »
« Nous ? mais on s’en fout ! répond Bernard en rentrant, la tête déjà dans son ensemble E tel que i au carré égale moins un... tranquille »

Michel retourne à sa camionnette, content de lui : article 706-82, il n’a pas « incité » au délit, il a juste donné les moyens.

4 avril 2006

21 heures… Bernard n’est toujours pas à la maison . Benjamin a téléphoné partout, Benjamine pleure, Julien et Sandrine se font tout petits, petits…

21 heures 30… téléphone : c’est la police. Bernard est au commissariat en garde à vue.
947691 Publié le 24/03/2004 à 20:46 supprimer cette contribution
Tiens, un bol d'air...

Merci Carlow
913080 Publié le 24/03/2004 à 21:02 supprimer cette contribution
913080 Publié le 24/03/2004 à 21:03 supprimer cette contribution
Mais quoi ? qu’est-ce ? qu’a t’il fait ? Benjamin n’obtient aucune réponse du fond noir de sa nuit blanche. Maman Ben se triture les phalanges en navigant à vue dans son salon .

« Je ne peux pas vous en dire plus et vous déplacer ne servirait à rien, a dit le flic. »

5 avril 2006

8 heures 10 : enfin un coup de fil agréable : maître Barot, avocat de permanence, explique à Benjamin que le fiston va bien, qu’il est interrogé sur « une affaire le concernant », et qu’il devrait rentrer sous 24 heures, mais qu’il n’en sait pas plus… et que se déplacer ne servirait à rien.

Benjamin a déjà entendu ça… Benjamine ne veut plus entendre. Julien s’enferme dans sa chambre et la voisine emmène Sandrine à l’école. Il pleut.

18 heures : maître Barot rappelle ; tout va bien pour Bernard, qui est en bonne santé comme l’atteste une certificat médical qu’il détient en mains propres. Non, il ne rentre pas ce soir, car l’interrogatoire n’est pas terminé. Oui, il l’assiste mais n’a toujours pas le droit d’en dire plus. Non, ça ne peut pas durer plus de 96 heures ; article 706-88.

18 heures 30 : on sonne ; Benjamin va ouvrir, fou d’espoir ; deux agents EDF viennent relever les compteurs. Ils en ont profité pour « vérifier l’installation ». Le père Ben a bien l’impression qu’ils ont installé des trucs bizarres, et maman Ben lui ressert son délire paranoïaque de micros et caméras, venant se rajouter aux écoutes téléphoniques…

« Mais arrête, un peu ! tu crois pas qu’ils ont autre chose à foutre ? »

article 706-96

………….
634723 Publié le 24/03/2004 à 21:48 supprimer cette contribution
directement de PPDD à 2006

excellent!!!!!
588138 Publié le 24/03/2004 à 23:36 supprimer cette contribution
La suite Carlow! La suite!!!!
913080 Publié le 25/03/2004 à 18:20 supprimer cette contribution
Les journées du 6 et du 7 avril seront les plus atroces de la vie de Benjamin. L’angoisse l’étouffe, lui ferme l’anus, lui pique derrière les yeux. Il n’a plus d’envies, plus de projets, plus d’ongles.

Il a déjà raccroché deux fois au nez de Madame le Proviseur, dont l’acidité lui devient insupportable, et une fois au nez de maître Barot, dont l’inutilité lui paraît de plus en plus évidente.

Benjamine se lève quand il se couche, se couche quand il se lève ; elle navigue aux vents de l’hystérie ou dans le pot au noir de l’abattement le plus immobile.

Le 7 vers dix-sept heures Bernard sort enfin de garde à vue mais pour se retrouver, dans la foulée et par panier à salade, déféré menotté devant un juge d’instruction débordé qui le met en examen, les faits étant avérés et avoués.

Après dix minutes d’un non dialogue attentivement écouté par Barot, le juge téléphone à son collègue « juge de la détention et des libertés ».

Bernard est mort de trouille ; il comprend que le gars entend lutter efficacement contre l’insécurité des trottinettes, des lycées, des filles à col Claudine et des retraitées.
Bingo ! Il est placé en détention provisoire, en taule, pour plusieurs mois peut-être, Barot ne pouvant préciser.

A la maison, Julien et Sandrine s’enferment dans un profond mutisme.

…………………
913080 Publié le 25/03/2004 à 19:03 supprimer cette contribution
11 avril 2006

Trois heures du matin. Ben ne vit plus depuis une semaine, mais il mange, il chie à nouveau, et dort sur le canapé. Une sonnerie striduleuse accompagnée d’un tambourinage persistant le tire soudain du coton. Il patine jusqu’à la porte, au jugé.

Cinq flics s’engouffrent dans la brèche ; pendant deux heures, ils retournent toute la baraque ; ils crèvent les coussins, vident les tiroirs, démontent la bibliothèque, fourchettent la barquette de margarine.

Cette perquisition en pleine nuit a du bon : elle permet enfin à la famille de se retrouver, les gosses et Benjamine s’étant blottis autour de Ben sur le canapé. C’est ainsi affectueusement entouré par les siens qu’il finit sa bouteille de whisky.

Article 706-91

12 avril 2006

Faut réagir pour les petits ; faut les protéger ; décision est prise de les envoyer chez leur grand-mère maternelle, même si ça brûle les claouis de Ben. La belle doche !
M’enfin… ravie et roucoulante du bonheur de se rendre utile, « mamie Marine » se pointe vers deux heures. Evidemment, elle jacasse pendant un quart d’heure sur le problème de la délinquance, allusionne tant qu’elle peut, la finaude, sur « le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui ».
Ben serre les dents, les poings, les fesses. Jusqu’à la dernière remarque, celle qui concerne en particulier l’éducation « pas laxiste mais tout de même un peu bizarre » que Bernard a reçue.
C’en est trop ; Benjamin pète les plombs, il hurle et tire de violentes bordées contre la Marine qu’il secoue à bras raccourcis. Mamie emporte rapidement les petits, en se protégeant des baffes imaginaires que son gendre veut lui foutre.
Ouf ! Elle est partie !

Or, depuis la visite des deux comiques EDF, Benjamin est écouté et filmé.

……………………
913080 Publié le 25/03/2004 à 19:43 supprimer cette contribution
Quand « papi Jean-Marie » est venu porter plainte, les flics sont déjà au courant. Benjamin est convoqué, placé en garde à vue, puis mis en examen pour « violences sur personne vulnérable ». Il encourt trois ans de prison.

C’est le procureur qui le convoque à la fin de sa garde à vue. Ben est ailleurs, hébété, sur un nuage sombre d’orage d’été.
Le proc est indigné, outré par la violence et l’alcoolisme de Ben, et ne s’étonne pas que Bernard ait si mal tourné, assidu à son trafic de chichon.
« Du shit ? mon fils ? demande Benjamin. »

La question n’est plus là, et les rapports de l’administration pénitentiaire suivront leur cours. Nous verrons cela plus tard, comptez là-dessus.

Le procureur, une cassette vidéo à la main, demande à Benjamin s’il reconnaît sa culpabilité, sans toutefois lui indiquer de quelle culpabilité il s’agit. Rapide coup d’œil sur l’inévitable maître Barot, devenu avocat de la famille.

OUI.

Puisqu’il ne conteste pas les faits, le procureur propose à Ben quatre mois de prison ferme, en lieu et place des trois ans qu’un procès mal mené pourraient lui procurer (à Ben, pas au procureur), et pour solde de tous comptes. Arrogant, il enfonce le clou en lui disant :

« Devant la gravité des faits qui vous sont reprochés, je trouve que vous vous en tirez bien. »
Maître Barot conseille de remercier.





Sur le trajet de la prison, Benjamin a arrêté de se ronger les ongles. Une titillation est venue subitement réveiller sa mémoire détruite ; le puzzle se rassemble d’un seul coup !

Au cours de l’hiver 2004, des avocats s’inquiétaient de l’entrée en vigueur de la Loi Perben. Ils gueulaient, les gars…

Benjamin, lui, maintenant, il HURLE tout ce qu’il sait.

913080 Publié le 25/03/2004 à 19:47 supprimer cette contribution
Cette fiction, tirée d'un rapport de stage d'avocats du barreau de Paris, est basée sur des "articles" qui sont tous contenus "in extinso" dans la loi dite Perben II.

RIEN de ce qu'il s'y est passé n'est illégal aujourd'hui....
588138 Publié le 25/03/2004 à 22:39 supprimer cette contribution
m'étonne pas de toi!!!!
Carlow et continue scongneugneu !!!!!!!!!!!!!!
913080 Publié le 02/10/2004 à 18:01 supprimer cette contribution
et re...
634723 Publié le 03/10/2004 à 09:42 supprimer cette contribution
et merci!
Page 1

Forums > Plaisir d'écrire Ecrire une contribution Retour au début de la page


<< Précédent | Le père Ben.| Suivant >>

Accueil | Conditions générales | FAQ | Contact | Créé par CAPIT
 Accueil
 Mon Menu Perso
 Rencontre
 Messagerie
 Chat
 Espace membre
 Expressions

 Vos textes
 Concours

 Poésie
 Les Auteurs
 Le top 30

 Déclaration d'amour
 Les Auteurs
 Le top 30

 Albums photos
 le top 30

 Plaisir d'écrire
 Plaisir de lire

 Les chansons
 Les contes
 Les nouvelles
 Les journaux
 Les discours
 Les présentations
 Les chroniques

 Forum
 Santé
 Sexualité
 Mariage
 Astrologie
 Jeux
 Voyager
 Humour
 Editorial
9 connectés au chat
31 connectés au total
Consulter l'annonce
ajouter aux favoris Le père Ben.