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Petite fleur

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913080 Publié le 19/05/2005 à 19:16 Demander à la modératrice de supprimer ce forum
Il est surprenant parfois de constater à quel point certaines gens ne vieillissent pas.

Le temps semble oublier de creuser dans leur visage les rides qu’il distribue si copieusement à tout un chacun d’entre nous le commun des mortels que chaque seconde blesse avant l’assassinat par la dernière qui nous montre que l’éternité c’est long surtout vers la fin et qu’il est temps que je termine ma phrase.

Ma Marguerite a quarante-trois ans, une chute de reins mortelle moulée dans un jean de djeuns. Elle est lippue, Marguerite, avec de grands yeux mauves souriants dans une rousseur flamboyante. Le tout grêlé de taches mutines.

Ce que j’aime le plus chez elle, c’est moi : elle éclate de rire dès que j’ouvre la bouche. Je pourrais lui dire la météo qu’elle en ferait un sketch.

Mais parfois son regard prend comme une sorte de gravité insondable… Sa respiration devient plus courte, ses yeux se troublent un tantinet, un fil saliveux vient au coin de sa bouche et la panique me prend les tripes : cette femme m’aime. Doucement, avec retenue. Elle me le crie en silence et ça me fout la trouille. Dire « Je t’aime » est tellement difficile !

Comment expliquer ?

Je rentre de la pêche. Bon. Je suis un peu fourbu, et j’essaye de ne pas trop sentir le sandre déjà vidé que je compte caler dans le congélateur. Bon.
Elle m’accueille en rigolant de l’odeur poissonneuse de mes mains. Se poile sous ma douche en me voyant m’embaumer. Et te me frotte la quicounette dans un éclat de rire très gênant : m’enfin, chuis propre sur moi, non ?

Elle est comme ça, ma Margot, toujours à rire de moi, ou par moi.

Comment ce peut-il faire qu’un tel bonheur puisse exister ? Comment une telle chose peut-elle m’arriver, à moi ?

Et elle continue à me considérer de son air de pas airs… je tremble, elle tremble et nous nous reniflons à lèvres que veux-tu.

Tout mon vieux corps fatigué par les excès que je lui ai imposés s’était toujours refusé à dormir en touchant quelqu’un d’autre. Marié pendant vingt-trois ans, mon lit était un cent-quatre-vingts de large, avec matelas indépendants. Toi marié avec moi mais moi pas dormir si toi me toucher sauf crac-crac.

Mais là, là, avec Marguerite, on scotche nos rêves dans la même respiration.

Au matin, mon envie bandante de pisser la fait rigoler (bien sûr). Ensuite, je reviens toujours renifler le plumard avant de partir au boulot.

Chhhcrougner un peu avec ma belle me fera la journée.

C’est pas juste, une telle amour !
709689 Publié le 19/05/2005 à 20:37 supprimer cette contribution
Et c'est pas normal, une telle émotion!
^-^zaz - 227027 lui écrire blog Publié le 19/05/2005 à 21:31 supprimer cette contribution
Faute d’avoir l’une et l’autre… j’vais siroter des marguaritas... en écoutant Petit fleur
1012529 Publié le 19/05/2005 à 21:58 supprimer cette contribution
(soupir)!

1103900 Publié le 19/05/2005 à 22:19 supprimer cette contribution
vivent les Marguerites et les hommes qui les épanouissent!
1290740 Publié le 20/05/2005 à 00:07 supprimer cette contribution
après tout ça j'sais plus quoi écrire ... mais
634723 Publié le 20/05/2005 à 10:10 supprimer cette contribution
hou! hou! il est amoureueueueux ! il est amoureueueueux!

et ça fait drolement plaisir!
913080 Publié le 20/05/2005 à 18:18 supprimer cette contribution
il est namoureuuuux...

aïe aïe, domi: c'est pas moi. C'est juste une histoire de plus. Hélas... Un rêve écrit...

J'espère que vous me suivrez quand même.
913080 Publié le 20/05/2005 à 19:31 supprimer cette contribution
Il faut que je raconte comment je l’ai rencontrée. C’est indispensable sinon tu vas fermer le bouquin, curieux contrarié comme je te sais.

Je pêche, je l’ai déjà dit. A Garonne le sandre et dans les Pyrénées la truite à la mouche. Le sandre, c’est plutôt facile et commun.

La mouche, c’est tout un univers… qui date des Romains.

Je te comprends, profane : pêcher à la mouche, c’est leurrer un poisson avec un hameçon flottant lancé à l’aide d’un « fouet » difficile à maîtriser et enrobé de plumes d’origines diverses destinées à lui faire croire que c’est un insecte flottant sur l’eau qu’il peut gober sans crainte et ainsi se faire pécho comme un imbécile et ramener vers la berge du tueur que je suis pour le bouffer sans le moindre souci écologique et ça fait la deuxième phrase que je ne termine pas assez vite.

Ce jour-là, fin mai, j’étais au bord du Garbet à faire le héron…

Le Garbet est un torrent qui descend d’Aulus, en Ariège, et qui vient accessoirement grossir le Salat lui-même affluent de la Garonne. Son lit est très particulier, fait de galets blancs, ce qui lui donne une couleur cristalline unique. Dans ses eaux, des truites qui savent lire et écrire : visibilité maximum, camouflage impeccable et pureté de l’eau inégalée. Sans doute un des parcours les plus difficiles de France. Mon parcours préféré.

Au-dessus d’Ercé (patrie des montreurs d’ours), je faisais donc le héron. C’est-à-dire qu’assis sur une bonne berge mousseuse, adossé à un frêne, je badais la rivière sur le coup de neuf heures. Canne en main, clope aux lèvres, je venais d’arriver.

Il faut bader, dans ces cas-là : tu te tais, tu attends. Et au bout d’un quart d’heure, tous les bruits environnants deviennent tiens. L’eau coule, le vent bruisse, ton cœur bat…

Et tout-à-coup : gloup ! une truite vient de gober. Quoi ? Ne pas se précipiter… attendre le deuxième, le troisième … et s’imposer cinq gloups avant de décider quelle mouche tu vas monter pour jouer avec elle.

Je ne savais pas, ce jour-là, que j’étais moi aussi observé…

Je me lève doucement, choisis une « olive cerclée de noir sur N°16 montée à l’envers », fil de dix centièmes couleur « tortue tabac », donc très faible, et me mets à fouetter lentement.

Je sais que derrière moi j’ai une passerelle à vingt mètres en aval, sur ma gauche un buisson, et que la division du courant peut faire draguer ma mouche de façon irrémédiable.

Lancer impec, gobage idoine, ferrage en douceur et je te me ramène une de ces « blondes du Garbet » que tout le monde aime. Comme évidemment j’avais pris soin d’écraser l’ardillon de mon hameçon, je me contente de l’admirer et je la relâche en pleine eau, sans même l’avoir touchée.

« Pourquoi vous faites ça ? »
Qui quoi ? qui me parle ? Je reviens sur la berge en claudiquant sur les galets en considérant cette forme assise sur la passerelle qui semble m’avoir interpellé.

« Quoi? ça ? »

Et la personne que j’avais à peine entrevue me dit entre deux rires :

« Ben oui, vous avez attrapé un poisson que vous n’avez même pas touché et que vous avez laissé partir ! »

« Et puis vous avez un chapeau rigolo ! »

C’est vrai : mon chapeau de pêche est un véritable Stenson, ramené d’Amérique par mon frère, mais dont le feutre est détruit depuis de longues nuits humides ; on dirait un chapeau d’épouvantail. Mais je l’aime !

Bref : sur la passerelle elle m’interpelle.

Je fulmine : comment n’ai-je pas vu cette intruse intruser. Elle m’observe depuis plus d’une heure et en fait gorge déployée ?? Elle a un sac à dos, des lunettes noires, et l’intention, me dit-elle, de « faire la rando de la cascade d’Ars ».

Je m’assieds avec elle sur la passerelle.

Elle enlève ses lunettes.
634723 Publié le 21/05/2005 à 00:01 supprimer cette contribution
et le soleil perd de son éclat....

mais je ne vais pas écrire à ta place carlow... moi aussi je m'assois et j'attend tranquillement la suite
913080 Publié le 21/05/2005 à 18:26 supprimer cette contribution
Je sais que l'ensemble paraît incohérent...

Patience.
913080 Publié le 21/05/2005 à 18:26 supprimer cette contribution
Elle enlève ses lunettes.

Je garde les miennes.

Et je me demande pourquoi mon sternum s’enfonce à ce point dans ma poitrine, tandis que j’essaye stupidement de sécher ma mouche au chiffon passé dans ma ceinture.

Un tombereau de pourquois me brouille la vue et rend mes doigts imbéciles.

Pourquoi suis-je sorti de l’eau ? Pourquoi m’être assis auprès de cette personne ? Pourquoi lui avoir répondu, moi qui abhorre être interrompu dans ma pêche ? Pourquoi m’a t’elle parlé ?

D’habitude, à la question « Alors, on pêche ? » je réponds « Non, je tente un birdie sur le treizième, par quatre. » ; ou bien « Ca mord ? » « Beaucoup ! méfiez-vous ! laissez les mains dans les poches. »…

Un rapide coup d’œil sur son regard me donne bien une piste, mais non : c’est trop beau pour être vrai.

Et elle a l’outrecuidance de s’étirer et de défaire un chouchou qui me révèle une mousse rousse autour d’un visage mutin. Le must de Marguerite, c’est son nez légèrement busqué : le défaut qui sublime l’ensemble. Je décide immédiatement que si elle se fait refaire le nez, je ne l’aimerai plus.

Et toi qui me lis, tu dois bien sûr te dire que je suis complètement parti en sucette. Faut me comprendre : j’étais éparpillé par cette rencontre incongrue, et j’ai dû prendre mon temps pour rassembler mes morceaux.

Donc, elle reprit :

« Vous avez un drôle de chapeau ».

« C’est plus un chapeau, c’est à peine un galure ».

« Vous ne m’avez pas répondu ».

« Ben si, c’est juste un couvre-chef, contre le soleil, quoi, et les reflets sur l’eau… »

« Non, ne faites pas l’idiot : pourquoi avez-vous relâché ce poisson, sans même le toucher ? Ca vous plaît de leur faire mal ? »

Je me suis alors lancé dans une explication très technique et philosophique sur l’écologie pondérée par mon besoin animal de prélever.

La partie artistique, constituée par la fabrication de mes propres mouches, la minutie du montage aux soirs d’hiver, l’inutilité que je trouvais au collage au vernis qui alourdit le leurre, le prélèvement de quatre poils sur mon chien Droopy qui, vexé, passa trois jours sous le canapé, mon bonheur d’avoir trouvé une taupe morte dont le pelage, savamment salé et conservé me fournissait encore un dubbing incomparable, le coq miel de tata de Betchat dont j’avais conservé le cou pour sa couleur hyaline, la légèreté des hameçons Mustad à longue hampe que j’avais dénichés à bas prix sur la foire de Nasbinals et la lourdeur de mes phrases quand on ne m’arrête pas, pour la troisième fois.

La partie écologique… ma foi, je ne pense pas trop traumatiser mes truites : je lui rappelle que l’hameçon n’a pas d’ardillon et que je ne touche même pas mes prises : il suffit juste de les secouer un peu dans l’eau et elles vont revivre leur vie. D’ailleurs, certains signes ne trompent pas : j’en ai pris quelques-unes plusieurs fois.

« Et là, vous ne pêchez plus ? »

« J’écoute, je regarde, donc je pêche. »

Elle fait un saut de fesse sur sa gauche. Rapprochant. Nous nous touchons presque.

« Tu m’apprendras ? »
908884 Publié le 22/05/2005 à 20:50 supprimer cette contribution
Citation:
Et toi qui me lis, tu dois bien sûr te dire que je suis complètement parti en sucette

meuuuuuuuuuuu nan
la suite ! j'adore
687672 Publié le 23/05/2005 à 12:48 supprimer cette contribution
la suite svp
913080 Publié le 23/05/2005 à 20:09 supprimer cette contribution
« Tu m’apprendras ? »

Ce tutoiement soudain m’uppercute.
Je ne respirais plus, il ne me restait qu’un neurone et demi, un air ballot, et toutes les truites du gave qui rigolaient en gobant à pleines ventrées.

Je décidai donc de prendre mon air blasé numéro un, le « taiseux énigmatique », celui qui est tranquille dans sa vie et dans toutes les circonstances. J’annonçai donc, péremptoire :

« S’cuse moi, faut que j’aille pisser ».

Quelle classe, n’est ce pas ? Sans attendre la moindre réponse, j’étais déjà à trente mètres derrière un bosquet d’aulnes à me tripoter popaul qui n’avait rien à me dire (s’il savait parler, ça se saurait) mais qui m’aidait à faire semblant d’avoir une contenance vide par ailleurs du liquide qui aurait pu justifier ma fuite éperdue et dont je secouai au bout de deux minutes la goutte absente qui eût pu justifier ma fuite mais pas la longueur de cette interminable phrase quatrième du genre.

Ce qui m’a fait le plus chier dans ma putain de vie m’a aussi donné mes plus grands bonheurs : elle était toujours là. Allongée. Sur la passerelle. En train d’observer l’eau passante.

Mais j’avais un peu rassemblé mes morceaux.

« Tu fais la Cascade d’Ars ? On dit d’ Arse, aussi… »

« Ben oui ; on m’a dit tu prends à droite après le pont d’Ercé, tu traverses la passerelle et le chemin te monte à la cascade ».

Elle se fout de moi ou quoi ? Non, madame : si tu suis ce chemin, tu grimpes au Tuc de l’Adosse, et encore t’es pas arrivée au bout vu que c’est pas signalé.

Je lui explique donc que « on » l’a trompée : faut pousser jusqu’à Aulus, six bornes plus en amont. Puis tu traverses le patelin, prends le Col de Latrape et dans le premier lacet, à gauche, le départ vers la Cascade d’Ars ou d’Arse est signalé, balisé et fastoche : il y a des tonnes de touristes tout l’été…

Elle se tait. Mutine.

«Dis, tu m’apprendras ? »

« Quoi ? La cascade ? »

« Non, la pêche… »

Bon : j’ai rencontré une extraterrestre…
1290740 Publié le 23/05/2005 à 20:14 supprimer cette contribution
908884 Publié le 23/05/2005 à 23:30 supprimer cette contribution
Citation:
le « taiseux énigmatique »,

ça et la phrase interminable, j'adore !!
Encore !
1205144 Publié le 24/05/2005 à 12:04 supprimer cette contribution
Citation:
Bon : j’ai rencontré une extraterrestre…




Chouette !!!
La suite !!!!
Encore !!!!

913080 Publié le 24/05/2005 à 19:19 supprimer cette contribution
«Dis, tu m’apprendras ? »

Et de deux. Elle a l’air d’avoir vraiment envie d’apprendre la pêche, cette fleurette tombée « d’aucune part », comme on dit par chez nous.

J’arrive enfin à la regarder, celle que je me défendais de voir : un œil rieur couleur lavande, une myriade de taches de rousseur, une bouche pleine de dents parfaites qui, quand elle sourit, engendre une seule fossette côté joue gauche.

Le tout dans un bouquet de boucles rousses.

Elle est vêtue à la mode rando, certes, mais avec un tee-shirt échancré sur une douce vallée qui ne doit rien au silicone. Juste modeste et, j’en suis certain, très parfumée.

Des fois dans la vie des décisions vous tombent dessus de je ne sais où : je veux dire par là qu’elles vous donnent l’impression que vous les avez prises, alors qu’en fait ce sont elles qui se sont servies de vous. A mon avis, ce sont les meilleures…

« Moi c’est Marguerite ».

« Moi c’est Pierre. Allons-y ».

Nous descendons de la passerelle et je la vois se diriger vers l’eau alors que mes pas vont vers la prairie constellée de crocus qui borde la rivière.

Non madame ! Tu ne prétends tout de même pas pêcher tout de suite à la mouche ? faut d’abord apprendre à lancer sur le pré. C’est un geste qui s'enseigne. Un peu comme le tennis.

Et me voilà, après avoir coupé la pointe de ma mouche (attention aux blessures), me plaçant derrière elle en lui tenant la main droite, la gauche aussi d’ailleurs pour qu’elle tire sur la soie, et lui expliquant qu’en imaginant une pendule, il ne faut pas dépasser dix heures vers l’avant et une heure vers l’arrière, ce qui donne un mouvement harmonieux de fouet à l’ensemble canne-soie, soie dont on allonge la longueur progressivement de la main gauche jusqu’à obtenir la distance désirée ce qui se fait à l’œil bien entendu sachant que la distance sus-nommée obtenue au pifomètre on finit par abaisser délicatement la canne pour un « posé » tout en douceur de la soie, du bas de ligne et de la mouche qui le termine, venant effleurer l’eau d’une façon si naturelle que la truite convoitée s’y trompe à presque tous les coups et que Ptitange sera contente de la longueur de ma phrase cinquième.

Marguerite était appliquée et suait un peu. J'avais la tête dans ses cheveux. Une fragrance suave dont je profite encore quotidiennement. Le bonheur est toujours simple.

Il doit être vers les onze heures.

Ce qui est ahurissant, c’est qu’après juste trois quarts d’heure de pratique, ma petite fleur maîtrise.

« Voyons ? vise un peu cette bouse ? »

Tu penses, autant poser ta mouche dans une assiette… à douze mètres. Faut dix ans de pratique !

Elle réussit trois fois de suite !

C’est fou ce que je peux l’aimer !
913080 Publié le 24/05/2005 à 20:00 supprimer cette contribution
par ailleurs, t'inquiète pas: mon histoire va pas s'enliser dans les ébats printaniers fleuris.

Ya une suite dans la vraie vie...
634723 Publié le 25/05/2005 à 15:26 supprimer cette contribution
Citation:
Ya une suite dans la vraie vie..


souvent les histoires c'est du vrai qui se ballade, se transforme, se raconte, mais c'est du vrai quand même....
1036308 Publié le 25/05/2005 à 15:54 supprimer cette contribution
913080 Publié le 26/05/2005 à 20:34 supprimer cette contribution
Et Marguerite était là, à viser les bouses de vaches, maniant mon fouet avec une dextérité surprenante.

Elle n’avait plus besoin que je lui tienne la main.

Dommage.

Je l’observais du bord de la rivière, elle allait d’une bouse à l’autre, s’amusant à augmenter la distance (quinze mètres, maintenant).

Non : elle ne réussissait pas à chaque lancer, mais elle prenait visiblement plaisir à chaque essai, avec une charmante pointe de langue appliquée qui pointait au bord de ses si belles lèvres.

Je devenais fou d’amour mais bizarrement cela ne me rendis ni sourd ni aveugle.

C’est d’abord un petit craquement, sur ma gauche, qui m'alerte. Puis un éclat étincelant, fugace, que je fais semblant de ne pas remarquer.
Mouais, j’ai quelques heures de vol sur les bords torrentueux et j’ai compris…

Marguerite revient, excitée comme un pou, suavement suante, odorante et belle comme j’ai déjà dit.

« Tu me mets une mouche, que j’ essaye pour de vrai ? »

« Non, surtout pas. »

Ma réponse la trouble et elle me fait ce regard mouillé qui me noue la tripe.

« Ecoute moi bien : il y a des règles et tu n’as pas le permis ; donc, tu n’as pas le droit de pêcher vraiment. »

« Qui le saura ? Il n’y a personne ! »

« Attends, laisse moi faire. Regarde bien. Et, si possible, tais toi ! »

J’ ai bien cru qu’elle allait partir mais elle se contenta d’aller se rasseoir sur la passerelle, un brin renfrognée.

Ca n’a pas loupé : je fouettais l’eau depuis trente secondes que le garde traversait, presque en courant et l’air assuré par son effet de surprise (qu’il croyait !), son uniforme kaki et son Code Rural.

Son contrôle sur ma personne fut bref et poli : vérification du permis, du matériel, du panier, des poches de ma veste, etc.

« Vous n’avez rien pris ? »

« Si, lui lance Marguerite, mais il les remet à l’eau. »

Je suis donc en règle et le déçu me désigne celle qu’il croit être ma compagne :

« Et Madame, puis-je vérifier ? »

Seigneur, ce que j’ai pu l’aimer encore plus si c’était possible quand elle lui a répondu :

« Vérifier quoi ? vous m’avez vue pêcher ? »

Ce qu’on a pu rigoler en accompagnant ses pas bredouilles continuer leur tournée !

Mais tout ça est bien joli et il est treize heures et j’ai faim ; Marguerite aussi. Bon eh bien si on allait casser la graine au bord de l’eau ? Voui mais mon casse-dalle est dans ma voiture je vais le chercher de ce pas attends moi je reviens ; et au fait ? ta rando sur la cascade d’Arse ? et pourquoi tu me montrerais pas le départ, puisque je me suis trompée ? boaf c’est quand tu veux, il faut monter six bornes plus haut on prend ta voiture ou la mienne ? ben si tu veux faire la rando prenons la tienne, je te montre et tu me ramènes avant de vivre ta vie. Et ça me fait une sixième phrase absurde merci.

Moi, j’ai une bête Clio à mazout blanche. Elle, elle a une 206 à mazout rouge. Chais point pourquoi, mais je l’aime je l’aime je l’aime…

Elle m’ouvre la portière et met le contact. La musique est forte et Marguerite s’excuse en baissant le son.

J’ai reconnu du premier coup d’oreille : c’est l’intro de « The Dreg », des « Fleshstones ».

Je ne suis donc pas le seul humain à m’éclater sur ce morceau ?

« Monte le son, à fond !! »
634723 Publié le 26/05/2005 à 22:49 supprimer cette contribution
elle est trop géniale la margot!!!!
913080 Publié le 30/05/2005 à 20:00 supprimer cette contribution
si tu savais à quel point, ma louli...

mais là, j'ai point le temps

@ pluche
687672 Publié le 31/05/2005 à 07:09 supprimer cette contribution
Carlow

Tu as des expressions que j’adore comme *les bords torrentueux* et …*suavement suante*


913080 Publié le 31/05/2005 à 19:44 supprimer cette contribution


Merci, mais tu sais quoi, Comète? C'est justement là que je déguste le plaisir d'écrivaillonner: quand ce genre de truc me vient au clavier, je jouis... enfin, j'aime, quoi (restons raisonnable...).

aaaargh! si j'avais du TEMPS! ou la volonté de le prendre!

On continue petite fleur demain.
913080 Publié le 01/06/2005 à 20:29 supprimer cette contribution
Citation:
Je ne suis donc pas le seul humain à m’éclater sur ce morceau ?

« Monte le son, à fond !! »


Et donc, pendant que « The Dreg » me racle les oreilles de son intro inoubliable, je suis passager d’une inconnue. Avec mon casse-croûte et mes cuissardes.

J’ai d’ailleurs eu un geste idoine : quand la gratte a laissé la place au solo de batterie, j’ai encore monté le son.

Marguerite m’a simplement souri. Et nous sommes arrivés à Aulus.

Te voilà donc au pied de ta rando, Margot, et voici le virage de départ, le bon, çuilà…

Et voilitidoncpas que madââme se ravise, la rando c’est quatre heures et où je vais manger toute seule finalement c’est pas une bonne idée mais c’est toi qui voulais y aller et je te promets une halte au plateau qu’elle est géniale et tu recommences à me faire iech because tu m’as demandé de t’amener ici donc tu y es et barre-toi parce que sinon s’il faut que je t’explique tout le pays ça fait lourd la montée par touriste et ça fait sept au jus.

Elle n’ eut qu’à me regarder :

« On va où ? »

Nous sommes donc montés au plateau d’ »d’Agnesserre », sorte de cirque tranquille où le Garbet, avant de devenir ce qu’il est plus bas, se répand en rigoles faciles avant de se jeter dans la vallée.

La plateau d’ »Agnesserre », c’est tout comme un morceau de bonheur : très loin du Tour de France qui lui fit l’an passé l'honneur de venir l’encombrer

Non : derrière un rocher énoôôrrme, sous le regard de truitelles rigolotes, Marguerite et moi mangions.

Nos casse-croûtes.

En contemplant, again, la rivière douce à passer devant nous.

Beaucoup plus calme, ladite rivière, juste un ruisseau tranquille avec quelques filets d’eau tendres et liquoreux avec quelques poissons dedans.

Et c’est là que je lui dis, la bouche pleine :

« Je crois bien que je t’aime »

Et c’est là qu’elle me répondit, la bouche pleine elle aussi :

« Ben c’est bizarre, mais je crois que moi aussi… ».

On s’est embrassés à bouches pleines . Je sais : ça a l’air biscornu. Peu savoureux.

Mais Marguerite est belle.
1012529 Publié le 01/06/2005 à 21:39 supprimer cette contribution
encore........
913080 Publié le 02/06/2005 à 20:10 supprimer cette contribution
Citation:
Mais Marguerite est belle.


(Et je devrais me relire avant d’envoyer!)

Nous avons passé l’après-midi le plus beau de ma vie. De la sienne aussi, qu’elle m’a dit.

Assis au bord de l’eau, épaule contre épaule, nous causions calmement, en comptant les gobages des truites et les randonneurs qui rentraient du lac du Garbet.

D’ailleurs, un couple marmailleux s’arrêta près de nous :

« Quel temps superbe ! » nous lance le papa avec son mioche de dix-huit mois dans un sac à dos .

Pendant ce temps, la maman surveille des gamines à l’évidence jumelles qui font un concours de ricochets.

« On a fait le lac, et vous ? », insiste le brave homme.

Et ma flamboyante Marguerite lui rétorque, sans un soupçon d’agressivité :

« Non, nous avons « fait » la cascade d’Arse et nous nous relaxions en contemplant les truites se nourrir. Mais là, ça va devenir difficile… Elles sont mignonnes, vos filles. Ce sont des jumelles ? »

La smala a décampé gentiment après les salutations randonneuses adéquates.

Et nous sommes restés là, seuls au monde, à bavasser jusqu’à ce que le soleil se cache derrière Espalots, à nous murmurer nos vies sans oublier de ponctuer de bisous sucrés.

De temps en temps, Margot mouillait ses yeux en me regardant. Quand je lui fis remarquer ce phénomène intrigant, elle me renvoya à mes difficultés respiratoires.

Moi aussi, mes réactions d’apnée lui faisaient peur :

« Mais c’est pas vrai : il m’aime ? »

Entre deux baisers acidulés suçotés au coin de nos lèvres avides, nous avons réussi à nous rassurer..

Je sais : ça ressemble à du roman photo à deux balles mais Margot est trop belle et même si je ne devrais pas le dire elle a vite osé péter avec moi comme si on se connaissait depuis des millions d’années et elle est rousse mais pas aux yeux verts, non, plutôt violets et des taches de rousseur plein la figure et un nez un peu busqué et des lèvres charnues et un corps presque parfait avec des seins qui ont déjà allaité et une cambrure des reins à se damner sur des jambes musclées et je sais que j’ai déjà dit tout çà mais j’aime bien écrire ma huitième phrase imbécile.

Surtout quand je parle de Marguerite.
1205144 Publié le 02/06/2005 à 20:17 supprimer cette contribution

Et une Marguerite rassurée, ça fait quoi après tous ces bisous champêtres ?

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